Créée en 1967, le collège de Koumbia, l’unique établissement secondaire pour cette commune rurale n’est pas au mieux de sa forme. Ses effectifs qui augmentent d’année en année ont du mal à se maintenir. Les échecs et les abandons scolaires se multiplient. Et pour cause, en plus des mariages précoces qui soustraient traditionnellement les jeunes filles, il y a le manque criard de professeurs.

Qu’à cela ne tienne, la commune a été gratifiée d’un lycée flambant neuf, baptisé Lycée Thierno Aliou, grâce à la CBG en 2015, à travers les taxes superficiaires. Histoire de diminuer la déperdition scolaire et d’améliorer la fréquentation. Mais, hélas, à ce niveau également, les efforts de l’Etat sont faibles. Il n’y a surtout pas d’enseignants. Depuis la création du lycée (il y a deux ans), l’établissement n’a bénéficié d’aucune affection officielle de formateurs et son fonctionnement est laissé à la charge des encadreurs du collège, lui-même dans un besoin inconsolable d’enseignants.

Pour en savoir plus, un reporter de Guineematin.com y a fait un tour le 16 juillet dernier et rencontré monsieur Charles Pouna Pégaydy, Proviseur du lycée de Koumbia.

Interview !

Guineematin.com : Monsieur le proviseur qu’est ce que vous pouvez nous dire du lycée de Koumbia, nouvellement crée ?

Charles Pouna Pégaydy : Je vous rappelle que je suis là depuis 1992. J’ai dirigé le collège de Koumbia depuis 2009 ; et, maintenant, le complexe Collège-lycée depuis 2015. Le lycée est une nouvelle création que nous essayons de faire fonctionner tant bien que mal avec les effectifs d’enseignants que nous disposons. Nous essayons au mieux de nous-mêmes de satisfaire au besoin de formation des enfants.

Toutefois, à ce niveau, je m’en presse de vous dire que nous avons des problèmes d’ordre comportemental. Nos élèves sont des retardataires endémiques marqués par une négligence voir une indifférence des parents. Puisque l’élève, après l’école, retourne à la maison où il vit avec ses parents.

Vous venez de parler du comportement des élèves et de leurs parents. Qu’en est-il de l’effectivité des enseignants ? Est-ce qu’il y a des enseignants pour toutes les matières ?

Nous avons eu pas mal de problème à ce niveau aussi. Je l’ai dit dans mon rapport d’ailleurs. Au début de l’année scolaire qui vient de s’achever, on n’avait pas de professeurs. C’est vers la mi-février que nous avons eu 6 professeurs. Mais, les besoins persistent toujours.

Mais, quel est le manque à gagner à ce niveau ?

Il nous manque des professeurs de français, de mathématiques, de physique et de chimie, voir même d’histoire. J’ai reçu un seul professeur de maths, un corps de la paix que nous chérissons très bien ; mais, qui ne peut pas à lui seul consommer tout le volume horaire du collège et du lycée. Il a jusqu’à 14 heures par semaine. Pour résorber le déficit au lycée, nous avons fait appel à trois contractuels communautaires à la charge des parents. Mais, là aussi, c’est des problèmes.

Actuellement, combien de professeurs sont en activité et quel devrait être l’effectif normal ?

Tous les effectifs confondus (contractuels et titulaires) font 16 enseignants, alors que le besoin est de 20 professeurs. Il faut noter que les principales matières ne sont pas pourvues.

Maintenant, parlez nous des effectifs de votre établissement. Combien de groupes pédagogiques existent-ils ?

Au collège, nous avons 250 élèves dont 88 filles en 7ème année, répartis en trois groupes pédagogiques. En 8ème année, il y a 205 élèves dont 58 filles. En 9ème, nous avons 84 élèves dont 20 filles. En 10ème année, 64 élèves dont 24 filles. Et au total, nous avons eu pour l’année qui s’achève, 8 groupes pédagogiques pour un effectif de 622 élèves.

Au lycée, nous avons eu 97 élèves contre 100 au départ. Ils sont repartis comme suit : 11ème Sciences sociales, 27 élèves dont 4 filles ; 11ème sciences expérimentales, 19 avec 6 filles ; et, 11èmes sciences maths, 8 élèves dont 0 fille. En 12ème sciences sociales, 27 dont 6 filles ; 12ème sciences expérimentales, 13 dont 2 filles et 12 sciences maths 6 dont une fille.

Revenons au niveau du collège. Au départ, vous avez plus de 200 élèves et à l’arrivée, en 10ème Année, vous avez moins de 70 élèves. Qu’est-ce qui peut expliquer ce fort taux d’abandon ?

Si je prends les effectifs d’octobre, nous avons démarré avec 266 élèves contre 222 en juin. Plusieurs raisons sont avancées par les uns et les autres. Pour certains, les jeunes sont allés en Guinée Bissau pour ramasser la noix d’acajou ; d’autres, notamment les filles, il y a les mariages précoces. Même en 7ème année, des filles peuvent être sorties pour le mariage. Cela nous afflige. Et, le taux d’abandon scolaire au collège est de 9, 58 % ; soit près d’1/10ème de l’effectif.

En dépit de ces problèmes, pouvez-vous nous parler du taux de réussite dans les compositions de passage ?

Cette année au collège, nous avons eu 412 dont 125 qui passent en classe supérieur.

Au lycée, nous avons eu 72 sur 97 qui passent en classe supérieure.

Vous avez reçu les résultats du BEPC, quel commentaire faîtes vous en ?

Je félicite les 9 admis. Nous avons eu un effectif de 64 candidats et ce sont 9 qui sont admis. C’est très préoccupant. Cela doit saisir l’école et les parents.

Quelles sont les dispositions que vous comptez prendre pour apporter des corrections ?

Dès l’ouverture, nous allons nous retrouver. Les encadreurs, les professeurs et même les parents d’élèves pour tirer les leçons et envisager de nouvelles mesures. Nous savons que les enfants ont eu des problèmes en sciences exactes (maths, physique, chimie), nous comptons apporter des corrections à ce niveau.

Interview réalisée le 16 juillet 2017, au collège de Koumbia par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45