Depuis l’augmentation du prix du carburant à la pompe par le gouvernement guinéen, l’inter-centrale CNTG –USTG continue de dénoncer cette décision à travers des séries de grèves observées partout en Guinée. Dans une interview accordée à Guineematin.com, ce mercredi 11 juillet 2018, Elhaj Mamadou Mansaré, secrétaire général adjoint de la CNTG (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée) s’est félicité de la réussite de la grève perlée.

Par la même occasion, monsieur Mansaré annonce qu’une marche verte sera organisée si le gouvernement ne revient pas sur cette décision unilatérale et impopulaire d’augmentation de 25 % du prix du carburant à la pompe.

Guineematin.com : quel bilan pouvez-vous faire de la grève perlée que vous avez organisée à deux reprises ?

Elhaj Mamadou Mansaré : Comme vous-même vous avez constaté, c’est un succès total. Les jours de grève perlée ont permis d’attirer l’attention sur la grogne de la classe ouvrière qui n’entend pas baisser les bras et qui est toujours mobilisé à défendre ses intérêts. Donc pour moi, c’est un succès et vous avez vu le couronnement hier par la marche de la société civile. Donc, cela devrait interpeller le gouvernement Kassory à faire marche arrière parce qu’avant tout, si tu entends gouvernement, c’est que tu gouvernes un peuple.

Guineematin.com : le lundi dernier, une rencontre s’est tenue entre le gouvernement, le patronat et vous syndicalistes. Mais, aucun accord n’a été trouvé. Est-ce que depuis lors il y a eu un pas vers vous pour une éventuelle rencontre ?

Elhaj Mamadou Mansaré : il n’y a plus de contact parce que le dialogue a été rompu et nous n’avons pas compris le revirement du patronat guinéen qui jusque-là était avec nous, partageait les mêmes idéaux que nous, qui n’était pas d’accord de la décision unilatérale. Certainement, ils ont des pressions parce qu’il y a quelque chose qui ne marche pas. En tout cas, nous avons compris que le dialogue ne pouvait pas continuer de cette façon-là. Nous avons décidé de quitter la table de négociations jusqu’à ce que les mesures idoines soient prises pour qu’un vrai dialogue soit engagé conformément au protocole de 2016.

Guineematin.com : il semble que la grève perlée prend fin aujourd’hui mercredi, 11 juillet 2018. A quoi peut-on s’attendre dans les prochains jours ?

Elhaj Mamadou Mansaré : dans les prochains jours, toutes les options sont sur la table. Ça dépendra de l’assemblée générale des travailleurs, de la grève perlée à la grève illimitée et à la manifestation parce que le droit de manifester nous est aussi reconnu comme en 2007. Et, cette fois-ci, c’est toute la Guinée qui va manifester et à la même heure.

Guineematin.com : certains disent que les syndicalistes ne pourront pas mener à bout le combat entamé, que vous allez reculer sous la pression du gouvernement. Que répondez-vous ?

Elhaj Mamadou Mansaré : ceux qui le disent sont encore jeunes, vous savez très bien que rien n’a été acquis sans l’inter-centrale. L’indépendance, la démocratie avec les militaires, les acquis sociaux, ça ce n’est pas une autre force qui a fait cette lutte, c’est cette CNTG –USTG qui a mené cette lutte-là. Quand certains disent certaines paroles moi je n’écoute pas, moi ce que je vois c’est la réalité que nous avons sous notre main. Il n’y a aucun acquis aujourd’hui social qui n’est pas l’œuvre de la CNTG, il n’y a aucun combat démocratique qui n’est pas l’œuvre de la CNTG ou de l’USTG. L’indépendance même c’est le combat syndical donc qu’on cesse de raconter des bobards. Cela ne nous dérange pas, nous sommes libres avec notre conscience. Peut-être, le peuple va nous lâcher, mais nous, on restera déterminé jusqu’au bout.

Guineematin.com : vous dites que la grève perlée a été une réussite, est ce que vous avez reçu des menaces ?

Elhaj Mamadou Mansaré : non, nous n’avons pas l’habitude de mentir et nous n’allons pas mentir. Nous n’avons pas eu de menaces à proprement parler individuellement. Mais, le message que le ministre de la sécurité a passé, pour nous ; nous considérons comme une menace et je vous informe que c’est sa circulaire qui a été à la base de la grève très forte de 2007 et cette fois si encore son intervention a poussé la manifestation d’hier. Vous avez vu comment la population est sortie et aujourd’hui quatre syndicalistes qui étaient dans les gares routières pour surveiller les véhicules ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Et d’après nos renseignements, ils ont été déférés à la justice de Mafanco pour la maison centrale et que c’est sous ordre du Premier ministre. Donc, nous donnons jusqu’au vendredi si nos gars ne sont pas libérés, nous serons obligés de déclencher la marche verte.

Guineematin.com : qu’est-ce le ministre de la sécurité a dit dans la circulaire et qui a été à la base de la marche d’hier ?

Elhaj Mamadou Mansaré : vous avez tous suivis ces déclarations, quand il traite de badauds, de criminels de ceci, de cela. Un ministre de la République ne peut pas parler comme ça dans une période de haute tension. Qui est criminel ? Qui est loubard ? Est-ce ceux qui volent le peuple de Guinée ? Ceux qui font aujourd’hui que nous sommes endettés ? Ceux qui font aujourd’hui même pour faire une petite échographie on est obligés de se rendre au Sénégal ? Ceux qui font aujourd’hui on n’a même pas de routes ? Quand tu prends la structure du prix du carburant, le fond minier, où va l’argent ? Toutes nos routes dans la capitale sont défoncées alors qu’on ne raconte pas. Vous avez écouté hier le Premier ministre, combien de milliards sont engloutis pour transporter les ordures, et les ordures ne bougent pas. Alors que c’est très simple, l’argent qu’ils ont investi dans les ordures, si on disait aujourd’hui maintenant que le kilo d’ordures est à 100 francs et que toutes les boutiques qui sont là payaient l’impôt de 1000 francs on ne verrait plus d’ordures. On n’a même pas besoin de dépenser des milliards, où les milliards là s’en vont ? C’est dans la poche de ces autorités, alors qu’en mettant en place un vrai programme, toutes les boutiques qui sont là, on leur dit seulement de payer 1000 francs et qu’il vend le kilo à 100 francs on ne verra plus d’ordures. Toutes les carrières qui sont à Coyah et Dubréka sont des carrières qui ne pourront jamais être remplies, donc on peut entreposer là-bas les ordures triées, faire passer les bulldozers là-dessus et après un certain temps on a de l’engrais. Ça c’est du terre-à-terre ça, on est capable de le faire, on n’a pas besoin d’être docteur pour penser à de tels trucs. Il y a des choses très simples à faire qu’on veut compliquer, tout ça pour faire sortir de l’argent et après on nous dit, il faut augmenter le prix du carburant. Voilà pourquoi nous disons non.

Guinnematin.com : après votre rencontre avec le gouvernement et le patronat, des rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux à propos d’une éventuelle baisse du prix du carburant à 9 000 francs guinéens. Si cela se confirmait, est ce que vous allez accepter cette décision ?

Elhaj Mamadou Mansaré : pour nous, nous revenons à 8 000 FG. On nous démontre pourquoi il faut augmenter, nous voyons le budget, s’il y a cohérence entre le budget et les vrais problèmes de la Guinée. Parce que moi, je ne peux pas comprendre qu’on me dise de payer un impôt sur le carburant alors qu’il y a un ministère qui a 100 véhicules qui utilise 50 litres par jour, c’est-à-dire 24 h/ 24 sans arrêt, est –ce que cela est possible ? Si le gouvernement Kassory est venu pour faire du bien à ce peuple là, il devait commencer par élaguer tous ces troncs d’arbres pourris là, donner un vrai budget au peuple de Guinée et après nous demander de faire des sacrifices.

Guineematin.com : quel est votre message à l’endroit de vos collègues syndicalistes puis que le combat que vous avez entamé est encore rude ?

Elhaj Mamadou Mansaré : je dirai à l’ensemble de la classe ouvrière, d’abord d’être mobilisée. A tous les syndicalistes que cette lutte appartient au peuple de Guinée, l’histoire jugera chacun…. J’invite tous les syndicalistes à jouer le franc jeu pour qu’on aide réellement ce peuple à sortir de l’ornière. Mon appel aussi, je le lance au professeur Alpha Condé qui est le seul dépositaire du mandat démocratique du peuple de Guinée, je lui demande de prendre ses responsabilités. Quand le peuple cri, il cri à celui qu’il a mis en place. Donc, il n’a qu’à entendre la voix de son peuple. Son gouvernement n’est pas sur la bonne voie et je le prie d’entendre le cri de ce peuple-là.

Interview réalisée par Siba Guilavogui pour Guineematin.com

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