Dr. Ibrahima Kouroumah, ministre de l'Enseignement près-universitaire et de l'Alphabétisation

Dr. Ibrahima Kouroumah, ministre de l’Enseignement près-universitaire et de l’Alphabétisation

Abdourahman Baldé donne des cours de mathématiques au groupe scolaire ‘’Mariama Dalanda Bah ‘’. Après la publication des examens nationaux, votre quotidien guineematin.com l’a rencontré pour solliciter une analyse des résultats par un professionnel. Sans détour, monsieur Baldé s’est prononcé sur ce qu’il croit être les causes des échecs : le département en charge de l’éducation, les fondateurs des écoles privées, les parents et les élèves ont tous une part de responsabilité.

D’abord, ce professeur fustige la façon dont les résultats ont été publiés. La proclamation des résultats a été une difficile épreuve. Le département a confié la publication des résultats à l’opérateur de téléphonie MTN areeba. Malheureusement, cet opérateur a causé d’énormes préjudices : « ça été un véritable calvaire pour les encadreurs que nous sommes, les parents et les élèves eux-mêmes. Certains ont reçu des informations comme quoi ils sont admis, alors qu’ils ne l’étaient en rien. D’autres ont reçu des réponses négatives, alors qu’ils étaient réellement admis. Vous voyez ce que cela fait ? ». A l’heure de la mondialisation et de la technologique, il est inadmissible de faire subir un tel désarrois aux populations, enchaine t-il. Alors, monsieur Baldé interpelle le département pour rectifier le tir pour les prochaines années : « pourquoi le ministère de l’éducation n’a pas créé un site spéciale pour afficher les résultats. Pourquoi la Guinée ne se met pas à jour ? ».

Des élèves intelligents, mais négligents

Au regard des statistiques, tout de suite, une observation saute aux yeux. Les élèves de la 7ième ont obtenu le meilleur score «on a l’impression que les enfants sont plus intelligents. Au fur et à mesure qu’ils grandissent le niveau baisse » confie Monsieur Baldé. L’entrée au collège a eu un plus grand pourcentage. Le BEPC (brevet d’étude du premier cycle) a connu plus de succès que le BAC unique, fait-il remarquer. A qui la faute interroge guineematin.com. La responsabilité est partagée à ce niveau, souligne notre interlocuteur :

Les élèves :
‘’Nous remarquons qu’au fur et à mesure qu’ils avancent en âge, ils tombent dans la dépravation ; au niveau des parents, nous déplorons le manque de suivi. Les élèves repartent à la maison avec des devoirs, le lendemain vous êtes surpris de constater que certains reviennent sans pour autant traiter les exercices.

Les écoles elles-mêmes:
Vous constaterez que les élèves des écoles publiques ne sont pas mis dans les conditions idoines (pléthore des effectifs : 90 à 150 élèves dans une salle ce n’est pas bien), un grand effectif ne contribue pas à un bon rendement. Au niveau des écoles privées, les fondateurs privilégient le côté commercial. Le plus souvent, des élèves sont mis dehors pour telle ou telle raison, alors qu’il n’ya pas de sessions de rattrapages pour les absents. Plus grave, déplore le professeur : « les écoles reçoivent tout ce qui leur vient. Elles ne sont pas trop regardantes quant à la qualité. Le côté commercial freine le travail sérieux. On devrait recruter sur la base d’un certain nombre de principes. Des élèves chassés pour des faits réels dans des établissements sont reçus par d’autres».

L’autre handicap des privés, c’est le recrutement des professeurs. « Certains fondateurs se basent sur des liens de parentés pour recruter les enseignants », explique le professeur.

Toujours sur les causes des échecs, la suppression de certaines matières par des fondateurs est pour quelque chose. Les classes de sciences en ont payé les frais : « les élèves sont quelques part les cobayes. Tantôt on expérimente quelque chose, tantôt on supprime. Finalement, ils sont perdus. Faut-il souligner que les écoles privées qui suppriment les cours de mathématiques pour les sciences sociales par exemple, la seule explication qu’on peut donner, c’est une dépense en moins à payer ».

Le niveau des élèves en cause ?

Les élèves ne comprennent pas le support, la langue française : « voilà un problème auquel nous sommes confrontés. Pire, les enfants ont eu une très mauvaise formation au primaire. Les matrones qu’on recrute laisse à désirer », souligne le formateur. Ce n’est pas l’installation des ENI qui apporte la solution, enchaine monsieur Baldé : « Imaginez un candidat qui ne parvient pas à décrocher le brevet ou le Bac, comment celui-ci pourrait former un enfant ? On est entrain de préparer une bombe à retardement».

Le département de l’éducation dans tout ça ?

« C’est bien de faire des annonces, mais faudrait-il que ces annonces puissent être concrétisées sur le terrain. Les bonnes idées sont toujours à saluer. Mais, il faut voir leur applicabilité » suggère cet encadreur. L’éducation et la santé sont des départements prioritaires, donc stratégiques, fait remarquer notre interlocuteur : « on joue avec la carrière des enfants. Il faut qu’on y mette de la manière. Bien réfléchir et mettre la stratégie et surtout être cohérent». Les slogans politiques ne suffisent pas. Il vaudra mieux laisser le personnel éducatif gérer, propose le professeur. Pourquoi il n’y a pas un plan de carrière ? Il suffit d’un arrêté par ce qu’on est dans les grâces d’un ministre pour être parachuté à la tête d’un collège ou lycée. Ce n’est pas sérieux ! Dénonce Abdourahman Baldé.

Le maire

Facebook Comments