L’Assemblée Nationale a adopté le 16 mai 2017 la Loi portant institution d’un prélèvement de 0.2% sur les importations des marchandises au profit de l’Union Africaine. Après cette adoption à l’unanimité des députés présents ce jour, Guineematin.com a voulu en savoir un peu plus sur les produits concernés par cette taxe, la structure chargée de la gestion de cette manne financière, ses avantages mais aussi son impact sur le pouvoir d’achat du citoyen guinéen, etc.

Après plusieurs démarches, Dr Mohamed Lamine Doumbouya, le ministre guinéen du Budget a finalement accepté de nous recevoir, ce lundi, 22 mai 2017 pour une interview.

Décryptage !

Guineematin.com : les députés guinéens ont voté récemment cette Loi portant prélèvement de 0.2% sur les importations de marchandises au profit de l’Union Africaine. De quoi s’agit-il en termes clairs ?

Dr. Mohamed Lamine Doumbouya : effectivement, notre parlement a voté la loi portant financement de l’Union Africaine. C’est en application d’une décision des chefs d’Etat qui, le 31 janvier 2015, au cours d’une conférence tenue en Ethiopie, ont décidé, compte-tenu de la nécessité de rendre indépendante notre institution financière, d’aller vers la recherche d’une solution permettant d’apporter des ressources à ces institutions. Vous savez, le budget de l’Union Africaine entre 2016 et 2017 est de 700 millions d’Euros. Et, 73% de ce budget sont pris en charge par les partenaires hors continent. Alors, comme on le dit « la main qui donne, c’est elle qui commande ». Donc, c’est une façon d’internaliser le pouvoir et de donner plus de prérogatives à l’Union Africaine. Et, c’est cette solution qui a été trouvée.

Guineematin.com : cette taxe déjà votée à l’Assemblée nationale guinéenne s’applique sur quels produits ?

Dr Mohamed Lamine Doumbouya : la taxe en tant que telle s’applique principalement aux produits importés en dehors des pays de l’Union Africaine. C’est-à-dire qu’il s’agit d’un certain nombre de biens, produits et exportés vers les 54 pays de l’UA. Ce sont ces produits là qui sont concernés par les 0.2% et, normalement ça devrait nous rapporter quelque chose de 1.1 milliard d’euros pour l’ensemble du continent, une fois que c’est mis en application. Donc, ça concerne les biens et matériaux qui viennent des pays hors de l’UA. Il se peut qu’un produit quitte à l’extérieur du continent et arrive dans un pays quelconque et que sa mise en consommation là-bas l’autorise à être exporté chez nous. En ce moment aussi, ces produits sont exonérés. Mais, toujours est-il que cette loi protège le pouvoir d’achat sur un certain nombre de produits notamment les produits de grande consommation. Ces produits ne sont donc pas touchés parce que le législateur mais aussi nos chefs d’Etat tiennent à ce que ces produits de grande consommation soient exemptés. C’est aussi valable pour les biens et matériaux importés sous franchise diplomatique. Etant donné qu’il y a l’accord de Viennes qui protège les diplomates ainsi que certaines institutions de payement de taxes, donc ceux-ci ne sont pas aussi touchés dès lors qu’ils importent des biens et services. Les personnes physiques qui importent les biens et matériaux personnels, à titre personnel, ne sont pas aussi concernées. S’il y a des conventions qui lient l’Etat à des entreprises, ces conventions aussi seront respectées et les biens et services relatifs à l’exécution de ces conventions ne sont pas aussi sujets à cet impôt là. Donc, la base taxable ici est très claire. Elle concerne cette catégorie de biens qui viennent uniquement hors de l’Union Africaine.

Guineematin.com : quels sont les pays africains qui ont fait la même chose que la Guinée par rapport à cette taxe ?

Dr Mohamed Lamine Doumbouya : nous faisons partie des précurseurs et c’est tant mieux. Parce que cela s’inscrit dans la volonté panafricaniste du président de la République et aussi qui s’inspire de ce que nous avons été et de ce que nous sommes pour l’Union Africaine. Nous sommes un pays pionnier de la création de cette Union Africaine ; et, le jeudi 25 mai prochain, l’UA aura 53 ans. Jusqu’à présent, nous n’avons pas les moyens de nous autofinancer. Donc, je pense que cette initiative est bienvenue et le président de la République, en tant que président de l’Union Africaine, est mieux placé pour donner l’exemple et je pense que c’est cet exemple qu’il a donné en instruisant à ce que cette loi soit adoptée et que sa mise en application soit très rapidement effective.

Guineematin.com : pour le cas de la Guinée par exemple, à quel montant peut-on s’attendre pour une période donnée ? A combien cela pourrait se chiffrer ?

Dr Mohamed Lamine Doumbouya : c’est trop tôt pour l’instant de le dire tout simplement parce que nous avons besoin de savoir quels sont les biens qui sont principalement concernés. Etant donné que tous les biens ne sont pas principalement concernés, étant donné que certains biens à grande consommation, du fait de leur utilité sociale, vont être exonérés, nous avons besoin de faire, avec nos services de douane, des calculs nécessaires pour savoir quels sont les biens qui sont concernés. Cette information vous l’aurez le moment venu

Guineematin.com : comment cette manne financière sera-t-elle gérée ?

Dr Mohamed Lamine Doumbouya : la liquidation de cette taxe sera faite par la douane. C’est aussi classique que les autres biens et services qui entrent par la douane. Et, un compte a été créé à cette fin pour qu’à chaque fois, les transferts s’effectuent pour alimenter le compte qui va être le compte de l’Union Africaine.

Guineematin.com : est-ce que cette mesure ne va pas impacter sur les prix des produits et peser sur le pouvoir d’achat des citoyens guinéens ?

Dr Mohamed Lamine Doumbouya : a priori, c’est non ; et, il n’y a pas de raison. C’est 0.2% quand même ! Et puis, il faut tenir compte de sa contribution. Actuellement, si vous prenez par exemple un contingent pour l’envoyer au Mali, c’est très coûteux. Mais, qui paye ces contingents-là ? Ce sont les occidentaux. A un moment donné, si nous ne pouvons pas financer le prix de la Paix, faire face au prix de la paix, c’est un problème. Donc, il ne faudrait pas tout ramener du côté du pouvoir d’achat, il faut voir l’utilité de cette taxe-là pour notre sécurité, pour notre pouvoir d’achat, pour notre bien être. Les transports par voie routière par exemple, il faut les construire. Actuellement, vous avez des voies de communication, à l’échelle continentale, qui sont en phase d’être mise en place. Tout ceci, un financement qu’il faut intégrer dans cette taxe-là. Il faut que nous ayons les moyens de nos politiques. Il ne faudrait pas voir tout simplement ce que nous perdons, mais ce que nous gagnons aussi avec, en mettant cette taxe. Je pense qu’en mettant ces deux en balance, on se rend compte que la taxe vaut la peine. Tout le monde adhère aux idéaux défendus par l’Union Africaine. Pourquoi donc tout le monde ne s’engagerait pas pour financer l’Union Africaine ? Donc, on ne peut pas vouloir d’une chose et de son contraire à la fois. Est-ce que vous vous imaginez l’Union Européenne financée par l’Union Africaine ? Donc, il faut que nous nous assumions si nous voulons vraiment que cette Union Africaine nous amène plus loin et que ça puisse nous aider à être beaucoup plus proches, à développer une économie bien intégrée et à construire la paix dans notre continent.

Guineematin.com : quel est le dernier mot, monsieur le ministre ?

Dr Mohamed Lamine Doumbouya : c’est de souhaiter que ces taxes servent effectivement à financer les projets de développement, à faire fonctionner l’Union Africaine. Et que cette Union nous serve à la fois de cadre de paix, de cadre d’intégration, mais aussi de cadre de développement.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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