Le journaliste François Mattei a publié, ce jeudi 26 juin aux éditions du Moment, Pour la vérité et la justice, un livre de 320 pages dans lequel il rend compte des entretiens qu’il a eus depuis 2005 avec Laurent Gbagbo. L’ancien président ivoirien y livre sa lecture des turpitudes de l’histoire depuis son élection. Une charge violente contre la France et contre son successeur Alassane Ouattara.

Ce livre est le fruit d’une très longue conversation. Celle de deux hommes qui se connaissent depuis plus d’une décennie et qui n’ont cessé de discuter en dépit des moments de crise que la Côte d’Ivoire traversait. En dépit aussi de l’actuelle incarcération de l’ancien président au quartier pénitentiaire de la Cour pénale internationale (CPI) à Scheveningen.

L’ouvrage de 320 pages raconte, en adoptant le point de vue de Laurent Gbagbo, ses années de pouvoir, l’élection de 2010 et la crise postélectorale, sa capture et son transfert à La Haye. Le récit du journaliste est soutenu par de nombreuses citations de l’ancien président, qui permettent de mieux cerner sa version des faits. Une version qui met en accusation la France et Alassane Ouattara, l’actuel président ivoirien.

Alassane Ouattara ? Gbagbo fait déjà planer son ombre autour de l’affaire dite de la « Mercedes noire ». « A peine trois mois après mon élection du 22 octobre 2000, en janvier 2001, une première tentative de putsch menée contre moi par des proches de Ouattara a échoué », explique-t-il.

L’ancien chef d’Etat décrit également son successeur comme un homme qui « a essuyé des échecs à répétition dans ses tentatives de prises du pouvoir pendant dix ans. Les Français ont finalement décidé de l’imposer, en 2011. »

Marcoussis, « coup d’Etat en gants blancs »

La France ? Gbagbo est persuadé qu’elle ne l’a jamais accepté depuis son élection en octobre 2000. Et qu’elle a donc voulu sa perte. En 2002, déplore-t-il, elle n’a pas réagi quand les rebelles sont entrés en Côte d’Ivoire. La table ronde de Linas-Marcoussis, en janvier 2003, a selon lui été « un coup d’Etat en gants blancs » orchestré par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac. « A Marcoussis, dit-il, la France m’a fabriqué une opposition armée… avec laquelle on m’a demandé de gouverner. »

« Ce n’est pas une solution qui a été présentée à Marcoussis, estime Laurent Gbagbo. Ils voulaient juste, au mieux, me transformer en « reine d’Angleterre » pour que je n’aie plus de véritable rôle politique. Vider la Constitution et mon statut de leur contenu, c’est cela que recherchait Chirac (…) Quant à Villepin, il voulait m’écarter. »

L’ancien chef d’Etat présente sa version du bombardement de Bouaké, le 6 novembre 2004. Neuf militaires français meurent, à la suite de l’attaque de la position française par deux avions Sukhoi de l’aviation ivoirienne. En représailles, l’armée française détruit l’ensemble de la flotte aérienne ivoirienne. « Il s’est avéré ensuite qu’il s’agissait d’un complot dont le but ultime était de renverser le gouvernement légitime et de m’évincer du pouvoir », considère Gbagbo.

A la suite de la destruction de la flotte, il affirme qu’une colonne française de véhicules blindés venue du centre du pays s’est approchée d’Abidjan, a encerclé la résidence présidentielle, puis s’est repliée à l’Hôtel Ivoire. « Les Français ont dit après coup qu’ils avaient fait une erreur de trajet. Quand on connait Abidjan, c’est impossible à croire. » L’ancien président soutient que le plan était de le renverser et de mettre à sa place son chef d’état-major, le général Mathias Doué.

« Un traquenard préparé de longue date »

Mais c’est sur l’élection de 2010 et la crise postélectorale de 2010-2011 que le récit est le plus détaillé et le feu plus nourri. Gbagbo regrette qu’on l’ait poussé à aller aux urnes alors que le désarmement des rebelles n’avait pas encore pu avoir lieu. Il se redit également persuadé d’avoir gagné le scrutin.

« Dès le vote de la résolution 1975 [par laquelle le Conseil de sécurité de l’ONU demande « instamment » à Laurent Gbagbo de se retirer le 30 mars 2011, NDLR], l’armée française lançait du nord du pays vers le sud des groupes rebelles dont elle avait organisé le plan de marche et assuré la logistique. Ils commettaient des crimes abominables dans leur progression avant de s’attaquer aux populations civiles à Abidjan », assure Gbagbo.

 

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