A l’occasion de la récente visite d’une mission de la Fédération Internationale des Droits Humains (FIDH), du 9 au 13 juin 2014, conduite par Madame Souhayr Belhassen, présidente d’honneur de cette ONG internationale, Guineenews a eu un entretien exclusif avec la présidente d’honneur de la FIDH. Entretien exclusif !

Guinéenews : Acceptez, s’il vous plaît, de vous présentez aux lecteurs de Guinéenews ?

Souhayr Belhassen : Je suis Souhayr Belhassen, je suis Tunisienne, je suis Présidente d’honneur de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, la FIDH.

Guinéenews : Et, là vous êtes en Guinée, précisément à Conakry, est-ce que vous pouvez nous dire brièvement l’objectif de votre mission ici, à Conakry?

Souhayr Belhassen : Ecoutez ! Nous sommes venus à Conakry le 09 juin dernier et nous sommes là jusqu’au 14 juin. La mission que j’ai eue l’honneur de présider comprenait notre partenaire, l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme, l’OGDH, également notre Direction Afrique, en la personne de Monsieur Florent GEEL et notre représentant en Guinée, qui est Monsieur Antonin RABECQ. Vous savez que la FIDH mène une très grande action de lutte contre les violations des droits humains et la construction de l’Etat de droit et surtout dans cette action, il y a une lutte contre l’impunité. Or, la Guinée depuis trois ans nous avons un programme de lutte contre l’impunité avec l’OGDH ici pour les suites du massacre du 28 septembre  notamment, mais également dans l’affaire des tortures de 2010…

Guinéenews : Où trois hauts gradés sont inculpés notamment le général Nouhou Thiam,Sidiki Camara dit Degaulle et puis Sékou Resco Camara, l’ancien gouverneur de Conakry…

Souhayr Belhassen : Voila ! Dans cette affaire du rond point de Hamdallaye, 17 témoins ont été avec la FIDH et l’OGDH se sont constitués partie civile. Et, aujourd’hui, toutes ces personnes dont on a parlé, des hautes personnalités, ont été inculpés. Il serait aujourd’hui extrêmement important de boucler ce dossier et qu’on arrive jusqu’au procès puisque ce serait donner un signal extrêmement fort pour la justice guinéenne au plan national et à la communauté internationale qui suit de très près comme vous le savez les suites des évènements du massacre du 28 septembre. D’ailleurs, comme vous le savez, ici, nous avons présenté aux diplomates et à la presse un film réalisé sur le massacre, les principales étapes de cet évènement et surtout l’action de la FIDH et de l’OGDH sur ces massacres du 28 septembre 2009. Avec tout cela, nous voulions arriver à quoi ? A ce que la vérité se fasse jour, à ce que les responsables soient jugés afin qu’il y ait la garantie de non répétition de ce type de violation des droits humains.

Guinéenews : Justement, vous avez rencontré certaines autorités guinéennes qui est-ce que vous avez rencontré précisément ? Est-ce que l’espoir est permis ?

Souhayr Belhassen : Ecoutez ! Nous avons rencontré les principaux ministres concernés et particulièrement le ministre de la Justice qui nous a paru extrêmement mobilisé, qui a été à l’écoute de toutes nos revendications, en quelques sortes concernant l’accélération de ces dossiers et l’accès des victimes à la justice ; contrairement à son prédécesseur !
Malheureusement, je dois le dire, là, il y a eu d’abord un échange extrêmement fructueux sur les dossiers que nous suivons et des promesses d’enrichir en tout les cas le pool des juges. Et, nous considérons que la réévaluation en cours des salaires des juges est une excellente question et de garantie de l’indépendance du juge.
Par ailleurs, la réforme de la justice, qui est entamée aujourd’hui, nous permet, en tant que défenseur des droits humains, d’être optimistes quant à l’avenir puisque nous avons aussi rencontré les principaux responsables des commissions sur le code de procédure pénale, le code pénal et le code militaire. Alors, tout cela nous, ce qui nous a surtout mobilisé, c’est d’attirer l’attention et du ministre et de ses collaborateurs, ainsi que celles de l’Assemblée nationale et de certains députés sur la nécessaire introduction des conventions internationales et des normes internationales dans la loi nationale. Et, concernant par exemple la torture, concernant la Cour pénale internationale, concernant les crimes sexuels, ou les disparitions forcées, tout cela est extrêmement important pour nous et aujourd’hui nous savons en tout les cas que toutes ces personnes sont non seulement informées de notre volonté d’introduire ces valeurs et ses normes dans la loi nationale, mais aussi en tous les cas les réponses que nous avons eues sont extrêmement positives. Maintenant, il y a un processus, on verra évidemment au bout de ce processus ce qui va se passer, c’est-à-dire quand les lois seront devant les députés à l’Assemblée nationale.

Guinéenews : Vous avez trouvé une actualité ici, peut-être qu’elle est minime pour vous. C’est que les huissiers de Guinée protestent contre une décision du gouverneur actuel de Conakry, Soriba Sorel Camara qui empêche l’exécution d’un jugement. Est-ce que les autorités qui vous ont parlé, est-ce qu’elles vous rassurent ? Est-ce qu’au-delà de ces trois dossiers que vous suivez, notamment la torture, les évènements de 2007 et du 28 septembre 2009, qu’est-ce qui avance ? Est-ce que sincèrement vous avez de l’espoir ?

Souhayr Belhassen : Ce courrier du gouverneur que vous évoquez, nous avons eu l’opportunité de voir ce courrier et surtout la réponse du ministre de la justice qui est extrêmement ferme et qui remet les choses à leurs places. Voilà une personne qui ne se réfère pas sur sa hiérarchie, c’est-à-dire au moins au ministère de l’intérieur à plus forte raison au ministère de la justice. Le ministère de la justice a été d’une fermeté absolue, en envoyant une lettre de réponse où le gouverneur risque même de sanction. Donc, il est très clair pour nous comme vous citez cette affaire, la volonté du ministre de la justice là est claire. Nous espérons que cette volonté se concrétise en acte avec les affaires qui nous intéressent en priorité, c’est-à-dire les suites données au massacre du 28 septembre, l’affaire de 2010 avec les tortionnaires qu’on voudrait voir jugés et enfin l’affaire de 2007.
Pour cette affaire du 28 septembre, on est victime si vous voulez de notre succès, l’OGDH et la FIDH, parce que les victimes sont venues extrêmement nombreuses. Comme vous le savez, il y a eu 450 victimes auditionnées et malheureusement seulement 8 personnes inculpées…

Guinéenews : Peut être un dernier mot. Vous avez lu le général Sékouba Konaté qui s’est exprimé chez nous, à Guinéenews. Vous l’avez lu et qu’est-ce que cela vous dit ?

Souhayr Belhassen : Ecoutez ! Nous ce que nous savons ce que cette liste existe depuis mars dernier. C’est assez surprenant…

Guinéenews : Vous avez eu accès à cette liste ? Il parle de cadres civils et militaires…

Souhayr Belhassen : Non ! Nous n’avons pas, nous, en tant que FIDH, eu accès à cette liste. Ce qui est surprenant c’est que, comme vous le savez, nous militons pour que ces procès aient lieu- celui du 28 septembre et les autres- en Guinée, ici à Conakry, pour les guinéens. C’est extrêmement important au niveau de la symbolique pour l’Afrique. Qu’on s’adresse directement à la CPI, ça nous parait quand même un peu bizarre, surtout pour une personne qui a eu des responsabilités qui est elle-même impliquée et qui pourrait être un témoin important dans cette affaire. Donc, ce que nous pouvons dire à l’état actuel des choses ce que, le minimum ce serait qu’il puisse témoigner auprès des juges guinéens.

Propos recueillis par Nouhou Baldé

 

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