Sylla Aboubacar, UFC, « Nous demandons au gouvernement d’accepter, comme ce fut le cas en 2013, que le processus électoral soit gelé et que le chronogramme de la discorde soit purement et simplement annulé jusqu’à la fin de ce dialogue », a dit Aboubacar Sylla, porte parole de l’opposition républicaine au cours d’un entretien accordé à Guineematin.

En attendant la version vidéo de cette interview, Guineematin.com vous propose, ci-dessous, ce décryptage
Guineematin.com : Quel bilan tirez-vous de la manifestation politique du jeudi 23 avril dernier ?
Aboubacar Sylla : Évidement, il y a un double bilan ! En ce qui concerne la mobilisation, le suivi du mot d’ordre de l’opposition a été une réussite totale pour nous. Pratiquement, toutes les villes du pays ou presque ont manifesté d’une manière ou d’une autre ; soit par des marches pacifiques lorsque cela a été possible ; soit simplement en observant une journée ville morte lorsque les marches ont été interdites, empêchées ou dispersées. Cela veut dire que l’opposition est en harmonie avec la frange la plus importante de la population guinéenne.
Guineematin.com : Et, l’autre aspect du bilan, puisque vous disiez tout à l’heure qu’il y a un double bilan ?
Aboubacar Sylla : Malheureusement, d’un autre côté, le bilan sécuritaire est pareil à lui même. A chaque opportunité que nous avons dû sortir, les forces de sécurité qui reçoivent des ordres de disperser nos militants par tous les moyens possibles, ne se gênent pas de blesser les manifestants et parfois même de les tuer avec des armes de guerre utilisées dans des simple opérations de maintien d’ordre.
Guineematin.com : Mais, qu’est qui motiverait, selon vous, ces brutalités  sur vos militants ?
Aboubacar Sylla : Parce que l’impunité qui leur est assurée systématiquement, les encourage. Depuis que nous avons commencé nos manifestations sous l’ère du Professeur Alpha Condé, nous en sommes maintenant à soixante deux (62 ) morts. Et, jamais la moindre sanction administrative n’a été infligée à un agent des forces de l’ordre, encore moins des procédures judiciaires engagées et conduites à leurs termes avec à la clé, des verdicts pour qu’ils puissent effectivement purger les peines liées à de tels délits. Le bilan est donc positif en ce qui concerne la mobilisation, mais hélas il est négatif en ce qui concerne l’aspect sécurité, car nos militants ont été bastonnés, arrêtés, d’autres ont été tués. Malheureusement tous ceci se déroule sans qu’il n’ y ait absolument aucune réaction de la part des autorités du pays, du gouvernement et du système judiciaire.
Guineematin.com : Lors de cette manifestation, nous avons  aussi constaté que vous avez été assiégés au domicile du chef de file de l’opposition. Que dites-vous de cette attitude des forces de l’ordre ?
Aboubacar Sylla : Je ne peux pas dire que ces justiciers de la gendarmerie et de la police puissent prendre sur eux-mêmes la responsabilité de faire ce qu’ils ont fait ces jours ci. Ils ont certainement une couverture, ils ont reçu l’ordre de cantonner les leaders de l’opposition à leur domicile. De leur interdire de circuler librement alors qu’ils ne sont soumis à aucune sanction judicaire. C’est extrêmement grave! C’est pourquoi nous parlons d’une dictature insidieuse et rampante qui est entrain de s’installer progressivement dans notre pays. Ce n’est pas la première fois, en août 2013, nous avons été victimes de la même situation au domicile de Lansana Kouyaté à Matoto. Il y’a même eu des tirs à balles réelles sur le véhicule qui transportait les trois anciens premiers ministres (Lansana Kouyaté, Sydia Touré et Celloiu Dalein Diallo NDLR). Ce véhicule était heureusement blindé, sinon, une véritable tragédie allait se dérouler ce jour là. Nos véhicules sont brisés régulièrement par des policiers et des gendarmes, nous sommes parfois interpellés. Je l’ai été moi même avec le Pr Charles Pascal Tolno dans des conditions rocambolesques.
Guineematin.com : Le Président Alpha dit que l’opposition n’a de projet que de casser . Comment réagissez vous à ces propos de l’homme de 2010, lors d’un récente sortie médiatique ?
Aboubacar Sylla : C’est le voleur qui crie au voleur ! Tout ça, ce sont des propos qui sont tenus devant des médias internationaux parce qu’on imagine qu’ils ne sont pas au courant des réalités guinéennes. Il y’a certains qui croient qu’on est toujours dans les années « 70 ». Aujourd’hui tout ce qui se passe en Guinée est connu dans les heures qui suivent, dans le monde entier . Tout le monde sait aujourd’hui que le contexte Guinéen est marqué par la violence de l’Etat, l’empêchement d’exercer les libertés de cortège et de manifester. Le monde entier sait qu’il y’a eu 60 manifestants qui ont été tués par des agents forces de l’ordre et qu’il n’y a eu aucune procédure engagée contre eux, même pas une mesure administrative.
Guineematin.com : Le chef de l’Etat se montre intraitable sur le chronogramme électoral établi par la CENI. Qu’en pensez vous ?
Aboubacar Sylla : Les interventions du Président de la République nous confortent dans notre position. Ce sont des preuves que nous pouvons brandir à travers le monde pour confirmer que ce pouvoir n’est pas ouvert au dialogue . Les appels au dialogue qui sont lancés par-ci par-là, ne sont que des opérations de communication destinées à faire passer le gouvernement pour une institution ouverte au dialogue alors que rien n’en est. Si dialogue il doit avoir, il doit porter sur des questions essentielles, tout le monde le sait. Ce sont ces questions là qui sont au cœur de la polémique que le processus électoral traverse aujourd’hui en Guinée. C’est le calendrier électoral et la question de la commission électorale nationale indépendante (CENI Ndlr). Il se trouve que sur le calendrier électoral, le pouvoir est complètement fermé, et le Président de la République conforte la CENI dans sa position. Nous avons entendu des classiques du parti au pouvoir affirmer que le RPG arc-en-ciel (le parti au pouvoir NDLR) s’opposerait farouchement si d’aventure la question de la CENI est discutée au parlement. Si dores et déjà, il y’a des positions tranchées du pouvoir, je ne sais pas à quoi va servir un dialogue si les questions qui devraient être discutées font déjà l’objet de positions tranchées d’une partie au dialogue.
Guineematin.com : Cellou et Sydia Touré, les deux ténors de l’opposition séjournent dernier à l’étranger depuis le vendredi 24 avril 2015 alors que vous aviez engagé une série de manifestations, comment se passera la coordination ?
Aboubacar Sylla : Nous allons continuer à échanger et à montrer aux Guinéens que nous sommes ouverts au dialogue. Nous demandons au gouvernement d’accepter comme en 2013, que le processus électoral soit gelé et que le chronogramme de la discorde soit purement et simplement annulé jusqu’à la fin de ce dialogue.
Guineematin.com : Vous semblez beaucoup vous occuper des activités des autres partis politiques au détriment du vôtre, comment se porte l’UFC, votre parti ?
Aboubacar Sylla : Nous avons nos réunions tous les samedi, nous continuons l’implantation de notre parti sur la totalité du territoire national. C’est vrai qu’on ne fait pas beaucoup d’agitation, beaucoup de mamaya, on le fait de façon efficace et le moment venu, nous ferrons la démonstration de force qui montrera que l’UFC est un parti national.
Entretien réalisé au siège de l’UFC par Ibrahma Sory Diallo pour Guineematin.com
Facebook Comments

Commentaires

Guineematin