Soupçons de détournement, neutralité… entretien avec le préfet de Dinguiraye

Préfet de Dinguiraye, Elhadj Souleymane Camara (1)La décision présidentielle de fermer les mines artisanales souffre de son application en Haute Guinée. Récemment nommé, préfet de Dinguiraye, Elhadj Mouloukou Souleymane Camara, ancien préfet de Télimelé, est accusé de refuser des marchés publics à des entreprises locales. A travers cette interview qu’il a accordée à Guineematin.com, à son bureau, mercredi 5 août 2015, le préfet s’est justifié et a évoqué la quasi-totalité des secteurs de sa préfecture, notamment la difficile cohabitation entre Tidjanites et Wahhabites.

 

Guineematin.com : Monsieur le préfet, nous savons que depuis quelques années, l’Etat organise des campagnes agricoles. Alors, qu’en est-il de la campagne agricole à Dinguiraye ?

Comme toutes les autres préfectures, nous continuons à bénéficier de cette campagne. La chambre d’agriculture vient de m’informer. Je dois préciser que moi j’étais au Maroc pour des raisons de santé mais aussi de mission. Mais il y a eu beaucoup d’engrais et d’herbicides, accessibles à la population.

Guineematin.com : Les populations riveraines des sociétés minières en Guinée ont du mal à bénéficier des retombés en termes de redevance que doivent payer ces sociétés. Est-ce que la SMD, la Société Minière de Dinguiraye, vous verse chaque année ce qu’elle doit donner à la communauté ?

Bon, je n’ai pas encore fait une année. Mais, je crois que lorsque je suis venu, j’ai posé la question. La SMD nous a dit qu’il n’y a pas de gèle sur ce fonds, mais que c’était juste un problème de procédure qu’il fallait respecter. Nous sommes en train de respecter cette procédure. Mais, pour le moment, il n’y pas eu de décaissement. Ces fonds ayant pour propriétaires, les collectivités, chacune d’elles a prévu des actions à réaliser, au cours d’une session. Il y a eu des appels d’offre et des sociétés ont été retenues, conformément à ce que nous estimons être la volonté des collectivités. Les contrats sont signés, mais pour le moment, aucun franc n’a été payé.

Guineematin.com : Quelle organisation institutionnelle mise en place pour que les collectivités puissent directement toucher ces fonds sans que ça n’arrive à vous, les administrateurs ?

C’est le CPD (Conseil Préfectoral de Développement). Il est généralement composé d’élus locaux à tous les niveaux. Ce sont les structures concernées qui ont désigné leurs délégués.

Guineematin.com : Et, ce produit toxique déversé quelque part ici dans votre zone. Nous avons appris que la SMD a versé de l’argent en termes de dédommagement et que cet argent aurait été détourné. Quelle est votre version.

Le problème de mine a toujours focalisé l’attention du Dinguirayeka, même ceux qui sont à Paris estiment que ce sont ces fonds qui vont leur permettre de développer leurs concessions ici, ça c’est par rapport aux collectivités. Deuxièmement, par rapport au déversement, ça c’était du fioul. Un produit qui n’est pas d’une haute toxicité. Mais, ça été interprété, les gens ont dit que c’était du cyanure, ce qui est archi-faux. C’était du simple fioul, les gens sont descendus ramasser cette couche noire par les mains. Si les gens estiment que la SMD et l’UMS ont versé de l’argent aux administrateurs, allez poser la question à ces sociétés. Ça été déversé dans les champs des gens, ceux-ci sont là encore. Aller leur demander si ce qui a été donné, ce n’est pas à eux que ça été remis.

Guineematin : Le chef de l’Etat avait interdit, pour cette période, l’exploitation artisanale de l’or. Est-ce que cette décision est appliquée ici ?

Elle est appliquée, mais vous savez quand on dit l’exploitation artisanale, ce sont généralement des résidents qui visent des moments où ils ne sont pas contrôlés, pour exploiter. C’est quand il y a éboulement, qu’on nous met au courant. La fois dernière quand j’ai posé la question au maire de Banora, il m’a dit qu’il n’y a pas d’exploitation artisanale. Le même soir, la nuit, on m’appelle pour me dire qu’il y a eu éboulement faisant trois morts à Téliré.

Guineematin.com : Vos relations avec les représentants des partis politiques, notamment de l’opposition ?

Bon, la neutralité n’est pas absolue, par ce que même l’Imam, s’il doit voter, il votera pour quelqu’un. Mais, je crois que les partis politiques qui évoluent sur le terrain, peuvent témoigner de notre façon de faire.

Guineematin.com : Justement, je me suis entretenu avec le secrétaire fédéral de l’UFDG hier soir, il m’a fait savoir que le secrétaire chargé aux collectivités a intimé des chefs de districts de rester dans le camp du parti au pouvoir.

Ce que je sais est que chaque parti a des militants et l’ensemble de ces militants constitue nos citoyens. Ceci n’a pas été dit à ma présence et à chaque fois que nous sommes réunis, nous les avons cadrés par rapport à ça.

Guineematin.com : Nous savons que Dinguiraye est fortement islamisée, est ce que vous ne rencontrer pas des problèmes avec les autorités religieuses ?

Même avant les mines, le problème fondamental de Dinguiraye ce sont les considérations sectaires dans la religion musulmane. Avec les chrétiens, il n’y a pas de problème, parce qu’ici il n’y a ni chapelle ni église. Dinguiraye est fortement dans la Tidhjaniya et tous ceux qui viennent et qui ne sont pas de la Tidjaniya, c’est-à-dire ceux qui sont Wahhabites, n’ont pas la paix. Alors, ça y va de soi parce que les parents pratiquent la Tidjaniya depuis des siècles. Donc, ce n’est pas aisé de céder la place à un autre courant.

Guineematin.com : Des entrepreneurs locaux vous accusent de leur avoir refusé des marchés publics ici.

Des marchés publics ? Certainement que leurs marchés n’étaient pas des meilleurs. Mois, je ne suis pas technicien, moi je n’attends que les comptes-rendus. Les gens pensent qu’il faut seulement venir prendre. Il y a des démarches à faire. Il y avait quarante quatre marchés, tout le monde ne pouvait pas avoir les marchés. Ceux qui ont présenté les meilleures offres ont eu les marchés. Tous ceux qui ont eu les marchés sont tous des entreprises évoluant à Dinguiraye.

Guineematin.com : Dinguiraye est l’une des rares préfectures où on a pu réussir contre Ebola. Vous êtes en fier ?

Oui, c’est l’une de mes chances d’ailleurs ! A Télimelé, quand Ebola apparaissait là-bas, j’étais là-bas. Nous avons été la préfecture qui a riposté immédiatement. Et, Télimelé est citée en exemple même par le chef de l’Etat. Cette expérience a été appliquée à Dinguiraye ici lorsque nous sommes venus.

Guineematin.com : Comment gérez-vous les relations souvent conflictuelles entre éleveurs et agriculteurs ?

Dinguiraye est l’une des préfectures où les éleveurs ne maîtrisent pas leurs bêtes. Même ce matin, on en parlait. Il y a un champ qui a été dévasté. Nous avons décidé de rédiger un communiqué pour les mètre en garde. Nous ne tiendrons compte d’aucune parenté. Lorsque nous sommes venus, on m’a dit que des agriculteurs avaient commencé à empoisonner les bêtes ! Pour donc éviter cela, il faut qu’à cette période de culture, les éleveurs maîtrisent leurs bêtes.

Guineematin.com : Un message, Monsieur le préfet ?

Oui, que les journalistes viennent à la source, pour être crédible ! Je voudrais vous remercier d’être venu nous interroger pour toucher du doigt les réalités.

Entretien réalisé à Dinguiraye par Thierno Amadou Camara pour Guineematin.com

+224 622 10 43 78

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