Prison civile de Conakry

Image d’archive

Une semaine après la tentative d’évasion à la maison centrale de Conakry,  le barreau guinéen a tenu un point de presse ce mardi 17 novembre 2015, à son siège pour dénoncer les conditions de détention des prévenus, la mauvaise application de certaines règles de procédure et le marchandage des prisonniers par  certains juges et procureurs.

Entouré du chargé de communication du barreau de Guinée, Me Salifou Béavogui et de  Me Sory Doumbouyah, le chargé des relations extérieures, Me Mohamed Traoré a demandé une minute de silence en la mémoire du doyen Thierno Madjou Sow, président de l’OGDH décédé vendredi dernier par suite de maladie.

Revenant sur le sujet du jour, le bâtonnier, Maître Mohamed Traoré, a fait savoir que la liberté est un principe : « lorsqu’une personne est mis en cause et présentée devant un juge d’instruction, celui-ci a trois possibilités : soit il laisse la personne en liberté pure et simple, malgré la gravité ou la qualité de l’infraction qui lui est reprochée. Et, c’est seulement quand il estime qu’en laissant la personne-là en liberté, il  y a des risques qu’elle prenne la fuite, le juge peu recourir en l’une des deux mesures. Soit il met la personne en liberté sur contrôle judiciaire, soit il le met en détention provisoire », explique-t-il aux médias présents dont Guineematin.com.

« L’article 132 fait de la liberté un principe et la détention une exception. Mais ici, on a tendance à faire l’inverse. Ce qui veut dire que, même des personnes qui ont des attaches ici et toutes les garanties pour ne pas prendre la fuite, le juge ne prend pas en compte cet élément. Ils ont toujours tendance à amener tout le monde en prison», argumente-t-il.

Selon le bâtonnier, cette situation fait que la moitié des détenus sont des personnes en attente de jugement : « Voilà aussi ce qui fait la surpopulation de la prison centrale », ajoute Me Traoré.
Citant le cas du détenu Boubacar Diallo qui a fait 15 ans en détention préventive sans jugement, l’avocat à déploré qu’il ne soit pas encore dédommagé, alors que l’Etat a été condamné a lui versé cent millions de francs guinéens.

Parlant les raisons de ces longues détentions préventives, le bâtonnier lui-même répond que : « C’est pour que la famille de la personne paye de l’argent pour que la personne recouvre la liberté », avant d’ajouter que cela s’appelle « le marchandage» des citoyens : « On envoie des citoyens en prison, même si ce n’est pas nécessaire dans le seul but de pouvoir négocier leurs libertés », déplore le bâtonnier.

Poursuivant, Me Traoré pense que c’est qui fait que certains détenus meurs en prison en attendent leur jugement.

Pour parler de la mauvaise gestion des procédures, Me Mohamed Bérété s’appui sur l’article 386 du Code pénal Guinéen. Une façon pour lui de dénoncer la magouille au niveau du système judiciaire du pays.

S’agissant de la maison centrale le bâtonnier déplore l’amalgame : « cette prison devait être pour les condamner. Les prévenus eux devaient être dans une maison d’arrêt en attend leur jugement. Ce qui fait qu’on peut rentrer comme dans cette prison comme délinquant primaire et ressortir comme grand criminelle », révèle-t-il.

Fustigeant le comportement de certains magistrats, Me Salifou Béavogui se montre plutôt amère envers les juges : « En Guinée, vous n’avez la liberté que lorsqu‘un juge ne décide pas de vous la privée. »

Pour terminer, le barreau guinéen dit attendre fermement le résultat de l’enquête sur les dernières évasions pour se faire entendre à nouveau.

Abdoulaye Oumou Sow  pour Guineematin.com

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