Journée internationale des handicapés : la parole à Thierno Saïdou Diakité

Thierno Saïdou Diakité, handicapéDécrétée par les Nations Unis, il y a 23 ans, la journée internationale des personnes handicapées passe presque inaperçue en République de Guinée. Pour mieux comprendre la situation des personnes handicapées, Guineematin.com a envoyé un de ses reporters auprès de notre confrère de l’hebdo satirique « Le Lynx », monsieur Thierno Saïdou Diakité, un handicapé, qui est aussi consultant et employé d’une banque de la place.

Entretien

Guineematin : Monsieur Thierno Saïdou Diakité, nous savons que nous somme aujourd’hui le 03 Décembre 2015 et c’est la journée internationale des personnes Handicapées. Qu’est ce que cette journée vous inspire ?

Thierno Saïdou Diakité : C’est vrai que nous sommes le 03 Décembre 2015, journée internationale des handicapés. Je suis concerné à plus d’un titre, dans la mesure où je suis handicapé moteur. J’ai un point d’amertume parce que figurez-vous qu’à part le travail que vous faites, vous sur les sites et certaines radios de la place, on ne sens pas pratiquement que nous sommes dans une journée consacrée à une catégorie de personne, c’est-à-dire que les personnes avec un handicap. Donc, c’est mon point d’amertume. C’est pourquoi, je suis quelque peu au regret d’évoquer cette journée avec vous.

Guineematin : Quel devrait être la particularité de cette journée pour les handicapés ?  

Thierno Saïdou DiakitéThierno Saïdou Diakité : Pour les handicapés, il y a quelques années, l’Etat organisait des activités, on faisait une communication, des ateliers pour sensibiliser l’opinion publique et les décideurs pour qu’ils se penchent sur la situation des personnes qui sont avec un handicap. Mais, figurez-vous aujourd’hui, la journée va passer presque inaperçue et c’est bien dommage pour cette catégorie de personne qui est quelque peu marginalisée par la société.

Guineematin.com : Quand on dit handicapé, la plupart des guinéens pense aux mendiants, alors que d’autres ne le son pas. Vous par exemple vous avez un emploi, vous travaillez déjà ici à la BICIGUI, qu’est ce que ça vous fait quand vous voyez des handicapés qui se battent pour survivre. D’ailleurs, parmi eux, d’autres ont fini les études comme vous, mais n’ont pas d’emploi…

Thierno Saïdou Diakité : Je fais le même constat que vous. Même si moi, j’ai eu le privilège, grâce peut être aux soutiens de mes parents, pour pouvoir étudier et avoir un diplôme et être inséré dans le circuit professionnel. Je me dis que c’est une question d’approche, au niveau institutionnel. Même s’il ya une politique de protection sociale pour des personnes vulnérables, cette politique n’est pas formalisée parce que vous avez touchez du doigt certaines réalités ! Il y a des handicapés qui ont la chance d’étudier, de décrocher des diplômes, mais ils ne sont pas insérés dans le circuit professionnel et le marché de l’emploi ne les absorbe pas. Donc, étant donné leur situation particulière, il faut donner des conditions particulières pour cette franche de la population. Malheureusement, la politique n’a pas intégré les spécificités de cette catégorie de personne. Ce qui veut dire qu’elles seront toujours confrontées à ces difficultés tant que ces entraves ne seront pas levées. Pour ce fait, il faut qu’on puisse, à l’instar des pays comme le Sénégal, le Burkina où les personnes handicapées sont véritablement intégrées, leurs promotions assurées, il faut que nous aussi cela soit dans nos textes de loi et que par ces textes de loi on puisse au moins assurer la promotion de ces personnes. Vous évoqués un autre problème. On assimile un peu les handicapés aux mendiants, aux indigents que l’on rencontre le long des routes et de nos trottoirs en quête de leurs subsistances. C’est une catégorie à prendre en compte. Mais, cela relève de la réglementation de toute une politique à définir et à mettre en œuvre.

Guineematin : Vous qui êtes déjà une élite, vous avez une fois pensé à créer une association peut être ?

Thierno Saidou Diakité : Oui ! Figurez-vous que dans les années 80, nous avons mis en place la toute première association des personnes handicapées et c’est grâce à cette association que vous avez aujourd‘hui ce qu’on appelle handisport. C’est-à-dire qu’il y a des handicapés qui pratiquent le basket. Donc, c’est grâce à notre toute première association qui a pris corps au centre athlétique de Donka. Aujourd’hui, vous avez la fédération guinéenne d’handisports. Un temps soit peu, dans la mesure de notre possibilité, on contribue un peu à appuyer les associations, les ONG qui s’occupent des handicapés. Nous sommes quelque peu limités. Il revient à l’Etat de mettre en place un environnement pour permettre aux bonnes volontés de pouvoir intervenir en faveur de personnes handicapées.

Guineematin : Vous avez pensez un jour proposer une loi à l’Assemblée Nationale en faveur des personnes handicapées ?

Thierno Saïdou Diakité : Il me semble que la loi sur la promotion des personnes handicapées existe. La convention a été ratifiée par la Guinée le 03 mars 2006. La seule chose qui reste, c’est sa promulgation, enfin qu’elle prenne effectivement effet et la Fédération Guinéenne des Personnes Handicapés (FGUIPA) est à pied d’œuvre enfin de voir cette loi promulguée. Mais, de toutes les façons, moi, à titre personnel, j’envisage de rencontrer le président de l’assemblée nationale pour voir dans quelle mesure on peux faire quelque chose au plan législatif pour inciter et amener l’Etat à se pencher un peu sur la situation particulière des personnes handicapés.

Interview réalisée par Abdoulaye Oumou Sow pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 620 848 501/ 656 486 601

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