Lamine Guirassy Dans une interview accordée à Guineematin.com, le Président Directeur Général du groupe Hadafo médias,  Lamine Guirassy, vous livre à cœur ouvert les dures péripéties traversées par sa structure pendant l’année 2015 qui s’achève et annonce les défis et perspectives de son groupe pour 2016. Nous vous proposons l’intégralité de notre interview.

Guineematin.com : Bonsoir monsieur Lamine Guirassy, c’est quoi Hadafo médias ?

Lamine Guirassy : Bonsoir, Hadafo médias est un groupe de presse de cinq radios et une télévision.

Guineematin.com : Faites-nous le bilan de cette année 2015 qui s’achève pour cette maison  Hadafo médias, les forces et faiblesses ?

Lamine Guirassy : Faiblesses, on va commencer toujours par là ! C’est clair que l’année a été très très difficile pour nous. Parce que ce qui n’est jamais arrivé à Hadafo Médias en 8 ans en Guinée, c’est la perte de journalistes. On n’avait  jamais vécu ça chez nous. C’était très difficile dans le sens qu’on n’était pas du tout préparé. A la fin du compte, ça s’est passé entre le mois de juin et juillet, c’est -a- dire pendant les vacances. On a eu des moments terribles. On n’arrivait pas du tout à comprendre ce qui nous arrivait. Mais, voilà ! Après, on se dit qu’on se remet toujours à Dieu à la fin du compte. Je pense que perdre trois journalistes en trois mois, je dis qu’on peut péter un câble dans ce sens que le cas Michel Tolno qui est décédé sur le terrain, qui est parti l’arme à la main, s’était juste incroyable. Je pouvais imaginer tout sauf cela. Après, on a eu le cas Prinsco, un animateur ici à Hadafo Médias, qui était à la radio et à la télé. Et, jusqu’à preuve du contraire, nous avons le cas de Cherif Diallo qui est introuvable, même si l’espoir aujourd’hui est très mince pour retrouver ce garçon.

Maintenant, après avoir vécu une année comme ça, on se dit peut être qu’on peut rêver mieux,  qu’on va avoir une année 2016 pleine d’enthousiasme en même temps pleine de réussite, on verra bien. La détermination, ça ne manque pas à Hadafo Médias.

Faiblesses, peut être que ce que je regrette un petit peu, est peut être de ne pas partir jusqu’au bout, par exemple  en ce qui concerne les enquêtes. Notamment, dans nos différentes émissions, comme l’émission phare, les grandes Gueules. Souvent beaucoup de personnes nous reprochent cela. On commence les dossiers et on ne va pas jusqu’au bout ; et puis, voila, beaucoup de choses comme ça qui sont passées. On se dit toujours que c’est en faisant des erreurs qu’on apprend. J’espère que l’année nouvelle, on va essayer de corriger tout ça et pourquoi pas  partir sur une nouvelle base.

Guineematin.com : Vous avez parlé des deux journalistes qui sont décédés, notre rédaction profite encore de cette occasion pour vous adresser nos condoléances. Maintenant, dites-nous pour le cas de Cherif Diallo, qu’est-ce qui s’est passé concrètement ?

Lamine Guirassy : Bien malin, celui qui pourra vous dires ce qui s’est passé pour le cas chérif. Il était à la télé jusqu’à 19 H, le jour où il a disparu, après il est rentré. Depuis, on nous apprend qu’il y a des gens qui sont venus le chercher parce que c’est Moussa Moise Sylla, le directeur de l’information qui était vraiment sur le dossier. On nous apprend qu’il y a ses associés qui sont venus le chercher à la maison, de là il n’est jamais rentré. Moi, le matin, j’étais là, le jour où j’ai enterré Michel Tolno, je m’apprêtais à aller à l’Eglise. Il y a une fille qui m’appelle et qui me dit que c’est la sœur de Cherif et que Cherif n’est pas rentré. Elle a demandé si c’est nous qui l’avions envoyé en mission. J’ai dis non ! Pour moi, peut-être qu’il avait dormi chez un ami. On est allé pour l’enterrement de Michel et on est revenu. J’ai demandé à tout le monde « est ce que vous avez eu les nouvelles ? », on m’a dit non. Finalement, ça sera très difficile de cerner ou de comprendre exactement ce qui s’est passé dans ce sens qu’on ne peut pas dire que Cherif Diallo était sur un dossier chaud ici à Hadafo Médias. C’était un journaliste aguerri qui partait sur le terrain. Maintenant, hors radio, moi j’apprends qu’il était enseignant aussi dans une université et qu’il avait quelques business avec quelques associés,  voila ! Maintenant, qu’est ce qui s’est passé ? Je n’en sais rien du tout ! Est-ce qu’aujourd’hui Cherif,  il est vivant ? Ça m’étonnerait avec tout ce que nous avons aujourd’hui comme preuves ; ses objets personnels qui ont été retrouvés, la gendarmerie qui était à deux doigts de parler de cette histoire, et après c’est le procureur qui a demandé à la gendarmerie de ne plus parler, parce qu’il y a encore des instructions… Finalement, on ne comprend rien du tout ! Moi, ce que je demande et que j’ai toujours demandé, c’est de nous situer, parce que c’est toujours difficile de  se dire qu’on va faire le deuil d’une personne, alors qu’on ne sait pas ce qui s’est passé…

Guineematin.com : Et, justement où en sommes-nous sur les enquêtes ?

Lamine Guirassy : Pour l’instant, on nous demande d’attendre encore. Au niveau du procureur, on nous dit encore que non les enquêtes sont en cours, il y a des corps qui ont été retrouvés, ils ont fait l’autopsie, etc. Il y a entre autres madame Yéro Bah et Moussa Moise qui suivaient vraiment ce dossier. On nous apprend en même temps, on nous dit que quand il y a une disparition, des choses comme ça, qu’il faut attendre peut être cinq ans ou je ne sais pas combien de temps. Je dis qu’il y a un moment, on ne peut pas continuer comme ça. Il faut juste nous faire comprendre ce qui s’est passé. Peut-être qu’on dira mais oui de quoi on se mêle ? Mais, ce garçon travaillait chez moi. Il a une famille, sa maman était venue, il y a eu pas mal de pression par rapport à cette histoire. Nous tous, ce qu’on veut savoir, c’est juste qu’est ce qu’il est devenu, qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Je pense que les services de sécurité sont là pour ça.

Guineematin.com : Maintenant étant du milieu des médias, on sait que vous subissez des pressions et des menaces. Dites-nous comment vous faites pour vous en sortir ?

Lamine GuirassyLamine Guirassy : Je pense que ça fait parti de notre métier ! Quand vous regardez aujourd’hui, le classement de reporters sans frontières, la Guinée ne se porte pas bien non plus. Et puis, on est dans un pays où on se dit- surtout la manière dont nous exerçons, avec cette liberté de ton, avec je veux dire tout ce qu’il y a à faire- on a peut être réussi à faire quelque chose d’inédit en Guinée. C’est-à-dire qu’on est indépendant de A à Z.  Je  veux dire qu’il n’y a pas un homme politique derrière, il n’y a pas un homme d’affaires derrière nous. Donc, ça fait peur, en même temps, ce sont des jeunes, on se dit l’insouciance est là. On peut dire qu’il y a des menaces tous les jours, mais on met cela au second degré, parce que ça fait partie de notre métier. C’est comme si vous êtes militaires et que vous n’aimiez pas partir sur le  terrain miné ! Donc, ça na pas de sens.

Guineematin.com : Justement parlant des menaces, vous parliez tantôt de Cherif qui a disparu, et nous apprenons que Moussa Moise aussi a été attaqué, expliquez-nous un peu ce qui s’est passé ?

Lamine Guirassy : Par rapport à Moussa Moise, on a appris comme tout le monde ce matin (jeudi 31 décembre 2015 : ndlr) parce qu’hier (mercredi 30 décembre 2015 : ndlr) j’ai travaillé jusqu’à 4 heures et c’est Aboubacar Diallo qui m’appelle pour m’annoncer que Moussa a été attaqué. Je ne comprenais pas donc ce qui s’est réellement passé. Après, j’ai eu le garçon au téléphone, il m’a expliqué un peu ce qui s’est passé. Apparemment, ce sont des personnes qui savaient très bien ce qu’ils voulaient. Il dit que sa femme l’avait appelé pour lui dire qu’il y a des étrangers dans la cour qui étaient venus tâter un tout petit peu le terrain. Est-ce que ce sont des choses qui sont liées à un dossier qu’il traite chez nous ? Gros point d’interrogation, je ne peux pas le dire. Moi, il y a 2 ans, j’ai été attaqué chez moi, je n’ai pas voulu médiatiser ça parce que je me dis que ça fait parti de notre métier.  Les personnes qui font ça, je me dis peut-être que ce sont des personnes qui me connaissent très bien. Dans ce sens que ce qui s’est passé chez moi il y a 2 ans, ça c’est passé en pleine journée. Je suis sorti un moment. Mais, avant de revenir, il y a un de mes gardiens qui m’appelle pour dire qu’on a défoncé la porte et on a pris des objets personnels. Heureusement, ce que j’avais laissé à la maison, il n’y avait rien comme information. Donc, ils ont pris, rien du tout. Après, comment on gère tout ça ? C’est très difficile. Je pense que vouloir reculer ça serait donner raison à ces gens là à se dire « finalement on a réussi à fermer leurs gueules », excusez-moi du terme.

Nous, ce que nous avons ici comme hymne, c’est de dire tous pour un et un pour tous, on va jusqu’au bout. Après, le public, nos téléspectateurs et auditeurs sont là pour juger tout le monde.

 Guineematin.com : Justement un pour tous, tous pour un, on sait que c’est l’union sacrée au groupe Hadafo Médias. Mais, concrètement, monsieur Lamine Guirassy, n’avez-vous pas peur ?

Lamine Guirassy : Non ! Pas du tout ! Vous savez, je considère une chose : je me dis que je suis en mission. Demain ou après demain, on dira Lamine Guirassy n’est plus de ce monde. Je me dis que je suis en mission et ma mission c’est quoi exactement ? C’est de ne pas vraiment me mentir et mentir à ceux qui m’écoutent et qui me regardent à la télé tous les jours. Le reste, l’histoire retiendra ce que tout le monde a laissé sur cette terre.

Certes dans notre milieu, c’est très compliqué. Je parle en connaissance de cause. Ce n’est pas votre fondateur qui va me dire le contraire. Nouhou Baldé qui un journaliste aguerri, que tout le monde respecte dans ce milieu là parce qu’il dit ce qu’il pense et il va à la source de ses informations. Même si après, ici en Guinée où on aime étiqueter les gens. Après le reste, moi avoir peur, non ! Ça, ce n’est pas dans le dictionnaire de Lamine Guirassy. J’avance et cherche des choses justes pour que demain ma conscience ne me reproche de quoi que ce soit.

Guineematin.com : Revenons un peu en arrière. Vous avez dit à l’entame de notre entretien que le groupe Hadafo, a 5 chaînes de radios et une télévision. Comment Hadafo Médias a su s’imposer en si peu de temps ?

Lamine Guirassy : Très bonne question ! Je pense que monsieur Diaby pourra mieux vous répondre ; je pense que c’est un travail d’équipe. Je pense que Hadafo Médias (Espace FM à l’époque), ce sont tout ce beau monde aujourd’hui. Je prends l’exemple sur Diaby parce qu’on a démarré ensemble cette radio ; sans sa contribution, sans la contribution de tous ces animateurs et journalistes aujourd’hui, je pense que Espace ne sera pas à ce niveau là.

Comment on a réussi à le faire ? Bien malin pourra le dire. En tout cas, moi, je ne pourrais pas vous le dire, parce qu’on dit bien que qui veut aller loin prépare bien sa monture. C’est au chef de donner le ton. Moi, je ne suis pas un biseness man. Je l’ai toujours dis et je le revendiquerai jusqu’à la fin de la vie que je suis un ouvrier parce que je me dis que donner l’exemple, tous les matins, en 8 ans, on se réveille à 4 heures pour venir travailler ; après, les autres ne peuvent pas se poser la question à la fin du compte. Peut être que le secret c’est là, lui (Moh Diaby : ndlr) il est marié, il a sa femme. Mais, il ne peut pas se dire qu’il ne va pas se réveiller à 4 heures du matin pour venir travailler, parce que le patron lui, le fait tous les jours. Peut être que le secret c’est là en fait, je ne saurais vous expliquer vraiment !

Après, au fil du temps, on a essayé de développer la radio à l’intérieur du pays. A Labé, c’était un essai ; de là-bas, on est parti à  Boké, on a fait Kankan aujourd’hui et on a eu Sweet FM, Espace TV qui est née dans les conditions très difficiles.

Guineematin.com : Parlant d’espace TV, vous parliez tantôt des difficultés dans l’obtention de l’agrément, est-ce qu’on peut s’attendre à une diffusion d’Espace TV à partir de la Guinée ?

Lamine Guirassy : Oui ! Aujourd’hui,  peut-être c’est un scoop en plus pour Guineematin.com, pas plus tard que ce matin (jeudi 31 décembre 2015 : ndlr), j’ai reçu les mails de Canal plus en ce qui concerne la stratégie qui va se faire, en ce qui concerne la diffusion d’Espace TV sur le bouquet de Canal plus. Maintenant, comme on est passé au numérique normalement, est-ce que c’est intéressant maintenant d’avoir une fréquence pour diffuser comme les autres télés ? Je ne sais pas si c’est opportun dans ce sens qu’on nous a dit, normalement que juin 2015, la Guinée n’est pas sur un autre continent, sur une autre planète. Normalement, on doit passer au numérique, ce qui veut dire que toutes les télés n’ont plus droit à avoir une fréquence. Maintenant, on verra avec les opérateurs qui nous ont approchés ici sur le terrain, comme Startimes, qui doit reprendre le signal de la chaine. On a aussi, Soditev qui a repris depuis un temps déjà. Le live à partir de Guinée, je viens d’en parler avec le directeur technique, je peux dire aux lecteurs et téléspectateurs de Guineematin.com que d’ici le mois de Mars Espace va commencer à faire le live à partir de la Guinée.

Guineematin.com : Peut-être une dernière question, nous sommes aujourd’hui le 31 décembre 2015, on veut savoir vos perspectives par rapport à 2016 ?

Lamine Guirassy : 2016, c’est clair que c’est une année au cours de laquelle, je disais tantôt, on espère que les choses vont changer. Dans quelques heures, nous allons rentrer en plein dedans. Les perspectives, c’est d’abord le lancement d’une deuxième chaine de télévision que nous avons en commun avec le groupe Africable. Le groupe Hadafo Médias a 50% et le groupe Africable a aussi 50%.  Je peux dire que c’est une chaine panafricaine que nous allons lancer avec Africable.

Un autre scoop aussi pour le site  Guineematin.com, c’est évidement le siège du groupe Hadafo Médias que nous allons mettre à Bonfi. Et, là, on va essayer de mettre toutes nos radios en un seul lieu, la télévision pareille et Kalack radio qui va voir le jour. Kalack, on a pensé à un programme avec cette radio pour s’intéresser à notre musique, la musique guinéenne ; en clair, la culture. Avec le développement de la radio Espace, c’est devenu une radio culturelle. Donc, au fil du temps, on s’est retrouvé pris dans tous les sens. Tout le monde voulait avoir sa part dedans, si on peut le dire ainsi. Donc, on s’est dit que Sweet FM, c’est vrai que c’est pour les jeunes ; mais, Kalack radio, ça va être une radio pour une autre génération. Une radio qui va être complètement musicale et qui va être là pour la culture et surtout pour la musique. Donc, ce sont en quelque sorte les perspectives entreprise.

Guineematin.com : Dans ce cas, est-ce que Kalack ne va pas jouer le même rôle que Sweet Fm ?

Lamine Guirassy : Non ! Pas du tout ! Dans ce sens que Sweet est une radio jeune, en même temps c’est beaucoup plus hip hop, c’est vraiment la tendance. Mais, Kalack, c’est carrément guinéenne. En faite, je vais dire que c’est une radio où on n’a jamais édité un programme comme ça en Guinée. Même la RTG ne fait pas autant. On se dit 100% musique guinéenne, zéro musique étrangère. Donc, c’est un peu ça le but recherché.

Guineematin.com : le mot de Lamine  Guirassy à la jeunesse guinéenne quand on sait que beaucoup de jeunes souhaitent prendre votre exemple ?

Lamine Guirassy : Mais, c’est d’être soi-même ! Il n’y a pas de secret. Après tout, moi, je me dis à chaque fois que mon père n’est pas celui que tout le monde connait en Guinée, ni ma maman. Après, c’est de croire en soi-même, surtout quand vous avez des rêves, dites-vous que c’est toujours possible. Tous les jours que le bon Dieu fait, faites en sorte de poser un petit pignon pour se dire qu’on peut y arriver. Je prenais l’exemple sur Espace TV dans ce sens qu’à un moment donné ici on était un tout petit peu les parias, surtout au niveau du gouvernement. Après, ce n’est pas peu, on se dit bon qu’est-ce qu’il fallait faire ? Il fallait juste rester sur la ligne avec la détermination, la vérité finira toujours par triompher. Donc,  c’est un peu ce qui s’est passé.

Guineematin.com : Merci monsieur Lamine Guirassy d’avoir reçu Guineematin.com dans vos locaux

Lamine Guirassy : Merci beaucoup ! Je souhaite à tous les lecteurs de Guineematin.com bonne et heureuse année 2016. Que cette année 2016 soit une année vraiment de bonheur pour tout le monde. Dieu sait qu’on a passé deux ans difficiles. Je parle de tout le peuple de Guinée, je pense que cette année va être une année d’ouverture, de travail parce qu’on en a besoin.  Grand merci à vous et grand merci à votre fondateur, Nouhou Baldé, qui est vraiment un journaliste aguerri que je respecte vraiment dans ce milieu. Voilà, merci à vous tous.

Interview réalisée par Abdoulaye Oumou Sow et Mamadou Alpha Baldé pour Guineematin.com

Tél : (00224) 520 848 501/ 622 680 041

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