FMILe budget de l’Etat guinéen de 2016 a un volet dépense estimé approximativement à 14.538 milliard de Francs Guinéens (GNF) ou 1.938.496.651 dollars US en utilisant un taux de change de GNF 7.500 pour $1 US. Le déficit budgétaire serait estimé à $98.797.727.  Nous avons analysé ce budget et il ne nous parait pas à la hauteur des attentes des populations. 

Ce budget est fait pour satisfaire les partenaires économiques pour obtenir le décaissement des fonds attendus de ces derniers.  Au vu de ce budget, ça ne m’étonne pas que l’équipe économique du précédent gouvernement ne soit plus sur place. Ce budget manque d’inspiration et est basé sur des politiques budgétaires et fiscales du siècle dernier. Il est construit sur des hypothèses qui ne découleront pas sur une diminution de la pauvreté.  Ce budget devrait cibler un taux de croissance à deux chiffres et poser les vraies bases d’un développement économique de long-terme au lieu d’être basé sur une vision frileuse.  Ce budget ne permettra pas de libérer les énergies dans le pays.

Hélas! Nos parlementaires auraient dû renvoyer ce budget car il ne correspond en rien aux vœux à la nation du chef de l’Etat et la nomination d’un gouvernement d’action.  Nous allons analyser ce budget pour montrer ses faiblesses et nous sommes disposés à participer à un débat constructif pour améliorer les conditions de vie de nos populations. Notre objectif est de démontrer que l’on peut mieux faire en utilisant les modèles existants mais aussi pouvoir les utiliser en sachant que ce sont des modèles économiques basés sur des réalités économiques et des niveaux de développement différents des nôtres. Je souhaite que le pôle économique du gouvernement puisse publier les statistiques nationales sur le web par esprit de transparence et pour permettre à chacun d’y accéder.

En tant qu’économiste, je pense que ce budget aurait pu être préparé sur la base d’une croissance réelle minimum de 0% du Produit Intérieur Brut (PIB).  Ce budget est basé sur un taux de croissance de 4% alors que le taux d’inflation est estimé approximativement entre 7% et 9%.  Par conséquent, le taux réel de croissance du PIB estimé serait négatif 3% (4% – 7%).  Pour permettre au président de la république d’atteindre son objectif de faire de la guinée un pays émergent avant la fin de son mandat, il faudrait une croissance annuelle de 65% avant la fin de son mandat en 2020.  Si nous réalisons un taux de croissance annuelle de 10%, nous deviendrons un pays émergent au bout 26 ans.

Sur la base des données disponibles, la Guinée est parmi les pays les plus pauvres de la CEDEAO, donc l’objectif de devenir un pays émergent reste éloigné. Selon la banque mondiale, le taux de croissance moyen du PIB (2016 – 2018) de ces pays est comme suit: Burkina Faso (6.7%); Cote d’Ivoire (8.1%); Guinée (3.9%); Guinée Bissau (5.2%); Liberia (6.4%), Mali (5.0%); Sénégal (5.3%) et la Sierra Leone (5.7%).  Le taux de la Guinée de 3.9% est largement en dessous de la moyenne de 6.1% pour les autres pays.

J’ai entendu beaucoup de commentaires sur le fait que le niveau d’investissement est très élevé mais personnellement ça m’étonne que nos parlementaires plébiscitent ce montant.  Car le montant total des investissements dans ce budget est de 5,000 milliards de GNF ou 685 millions USD.  Si nous considérons un cout moyen d’environ $1.0 million pour construire un kilomètre de route, ce budget d’investissement ne pourra butiner que  685 km de route.  Je reconnais que ce montant n’inclut pas la part plus importante des investissements financés par les bailleurs de fonds. Vu la morosité de l’économie mondiale et les problèmes budgétaires dans les pays des bailleurs de fonds, nous devrions réfléchir «out of the box» pour introduire des politiques économiques de nature à améliorer les conditions de vie des populations en réduisant notre dépendance envers les pays des bailleurs de fonds.  Ces fonds d’investissements devrait initialement être consacré à recapitaliser la banque centrale, ensuite rembourser la dette intérieure pour ramener le niveau minimum de réserves en devises de la banque centrale à l’équivalent de 90 jours d’importations.  L’impact immédiat sur l’économie sera l’amélioration du taux de change qui aura pour effet la baisse des prix sur le marché (augmentation du pouvoir d’achat).

Le coût total des salaires des fonctionnaires est estime à $436.4 millions.  Il n y a pas de statistiques fiables sur le nombre total de fonctionnaires.  Nous avons pris la moyenne de 105,000 fonctionnaires et 45,000 forces de sécurités provenant de multiples sources.  Avec ce nombre de fonctionnaires, le revenu moyen par fonctionnaire et force de sécurité est aux environs de $2,895 par an ou 21.7 millions de GNF.

D’après les statistiques analysées, la moitié des fonctionnaires se trouvent à Conakry alors que Conakry représentent moins de 50% de la population du pays. Il y a un fonctionnaire pour chaque 111 habitant en Guinée. Ce niveau très élevé de fonctionnaires n’est pas efficient et en économie, ceci est considéré comme une destruction de valeur.  Nous préconisions la réduction du nombre de fonctionnaires de telle sorte que le salaire moyen puisse couvrir les besoins mensuels du coût de la vie estime à $440 par mois.  Ce qui permettra d’augmenter la productivité et permettra aux fonctionnaires restants d’améliorer leur condition de vie. Pour les fonctionnaires non retenus, L’Etat devrait utiliser la puissance publique pour les aider à créer des entreprises privées et leurs accorder des positions préférentielles pendant trois (3) ans dans l’octroi des marchés publics.

L’achat de biens et services couplé avec les subventions et les transferts représentent approximativement $642.0 millions.  Le gouvernement aurait dû réduire les dépenses de subventions et de transfert car ces dernières ne sont pas des dépenses créatrices de valeur comme les investissements.  L’Etat pourrait réduire ces dépenses ce qui pourrait justifier une diminution équivalente des impôts.  Les populations sont plus aptes à gérer leurs revenus que le mécanisme de prélèvement et de redistribution par l’Etat.

Le maximum de taux d’imposition des individus devrait être réduit de 40% à 20% et  l’on devrait aussi réduire le taux d’imposition des entreprises à un taux de 25% au lieu de 35%.  Avec un taux compétitif d’imposition, le pays va être très attractif pour les investisseurs nationaux et étrangers et cela va entraîner une augmentation totale de l’assiette fiscale car les contribuables vont s’acquitter de leurs taxes au lieu de contourner les lois fiscales. L’objectif d’une politique fiscale est d’établir une combinaison optimale d’outils qui facilite la création de richesses qui générera des points de croissance économique.  Il est contre-productif d’instaurer un régime fiscal ineffectif tel que l’augmentation du taux de la TVA. La TVA est un mauvais impôt car il pénalise les pauvres.

Le déficit fiscal est estimé aux environs de $100.0 millions or 741.0 milliards de GNF.  L’Etat se retrouve donc dans une position d’arbitrage entre accepter certaines des propositions des syndicats ou refuser pour satisfaire les attentes de la mission du FMI qui est attendue en mars 2016.  L’Etat risque de satisfaire le FMI au détriment des syndicats ce qui  pourrait entraîner le pays vers une nouvelle crise dont les conséquences seront insurmontables dans le court terme vu la situation économique du pays.

La Guinée pourrait faire appel à l’épargne des guinéens de l’étranger pour résorber le déficit budgétaire. Le déficit budgétaire peut être résorbé si 10,000 guinéens acceptent de prêter au trésor public guinéen l’équivalent de $10,000 chacun.  En effet, l’épargne de beaucoup de guinéens vivant aux Etats-Unis est investie sur les marchés financiers, s’ils ont les garanties nécessaires, par exemple une possibilité d’hypothéquer des terrains lotis de l’Etat guinéen, cela pourrait faciliter la réalisation de cette opération.   Le prêt peut être sur 5 ans avec un taux d’intérêt annuel de 5% au lieu de 15% que la Guinée paie en empruntant sur les marchés financiers.  Au lieu d’hypothéquer des terrains, le trésor peut aussi émettre des bons du trésor mais je ne suis pas sûr que beaucoup d’investisseurs potentiels veuillent accepter ces bons à moins que le parlement n’entérine ce projet.  Les banques locales ou d’autres investisseurs pourront racheter ces bons du trésor ce qui les rendra liquides et ça sera le bourgeonnement d’un marché financier en Guinée.

Pour conclure, notre pays doit commencer à utiliser ses ressources humaines de façon optimale pour que nous puissions trouver des solutions idoines à nos questions de développement car le FMI ou les partenaires similaires ne développeront pas la Guinée, seuls les guinéens développeront la Guinée.

Alpha Nantes/Dallas

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