Alpha Condé« Pourquoi voulez parler de Singapour en disant qu’il est bien géré, alors que le monsieur est resté trente ans au pouvoir… Je n’ai aucun complexe ! Chaque président est libre en fonction de son peuple à faire sa politique. Je n’ai pas de jugement. Et, dans un pays, ce n’est pas vous qui décidez, c’est le peuple. Personne, personne je dis, ne me dira ce qu’il faut faire ! Seul le peuple guinéen dira… », a notamment dit le président guinéen. 

Répondant aux questions de certains journalistes à l’occasion de sa conférence de presse de ce dimanche 15 mai 2016, le président Alpha Condé a entretenu un sérieux doute sur une éventuelle modification de la constitution pour rester encore et encore au pouvoir. Peut-être comme un certain Lansana Conté dont on avait décidé de laisser « parachever son programme »…

Tout d’abord, une question qui ne nommait pas précisément des velléités de s’accrocher au pouvoir a rappelé au président Alpha Condé que tous les grands hommes ont laissé une bonne impression à leurs concitoyens, le journaliste a alors demandé au chef de l’Etat guinéen l’image qu’il souhaiterait laisser dans la mémoire collective de ses concitoyens, étant donné qu’il est dans son dernier mandat. Mais, cette question qui avait l’air de plutôt plaire n’a pas été prise dans ce sens par son destinataire. Le professeur Alpha Condé a dit qu’il est « encore là » et que ce n’était pas le moment de parler de ce qu’il souhaite laisser comme image. Disant lui-même ne pas vouloir s’étendre sur la question, Alpha Condé a clairement montré qu’il n’était pas disposé- pour le moment- à parler de la Guinée sans lui à la tête…

Mais, un autre journaliste, plus tranchant et suffisamment précis, a dit au chef de l’Etat son « problème » de le voir fréquenter des présidents hostiles à la démocratie. Il a alors demandé clairement au professeur Alpha Condé s’il est vraiment prêt à quitter le pouvoir après ses deux mandats !

Dissimulant sa gène dans un rire aux éclats chaque fois qu’il n’a pas de réponses claires à donner, le professeur Alpha Condé s’est dit opposé à l’appréciation qu’on fait du Rwanda et dit n’avoir aucun complexe à fréquenter le président Paul Kagamé.

Réorientant le débat sur l’Asie du sud Est, le président Alpha Condé a demandé pourquoi ne pas se poser des questions sur la gouvernance de ces pays, notamment le Singapour par exemple dont on vente le développement. « Quand on dit que le Singapour est développé, pourquoi ne posez-vous pas la question de savoir comment ce pays est gouverné politiquement ? », a demandé l’ancien opposant historique de la Guinée. « Nous en avons assez : Afrique ! Afrique ! Afrique ! », a avoué le président guinéen, sans doute tourné vers les dirigeants africains qui mettent en avant le développement de leurs pays plutôt que les « détails » démocratiques…

« Pourquoi voulez parler de Singapour en disant qu’il est bien géré, alors que le monsieur est resté trente ans au pouvoir… Je n’ai aucun complexe ! Chaque président est libre en fonction de son peuple à faire sa politique. Je n’ai pas de jugement. Et, dans un pays, ce n’est pas vous qui décidez, c’est le peuple. Personne, personne ; je dis bien personne ne me dira ce qu’il faut faire ! Seul le peuple guinéen dira… Et, je n’ai aucun complexe de travailler avec Kagamé… Je ne rentrerai pas dans ce débat de limitation de mandat ou pas, ça c’est… J’ai un engagement, je suis élu pour cinq ans, c’est vous qui spéculez… Il y en a même qui s’agitent ! Qui sait qui sera là en 2020 ou qui ne sera pas là ! Qui est Bon Dieu ? », a-t-il clôturé en pouffant de rire, après avoir jeté un regard sur les ministres à la présidence, ainsi que le porte parole du gouvernement et le Haut représentant qui lui faisaient face…

Une sortie qui effraie beaucoup de Guinéens, mais qui sonnera bien comme du pain bénit pour tous les opportunistes et autres démagogues qui ne manqueront pas d’originalité dans la formulation des mouvements et associations pour exhorter le chef de l’Etat à accepter de continuer son oeuvre « pour le peuple » et de ne pas écouter les « ennemis du développement de la Guinée »…

Enfin, si les espoirs de certains « héritiers » qui se préparaient pour 2020 peuvent être assombris par cette déclaration, les autres qui avaient déjà imaginé des slogans du genre « après lui, c’est lui » sont aujourd’hui confortés dans leurs « choix »…

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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