Grenade (2)Libre Opinion : Huit pickups avec le Colonel Ballard le Samouraï en personne en tête du peloton armé. Nom d’une pipe de grand-père ravagé par le tabac infecté, qu’est ce que j’ai pris du galon sans que cela ne soit autorisé par les autorités de l’emmerdement…

Je m’appelle Boubacar Diallo, alias Grenade. Oui, Grenade comme un explosif plein prêt à exploser. Grenade, même si j’aurais préféré être de la grenadine pour avoir plus d’amour à donner. Pourtant, de l’amour j’en ai à donner. Pour mon leader en qui ma confiance est toute exposée. Pour notre parti, pour lequel ma vie est toute octroyée. Pour notre patrie, notre Guinée mille fois écorchée, pour laquelle j’accorderais tout sans mesurer. De l’amour, je concèderais sans compter, parce qu’un enfant doit tout à sa mère qui l’a tant pouponné. Ma Guinée est ma terre-mère aimée, autant que mon parti encore et toujours humilié est le prolongement de cette maman à qui ma vie est désormais dédiée.  Et je ne suis pas le seul enfant que les autres considèrent comme égarés. Nous sommes des milliers, des millions d’enfants recueillis sur le macadam révolté de la Guinée l’indisciplinée qui refusons de courber l’échine flagellée. Trop de coups de fouet. Trop d’humiliations répétées. Trop de haine étalée. Trop morts enterrés. Dans une indifférence dans toute sa nudité. Rien n’est caché. L’impunité et la haine sont exposées sans que personne ne soit touché dans sa conscience bien emballée. Ni un intellectuel dont la vaste culture pourrait suffire pour questionner. Ni un imam ou évêque dont la large sagesse pourrait interpeller. Ni un journaliste dont la fertile plume pourrait dénoncer. Ni un citoyen dont la langue pendue pourrait accuser. Tout le monde a décidé de se la fermer, dans un bled où le ventre est devenu le haut commandeur de nos convictions déboussolées et la boussole de nos engagements reniés…

Mon nom est Boubacar Diallo. Mais, mes amis m’ont surnommé Grenade. Parce qu’un jour de marche j’ai ramassé une grenade lacrymogène que venaient de tirer des policiers pour la leur renvoyer. Je me suis aussi amusé à jeter une aubergine en faisant semblant de la dégoupiller, avant de la jeter à des gendarmes qui ont tous filé. Oui, quand ils nous tirent dessus comme ils l’ont fait jeudi en me transperçant l’épaule de militant engagé, je leur réponds par de petites blagues d’un enfant abandonné. Loin d’un père qui m’a rejeté et d’un Etat qui cherche à me flinguer, c’est dans les bras du baobab au soleil levant que j’ai pu me réfugier. Ce n’est pas un vain mot, la liberté, a-t-on coutume d’affirmer. Et dans ce bled d’un Président qui n’a de respect ni pour la dignité ni pour la parole donnée, chaque parcelle de notre liberté doit être arrachée. C’est de haute lutte que nous aurons à conquérir chaque fragment de notre dignité et de notre honneur bafoué. On se lèvera pas un matin ensoleillé, trouver qu’il y a une belle part de bonheur qui nous est concédé. Il aurait fallu que la veille et l’avant-veille et plus loin encore dans le temps étiré, que chaque jour qui passe nous ayons les poings bien serrés, sortis les griffes et les crocs bien acérés pour trancher dans la chair commune notre part sans demander. C’est ce combat que nous menons malgré les difficultés.

Certains veulent nous en dissuader. D’autres tentent de nous éliminer. Ils réussissent à corrompre les plus fragiles des pique-assiettes qui veulent manger à tous les râteliers, ou ceux dont les ambitions démesurées ont atteint un tel sommet qu’ils imaginent qu’ils peuvent se comparer… Ils tuent sans qu’un petit auriculaire ne soit levé. Ils emprisonnent et intimident en toute illégalité. Tout ça pour qu’on oublie la sacralité de la lutte et le sacerdoce qu’il a fini par représenter. Oh ! non, par tous les dieux qu’on peut prier et par l’unique Seigneur par lequel on peut jurer, nous sommes loin d’avoir abdiqué…

Je m’appelle Boubacar Diallo. Si vous voulez, soyez de mes amis qui m’appellent Grenade. Il y a des moments où nous aimerions bien exploser. Pour tout raser. Pour tout ratisser. Pour tout nettoyer. Pour tout liquider. Parce que la vie qu’on nous fait mener est loin d’être bien coloriée. Nos cœurs sont des cités qui grondent de douleurs perpétuellement alimentés. Nos maisons sont hantées par les fantômes de ceux qui sont tombés trop tôt sur le chemin de la liberté. Nous entendons dans nos sommeils agités les lamentations de leurs âmes qui en appellent à la justice dans l’équité. Et nous leur promettons que justice sera rendue parce que le Tout-Puissant lui ne dort jamais.

Je suis Boubacar Diallo, alias, Grenade, dit Grenade, que les amis et les proches surnomment Grenade. Ce petit nom acquis sur le champ de bataille contre l’injustice et l’impunité, pour la démocratie et la liberté, ce petit surnom, je le porte avec fierté. Et moi, et d’autres comme moi, aussi engagés que déterminés, sommes à l’ombre du baobab au soleil levant qui nous fait rêver d’un matin lavé de toutes les saletés de nos devanciers et fait vibrer en nous cette promesse qui mène notre peuple vers la liberté et la fraternité. Pour ceux qui ont un doute mal teinté, jetez un coup d’œil à la mobilisation populaire à l’occasion des funérailles de notre maintien d’ordre que le pouvoir décadent de Körö a assassiné. En attendant de guérir de la blessure de lâcheté qu’on m’a infligée, comme aurait dit mon grand, je ferme ma gueule et je dégage !

Soulay (Grenade) Thiâ’nguel

 

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