Fodé Tass SyllaLa maladie à virus Ebola a causé d’énormes dégâts humains dans notre cher pays ! Officiellement, 3 356 compatriotes été emportés par cette terrible maladie, 1270 en sont sortis guéris (591 hommes et 679 femmes). Pour mieux comprendre les effets de cette maladie, sa résurgence en mars dernier à Koropara et les dispositions prises pour éviter d’éventuels autres cas, Guineematin.com s’est rendu à la coordination nationale de lutte contre Ebola pour poser des questions au premier responsable de la communication.

Décryptage :

Guineematin.com : Bonjour monsieur Fodé Tass Sylla et merci de nous recevoir chez vous. Le 29 décembre 2015, l’OMS déclarait la fin de la transmission de la maladie à virus Ebola dans notre pays. Seulement, le 17 mars 2016, il y a eu une résurgence de la maladie à N’zérékoré, dans la sous-préfecture de Koropara, en Guinée forestière. Mais, la cause réelle de la résurgence n’a jamais été donnée jusque là. Selon vous, qu’est-ce qui expliquerait la réapparition subite de cette maladie dans notre pays ?

Fodé Tass Sylla : Merci beaucoup ! Après les investigations menées sur le terrain, à Koropara, nous avons pensé à une transmission inter humaine, à travers les guéris d’Ébola. Vous savez que Koropara avait connu Ebola déjà, il y avait eu 19 décès là-bas, quatre (4) sortis guéris à Koropara. Donc, nous avons pensé que certainement, c’est à travers ces guéris qu’il ya eu la transmission. C’est pourquoi, aujourd’hui, vous verrez que toutes nos activités sont concentrées sur les guéris d’Ébola en République de Guinée. Ils sont au nombre de 1970, ils sont sur l’ensemble du territoire national. Nous assurons aujourd’hui la vaccination de ces guéris d’Ébola, puisque nos scientifiques nous ont révélés qu’Ébola peut persister dans certains fluides humains, tel que le sperme, comme le lait maternel. Donc, avec ces informations, nous nous concentrons sur les guéris d’Ébola pour que ce qui est arrivé à Koropara n’arrive plus jamais en Guinée.

Guineematin.com : À vous écouter, on a l’impression que la résurgence de l’épidémie d’Ébola à Koropara serait venue d’une personne guérie d’Ébola. Est-ce qu’aujourd’hui, il n’y a pas une crainte que ces personnes guéries d’Ebola puissent transmettre à nouveau la maladie à des personnes saines ?

Fodé Tass Sylla : Il ne faut pas faire l’alarmiste ! Nous avons dit que notre activité est consacrée sur les 1270 guéris d’Ébola. Sur les 1270 guéris, vous avez 591 hommes et 679 femmes. Donc, c’est autour de ceux-ci que toutes nos activités se concentrent pour essayer de vacciner leurs contacts, surtout leurs intimes, pour ne pas qu’il y ait résurgence. Mais, au-delà de ça, vous savez très bien que Ebola, ce n’est pas encore maîtrisé. Aucun scientifique ne peut vous dire, aujourd’hui, qu’il connaît tout sur ce virus. Donc, dans ce doute scientifique, nous continuons à appeler les populations à continuer à observer les mesures de protection collective, comme le lavage des mains, comme les repas communs dans nos cérémonies. Parce que, nous sommes habitués à manger ensemble dans le même bol. Nous interpellons toujours les communautés à respecter les bonnes habitudes que nous avons eues au cours de l’épidémie, le lavage des mains et que le kit de lavage des mains soit présent au niveau de chaque famille, au niveau des services, au niveau des écoles, au niveau de tous les sites de rassemblement et des communautés. Donc, nous lançons cet appel, il ne faut pas relâcher, puisque partout où Ebola est passé, depuis 1976, vous voyez qu’Ebola est toujours revenu sur ses pas. Vous avez vu les cas du Liberia, vous avez vu les cas de la Sierra Leone et le cas de Koropara. Ça veut dire que quand cette maladie est passée, il faut toujours continuer à faire attention, parce que ça peux revenir.

Guineematin.com : La coordination ne devrait-elle pas se pencher sur une autre stratégie de communication, notamment envoyer ces guéris d’Ebola à s’abstenir d’entretenir toute relation sexuelle non protégée ?

Fodé Tass Sylla, EbolaFodé Tass Sylla : Je dis qu’aujourd’hui, nos actions sont concentrées justement sur ces guéris d’Ebola. Et, toutes nos activités de vaccination, c’est autour de ces guéris d’Ebola justement pour essayer de couper la chaîne de contamination. Mais, il faut comprendre qu’un guéri d’Ebola n’est pas malade. Donc, il n’y a pas lieu de les stigmatiser,  prendre le micro ou écrire sur son  front, attention il va contaminer…

Guineematin.com : Mais, est-ce qu’il n’y a des risques ?

Fodé Tass Sylla : Bien sûr ! Mais, nous, nous sommes dans une opération sanitaire qui ne va pas indiquer une victime déjà d’une sentence naturelle. Il est tombé déjà d’une maladie qu’il n’a pas cherché, il n’est pas un criminel, il n’a pas volé, il n’a pas blasphémé… Étant victime donc, ce n’est pas bien de rajouter pour dire dans toute la communauté : « attention, il ne doit pas y avoir de contact ». Nous sommes déjà en contact avec ces guéris d’Ebola et d’une manière confidentielle et intime, nous les entretenons pour essayer de les sensibiliser pour savoir quelles sont les personnes intimes qui tournent autour d’elles afin d’essayer de vacciner donc ces personnes pour les immuniser contre cette maladie. Et, cela la stratégie qui est à la coordination nationale, ça s’appelle la stratégie sascinte, c’est à dire la surveillance rapide au tour de ces guéris d’Ebola. Mais, nous n’allons pas crier à la face du monde : « attention! Lui, il peut contaminer », alors qu’il n’est pas vérifié qu’il a encore le reste du virus dans son sperme. Les analyses du sperme continuent pour voir encore ceux qui ont du reste du virus dans le sperme. Imaginez que nous prenions un micro pour dire dans les communautés que 591 citoyens guinéens déjà guéris de la maladie sont à éviter, ce n’est pas comme ça que sa marche.

Guineematin.com : Monsieur Sylla, nous avons eu une information selon laquelle la résurgence de la maladie à Koropara serait partie d’une relation intime entretenue entre l’épouse d’un chef religieux et une personne guérie d’Ébola. Est-ce que vous confirmez l’information ?

Fodé Tass Sylla : Là, c’est vous qui me portez l’information. Nous, nous allons chercher à confirmer ou à infirmier, je ne le savais pas.

Guineematin.com : Depuis la sortie de l’hôpital du dernier patient guéri d’Ébola, où en est-on sur la sensibilisation ? Parce que vous communiquez moins ces derniers temps et le citoyen lambda ne sait même pas si oui ou non on a encore un malade d’Ebola.

Fodé Tass Sylla : Je crois que vous ne suivez pas où ceux dont vous parlez ne suivent pas la RTG, parce que la sortie du dernier patient a fait l’objet d’une fête. Il a été raccompagné de Nzérékoré à Macenta, ça a été dit sur la radio nationale et la télévision nationale. Pour nous de la coordination, les gens sont suffisamment informés. Mais, je ne sais pas, peut être que vous, vous n’êtes pas informés.

Guineematin.com : Je dis bien les citoyens lambda, ceux qui vivent dans les confins et qui n’ont pas forcément la RTG chez eux. Avant, vous aviez une communication très rapprochée des citoyens. Mais, depuis un moment, cette communication s’est interrompue ?

Fodé Tass Sylla : La coordination nationale de lutte contre Ebola, c’est la lutte contre Ebola ! Quand nous avons la maîtrise et le contrôle du terrain sur l’ennemi et que nous l’avons déjà étranglé, on ne va pas continuer à se faire avaler de lui, quand il n’est pas là. Nous avons éteint Koropara, ça a été communiqué sur les radios et les télévisions. Mais, quand c’est fini et que l’OMS, à partir de Genève, a dit que c’est fini, on a passé un communiqué que la maladie ne constitue plus une menace internationale et que l’Arabie Saoudite a dit que les guinéens peuvent aller à la Mecque. Ça, ça veut dire qu’au niveau de la communauté internationale, quand on dit communauté internationale, les gens pensent que c’est très vaste ou que c’est quelque chose qui est installé au ciel là-bas. La communauté internationale, ce sont les agents qui sont avec nous ici, le système des nations unes, l’OMS, l’UNICEF. Ils sont avec nous ici. Quand par leur rapport, ils disent que la maladie ne constitue plus une menace internationale, on va parler de quoi encore. C’est fini, c’est fini ! Moi, je vais parler de quoi encore ? Aujourd’hui, trois jours nous séparent de la déclaration de la fin de l’épidémie d’Ebola dans notre pays, ce n’est pas en ce moment que je vais m’asseoir à parler d’Ebola. Dans 72 heures, ce sera la cérémonie de la déclaration de la fin de la maladie.

Guineematin.com : On est à la fin de cet entretien, votre mot de la fin ?

Fodé Tass Sylla: Je dis donc que nous ne sommes pas à des moments, des mots d’apocalypse. Nous avons traversé un drame qui a fait que nous avons perdu au moins 3 356 (trois mille trois cent cinquante six) de nos compatriotes, des jeunes, des femmes, des vieux,  qui n’avaient rien fait, qui ont été victimes d’une sentence naturelle. Ils n’ont ni volé, ni blasphémé, ils n’ont pas tué, ce sont de simples victimes. Ils se sont retrouvés en face d’un virus, ils sont tombés malades, ils sont décédés. Alors, si j’ai un mot à dire, c’est dire paix à leurs âmes. Nous avons 1 270 (mille deux cents soixante dix) qui, heureusement, sont sortis guéris de cette épidémie. Aujourd’hui, nous concentrons nos efforts autour de ces guéris pour qu’ils ne soient pas encore malades. Deuxièmement, pour nous attaquer à tout signe qui pourrait apparaître à leur niveau pour qu’ils ne puissent pas transmettre la maladie. C’est ça la stratégie pour continuer la vaccination. Et, au même moment, nous lançons un appel à tout le peuple de Guinée pour qu’il continue les bonnes habitudes par ce que vous savez à cause de ces pratiques, ça fait deux ans on n’a pas parlé de choléra. Les guinéens doivent continuer à laver les mains. En continuant les mesures d’hygiène, on peut éviter d’autres maladies qui ne sont pas forcément Ebola. Et, je dis dans 72 heures, nous allons déclarer la fin de l’épidémie. Nous sommes déjà dans les préparatifs. Je suis très heureux pour la Guinée. Au niveau de la coordination, c’est une grande fierté d’avoir réussi cette mission que le pays nous a confiée.

Guineematin.com: Merci monsieur Fodé Tass Sylla

Fodé Tass Sylla : Merci à vous également.

Entretien réalisé et décrypté par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18 

 

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