Trafic d’ivoires : le verdict du TPI de Kaloum sur la famille Sidimé décrié par la communauté internationale

ivoireLibre Opinion: Le mardi 19 juillet  2016, le tribunal de première instance (TPI) de Kaloum a rendu son verdict sur le dossier de la famille Sidimé poursuivie pour trafic d’ivoires. Quatre des prévenus ont été reconnus coupables et condamnés à 6 mois de prison assortis de sursis et les deux autres libérés. Pour les spécialistes du trafic de faune et la communauté internationale cette décision est faible compte tenu de la gravité de l’infraction.

Après un long feuilleton judiciaire sur le brûlant dossier du trafic d’ivoires, le tribunal de première instance (TPI) de Kaloum a rendu son verdict final le mardi 19 juillet 2016. N’Kaye Sidimé, Amadou Sidimé, Mohamed Lamine Sidimé, Sidikiba Sidimé, Mamadi Doumbouya et Mohamed Lamine Soumah, sculpteurs de profession étaient poursuivis pour trafic d’ivoire d’éléphant.

L’affaire remonte à mai 2012 quand  le BCN d’Interpol en collaboration avec les agents assermentés des Eaux et Forêts sous conduite du substitut du Procureur avec l’appui de GALF (Guinée-Application de la Loi Faunique) avaient interpellés 28 personnes à l’atelier Sidimé et ensuite retenu et mis en garde à vue ces 6 présumés trafiquants. Ils avaient été pris en flagrant délit de détention et de commercialisation de 999 objets d’ivoires sculptés, 2 défenses brutes d’éléphants et 33.000 dollars US en espèce saisis. Compte tenu de la rareté des éléphants en Guinée, il est évident que cette quantité d’ivoire ne provient pas de la Guinée. A en croire nos sources, cette famille Sidimé fait partie d’un des grands cartels du trafic d’ivoire en Afrique, ayant plusieurs branche de son activité illégale dans plusieurs pays.

Lors des précédentes audiences, le Ministère de l’Environnement constitué partie civile  par l’agent judiciaire de l’Etat avait largement expliqué le dégât tant économique et environnemental causé par l’activité illégale des trafiquants. Et par la suite, il  avait plaidé de recevoir l’Etat Guinéen sur l’action publique de faire appliquer la loi et sur l’action civile au paiement de 500.000.000 GNF à titre de dommages et intérêts à l’Etat Guinéen. Pour lui, la faible application de la loi et la corruption qui entache la lutte contre la criminalité faunique, constituent un frein à la levée de la sanction de la Convention CITES qui pèse encore sur la Guinée aux yeux de la communauté internationale.

Quant au Ministère Public qui avait déjà répliqué  sur la question devant les multiples agissements de la défense qui fondait son raisonnement sur la méconnaissance de la loi par ses clients et l’irresponsabilité de l’Etat guinéen à vulgariser la loi. Ainsi, le Procureur avait requis 6 mois de prison ferme et au paiement d’une amande de 90.000GNF. Concernant le montant saisi qui s’élève à 33.000 dollars US, il avait requis sa confiscation afin de le verser au Trésor Public.

Ainsi, dans son délibéré du mardi 19 juillet 2016, le Président audiencier a rendu son verdict comme suit : Nkaye Sidimé, Mamadi Doumbouya, Amadou Sidibé et Sidikiba Sidimé ont été reconnus coupables et condamnés à 6 mois de prison assortis de sursis et au paiement de  90.000 GNF d’amande. Sur l’action civile, il a demandé de payer un montant de 10.000.000GNF à titre de dommages et intérêts. Une partie substantielle des  scellés composés de 999 objets d’ivoires sculptés, 2 défenses brutes d’éléphants  doivent être rendus au Ministère de l’Environnement et des Eaux et Forêts. Quant aux autres prévenus à savoir Mohamed Lamine Soumah et Mohamed Lamine Sidimé (propriétaire des 33.000 dollars US) le juge a ordonné leur relâchement en restituant l’intégralité du montant saisi au propriétaire.

Déjà, les spécialistes et acteurs internationaux commencent à se faire entendre par rapport à cette décision judiciaire qui, selon eux, est faible et peu dissuasive par rapport à la gravité des actes des prévenus ; un intervenant martèle : « Ils ont été arrêtés avec 999 objets d’ivoire ; non seulement ils n’ont pas écopé de prison ferme alors qu’il s’agit de grands trafiquants qui forment ensemble un réseau leader du trafic d’ivoire, qu’ils commercialisent en contrebande, en grandes quantités et en plus, tout cet argent, provenant du trafic lui-même, leur est rendu. L’ivoire est comme la drogue aujourd’hui, c’est comme si l’on arrêtait un trafiquant de drogue avec une grosse somme d’argent et qu’on lui restituait l’argent issu de son trafic….». Par conséquent, poursuit-il : « la somme devait être confisquée et versée au Trésor Public comme l’avait requis le Ministère Public ».

A rappeler que la Guinée a été longtemps citée lors des rencontres internationales sur le commerce des espèces et de la Convention CITES des Nations Unies comme un leader mondial de l’importation et de l’exportation illégale des espèces animales. Ainsi, de telles décisions de justice qui ne sont pas de nature à dissuader les trafiquants ne font qu’empirer  la détérioration de l’image de la Guinée devant la communauté internationale.

Aux  dernières informations, le  procureur audiencier près le tribunal de première instance (TPI)  de Kaloum et la partie civile   entendent  interjeter Appel suite à la décision rendue.

Le commerce illégal d’espèces sauvages est un crime organisé transnational. Il occupe le 5ème rang du commerce illicite dans le monde, amassant des bénéfices d’environ 20 milliards de dollars chaque année.

A suivre !

Fatou Kourouma 

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