Oustaz Taïbou BahComme annoncé précédemment, la rédaction de Guineematin.com a reçu, dans la matinée de ce mardi 6 septembre 2016, la visite de monsieur Mamadou Taïbou Bah, juriste, islamologue et conférencier international. L’entretien a tourné autour du pèlerinage à la Mecque et de la célébration de la Tabaski dans les prochains jours. Quelles attitudes le fidèle musulman doit-il adopter face à ces deux événements ? Toutes les réponses, c’est dans cet entretien à battons rompus.

Guineematin.com : Bonjour monsieur, présentez-vous à nos lecteurs et téléspectateurs

Oustaz Taïbou Bah : je me nomme Bah Mamadou Taïbou, couramment appelé Oustaz Taïbou. Je suis juriste de formation mais, par la grâce de Dieu, j’ai aussi fait des études Arabo-islamiques. J’ai eu la chance de mémoriser le Saint Coran et d’étudier beaucoup de disciplines liées à la religion. Actuellement, je tiens des conférences islamiques à travers le monde entier. D’une façon très sommaire, je peux vous dire que je suis islamologue et conférencier international.

Guineematin.com : nous nous acheminons aujourd’hui vers le Hadj (pèlerinage chez le musulman : ndlr) pour la communauté musulmane. Qu’est-ce qui est conseillé à un musulman par rapport à ce Hadj ?

Oustaz Taïbou Bah : D’abord, sachez que le hadj est l’un des piliers de l’islam. C’est le cinquième pilier de l’islam. C’est une obligation religieuse qui concerne seulement les gens qui ont les moyens financiers et physiques. Egalement, quand il y a la paix, il n’y pas d’obstacles liés à des querelles pour ne pas qu’on perde la vie humaine. Quand toutes ces conditions sont réunies, pour ce dernier, le Hadj lui est obligatoire. Le prophète (PSL) a dit, en ce qui concerne le mérite du Hadj que quiconque effectue ce pèlerinage au sanctuaire de la Mecque,  Allah lui effacera les péchés comme le jour où sa maman l’a mis au monde. Cela veut dire que le Hadj est primordial. Ce qui est conseillé au Hadj, c’est de pratiquer ses rituels. Procéder à ce qu’on appelle Safa et Marwa, revenir à Arafat. Se tenir à Arafat, parce que c’est le point saillant du Hadj, c’est-à-dire la grande mobilisation d’Arafat. Parce que le prophète (PSL) a dit que le pèlerinage c’est Arafat. Ce jour-là, Dieu jettera son coup d’œil sur les fidèles musulmans qui s’y trouvent. Il (Dieu : ndlr) dira aux anges ‘’venez, je vais vous montrer quelque chose. Pensez-vous que vous êtes la seule créature qui m’adore ?  Venez voir d’autres créatures qui m’adorent amplement’’. Quand les anges viendront observer cela, ils seront très impressionnés. Pratiquement, c’est ça le Hadj.

Guineematin.com : Maintenant, par rapport au Hadj, comment doit se passer l’accueil du pèlerin à son retour des lieux saints ?

Oustaz Taïbou BahOustaz Taïbou Bah : Vous savez que nos pèlerins sont des gens qui ont pratiqué un travail gigantesque. Un travail d’ensemble, un travail militaire. Ils méritent un accueil très chaleureux. Mais, cela ne doit pas aussi être l’objet de grandes dépenses pour ne pas décourager les gens qui veulent effectuer cette obligation religieuse, parce qu’ils savent qu’à leur retour, ils n’auront pas les moyens pour faire une telle cérémonie. Mais quand même, ils doivent recevoir un accueil chaleureux, sans exagérer en matière de dépenses. C’est ce qui est conseillé. Donc, ce n’est pas une obligation. Le Hadj, une fois que la personne a effectué son pèlerinage et il est rentré, c’est fini. C’est comme ça les compagnons du prophète le faisaient. Mais, pour faire une petite cérémonie aussi, ce n’est pas interdit. Quand même, il ne faut pas exagérer et ne pas considérer cela comme faisant partie du Hadj. Le Hadj est terminé le jour que les pèlerins se sont fait coiffer et ils ont égorgé les moutons. Donc, dès que le pèlerin donne son au revoir après les rituels, le Hadj est achevé.

Guineematin.com : qu’en est-il du sacrifie qu’on fait ici à leur retour ?

Oustaz Taïbou Bah : le sacrifice que nous faisons ici à leur retour n’est mentionné nulle part.

C’est pour le plaisir. Ce n’est pas une obligation mais, ce n’est pas aussi interdit pour celui qui en a les moyens.

Guinematin.com : par rapport à la fête de Tabaski, qu’est-ce qui est recommandé aux musulmans le jour de la fête ?

Oustaz Taïbou Bah : La fête de Tabaski est une grande fête pour le musulman. Dieu a accordé aux musulmans deux grandes fêtes. Cela fait partie de l’islam. L’islam aussi accepte les cérémonies de divertissement. L’islam n’interdit pas tout. C’est une religion universelle qui prône le bien-être d’où son nom « l’islam » qui est synonyme de la paix, du bien-être, du modernisme également. Mais, quand même, égorger le mouton de sacrifice concernant cette fête de Tabaski fait partie de la religion. C’est le prophète Mohamad (PSL) qui a institué cela pour sa communauté.

Historiquement parlant, vous savez que cela dérive  du prophète Abraham lorsque Dieu lui a ordonné d’égorger son propre fils pour voir si son niveau de la foi arrive là. Le prophète Abraham a accepté et a demandé à son enfant et celui-ci a accepté. Ce sont des versets coraniques qui se trouvent dans la sourate Al-Sahfat. Dieu a remplacé ce petit enfant par un mouton. Donc, à partir de ce moment, le prophète Mohamed (PSL) a dit ‘’imitons mon père Abraham parce que c’est un acte salutaire ». Il a fait preuve de la fois envers Dieu. Il est primordial pour nous également d’imiter Abraham. Mais, ce qui reste clair, ce n’est pas une obligation pour celui qui n’en a pas les moyens. Tu peux peut faire simplement ta fête de Tabaski en allant à la prière essayer de prier. Si tu n’as pas les moyens pour égorger un mouton, tu n’as pas de problèmes parce que le prophète Mohamad (PSL), la première fois qu’il a procédé à cette obligation religieuse, il avait égorgé deux moutons. Il avait dit : ce mouton là c’est pour moi, cet autre mouton est pour les membres de ma communauté (tout musulman, ndlr) qui n’auront pas les moyens de s’en acquitter.

Par contre, les gens qui disent également que quand tu commences à égorger, il faut continuer à le faire éternellement, durant toute ta vie, durant  ton existence sur terre, c’est exagéré. Il n’est mentionné nulle part, dans tous les ouvrages qui traitent la Charia islamique que celui qui commence doit continuer, même s’il n’a pas les moyens. C’est une façon de décourager les gens. Les moyens appartiennent à Dieu et ils ne sont pas éternels. Ils sont facultatifs et périodiques. Maintenant, il y a quelques enseignements du prophète Mohamed (PSL) concernant cette fête de Tabaski. Premièrement, il faut s’habiller avec des habits propres. Là aussi, ce n’est pas obligatoire que ça soit des habits neufs. Celui qui en a les moyens pour s’acheter des habits neufs, c’est mieux. Mais, celui qui n’en dispose pas, il peut laver ses anciens habits, les repasser très bien pour pouvoir les porter. Et, pour celui qui a les moyens et qui sait qu’il va égorger, lui doit s’abstenir de manger jusqu’à ce qu’il revient de la prière. Celui qui n’a pas les moyens pour égorger, n’est pas concerné. Donc, il est préférable également qu’en partant pour la prière, d’emprunter une route et une autre pour le retour. Ce sont des enseignements du prophète (PSL). Et, dès que vous venez au lieu de prière, vous devez vous asseoir directement. Il n’y a pas une prière surérogatoire. Il n’y a pas de rakats parce que tu es là pour une prière surérogatoire. Ce sont les prières obligatoires qui doivent être accompagnées par des prières surérogatoires. Il est très important également d’écouter le sermon de l’imam. Il y a beaucoup de gens, dès qu’on parachève les deux rakats et l’imam commence son sermon, ils se lèvent pour partir. Ça ne doit pas être l’image d’un bon musulman. Il doit respecter son imam.

Guineematin.com : Même s’ils ne comprennent pas la langue qu’utilise l’imam comme ici en ville ?

Oustaz Taïbou Bah : Oui en guise de respect pour l’imam, on doit attendre le sermon.

Guineematin.com : On veut revenir sur le Hadj. On constate dans notre pays qu’il y a certains qui ont les moyens financiers et la capacité physique mais ils préfèrent déléguer quelqu’un d’autre pour faire le hadj pour eux. Est-ce que c’est recommandé ?

Oustaz Taïbou Bah : Non, ce n’est pas recommandé. Le pèlerinage peut être recommandé. Mais pour celui qui n’est pas apte physiquement. Quelqu’un qui a une maladie incurable, qui sait qu’il n’a pas aussi les moyens parce que vous savez qu’au Hadj, même des gens qui ne peuvent rien faire, il y a d’autres qui sont là-bas vous pouvez le payer et ils vont effectuer le Hadj pour vous. Maintenant, celui qui a les moyens et qui est apte physiquement, le Hadj lui est obligatoire. Il ne peut être représenté. Même si on fait le Hadj pour lui mille fois, il est considéré par Dieu comme quelqu’un qui n’a pas fait le Hadj. Nos parents qui sont décédés par exemple, on peut faire le Hadj Pour eux. Mais, pour faire le Hadj pour quelqu’un, il faudrait d’abord le faire pour toi.

Guineematin.com : Est-ce qu’on peut effectuer son hadj et celui d’un autre à la fois ?

Oustaz Taïbou Bah : C’est impossible parce que le Hadj est un travail d’ensemble. Tu ne peux pas, en même temps, faire ton Hadj et celui d’un autre. C’est pratiquement impossible.

Guineematin.com : vous êtes en Guinée mais vous voyagez beaucoup, quel conseil avez-vous à donner à la jeunesse guinéenne pour l’édification de notre nation ?

Oustaz Taïbou Bah : La première chose que je peux recommander à la jeunesse c’est de s’intéresser à la formation, aux études. La formation est primordiale pour une jeunesse. C’est par cette façon qu’on peut contribuer au développement socioéconomique de notre nation. Mais, celui là qui a déjà un diplôme d’études supérieures, je lui conseillerai de chercher à travailler, de chercher à consolider le tissu social et d’éviter toute querelle ethnique. Que la jeunesse sache que tous les Guinéens sont égaux dans ce pays. Ils doivent servir d’exemple dans la consolidation de l’unité nationale. Je suis très étonné de voir qu’à chaque fois que la jeunesse guinéenne a une opportunité de rencontrer le Président de la République, elle ne réclame que des maisons de jeunes, des terrains de football, etc. Ce n’est pas comme ça. J’ai vu la jeunesse des autres pays que j’ai eu la chance de visiter. Donc, ils doivent donner un accent particulier à la formation et aussi consolider le tissu social en évitant tout ce qui est lié à l’ethnocentrisme. La jeunesse doit savoir que la Guinée ne peut pas se développer sans elle et il ne peut pas se développer avec des querelles ethnocentriques.

Guineematin.com : Merci Oustaz Taïbou pour votre disponibilité. 

Oustaz Taïbou Bah : Merci à vous aussi.

Entretien réalisé par la rédaction de Guineematin.com

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