Ignace Deen, hôpital, SantéUne contribution de monsieur )- Les anomalies congénitales sont souvent vues dans nos pays comme un mauvais sort jeté par le sorcier du village ou l’aboutissement d’un certains nombre de mauvaises choses accumulées, les spéculations vont bon train de ce fait la peur prime et la stigmatisation prend souvent le dessus, pour reprendre la citation latine « l’Homme a peur de ce dont il ne comprend pas ». Très souvent l’hôpital constitue le dernier recours au moment où la plupart du temps l’on ne sait plus rien faire, qu’on le croit ou pas la médecine moderne a ses limites, d’ailleurs disons le clairement est très limitée.

Les anomalies congénitales (structurelles ou métaboliques) surviennent durant la vie intra utérine et peuvent être détectées avant la naissance, à la naissance ou plus tard dans la vie.Il existe des causes ou facteurs de risque bien connus, toutefois près de 50% des anomalies congénitales ne sont pas associées à une cause spécifique.

Les causes ou facteurs de risque les plus courants sont entre autres :

-Facteurs démographiques et socio économiques, il est admis que les personnes ayant des conditions de vie défavorables sont plus enclines à développer ce genre d’anomalies par conséquent on les retrouve volontiers chez des populations de pays à ressources limitées. Selon l’OMS on estime que 94% environ des cas d’anomalies congénitales graves surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire où la mère peut être davantage exposée à une malnutrition ainsi qu’à des agents ou facteurs susceptibles d’induire un développement prénatal anormal ou d’en accroître l’incidence – agents infectieux ou alcool notamment.

-Facteurs génétiques : les mariages consanguins sont susceptibles d’accroitre la prévalence -nombre de cas à un instant donné ou à une période donnée- des anomalies congénitales.

-Infections comme la syphilis et la rubéole dans les pays à revenus intermédiaires ou faibles.

-Facteurs environnementaux sont mis en cause actuellement dans beaucoup de maladies et les anomalies congénitales n’y échappent pas. En effet l’alcool, le tabac, certains produits chimiques ou les radiations augmentent le risque d’avoir un nouveau né victime d’anomalies congénitales.

-Parmi les facteurs courants j’ai particulièrement voulu terminer par l’état nutritionnel de la mère qui est une préoccupation dans les pays où la majorité de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté à l’image de notre pays. L’embryon ou le fœtus ont besoin d’apports adaptés fournis par l’alimentation. Une carence en iode et en folates sont liées à des anomalies congénitales ainsi que certains états pathologiques tels que l’excès pondéral et le diabète sucré (les femmes en grossesse sont à risque de développer un diabète liés à leur état appelé diabète gestationnel).Un supplément en folates durant le 1er trimestre protège la mère contre le risque de malformation du tube neural.

Concrètement quels sont les moyens de prévention ?

Il est utile d’informer les femmes sur les différents facteurs de risques et sur comment les éviter. Dans nos régions le manque d’informations des populations ainsi que la défaillance du système de santé (environ 2 % du budget national en Guinée) ajouté à un niveau de vie socio économique faible sont des éléments qui augmentent la fréquence des anomalies congénitales.

Il faudrait que toutes les femmes en grossesse soient suivies dès les premiers jours de leur grossesse par les services de néo natalité (en former davantage) et par un généraliste confirmé (manque criard en Guinée). Une simple supplémentation précoce en acide folique durant les premiers jours de la grossesse et durant le premier trimestre diminue considérablement le risque de défaut de fermeture du tube neural par exemple.

Le médecin généraliste est celui qui assure le suivi à long terme et la continuité des soins ceci montre à quel point le médecin généraliste est le pivot de la prise en charge globale du patient, sans oublier l’apport crucial du gynécologue dans ce contexte précis des anomalies congénitales.

Eviter toutes les substances nocives de façon aussi bien active que passive et surtout éviter l’automédication ou des décoctions traditionnelles dont rien n’est prouvé, bon nombre de médicaments ont des contre indications durant la grossesse.

Enfin, précisons bien que rien ne remplace le suivi par un médecin au cours de la grossesse, d’où l’importance d’avoir un système de santé fiable et organisé où la compétence prime. Il est louable d’instaurer la gratuité de la césarienne à toutes les femmes mais il est tout autant important de faire un suivi tout en amont car si la prise en charge est optimale en début de grossesse moins de complications il y aura à son terme. N’est ce pas là le vœu de toute femme ?

Qu’en est-il de la détection ?

Elle est possible aux stades : avant la conception, pendant la conception et durant la période néonatale. Nous n’entrerons pas dans le détail de ces dépistages, toutefois il faut noter qu’un système de santé qui se respecte est en mesure de faire le minimum.

Quid du traitement ?

Il est bien possible à la chirurgie pédiatrique de traiter et de corriger certains troubles congénitaux de structure.
Le meilleur traitement reste la prévention surtout en pays moins développé et la détection à temps pour pouvoir y palier si possible.

Enfin, il faut davantage améliorer les conditions sanitaires et vie des populations et ne pas stigmatiser les femmes qui accouchent des nouveaux nés victimes d’anomalies congénitales qui ont besoin d’un grand soutien psychologique.

Diallo Alpha Oumar
Bloc 5 Médecine
Université Libre de Bruxelles

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