amadou-saikou-dialloLibre Opinion : Trouver des moyens innovants pour financer le développement national, éviter les tracasseries interminables des bailleurs traditionnels, développer l’investissement privé et financer les grands travaux publics exigent la définition d’une stratégie de financement du développement. Depuis plusieurs décennies, le pays fait face au difficile problème du financement du développement. Après l’échec des années antérieures, la politique gouvernementale a paralysé les actions tendant à trouver des moyens innovants pour financer le développement national et doit servir de leçon aux nouvelles initiatives de financement du développement en Guinée. 

À l’étranger, l’expérience des Banques de Développement se poursuit. Le Mali a déployé des efforts pour trouver des financements afin de relancer son économie. Le plan mobilise l’épargne intérieure et fait appel aux capitaux externes. Tenant compte de l’ampleur de ses besoins, la Banque de Développement du Mali (BDM-SA) et d’autres institutions de financement du développement ont été créées. L’Afrique du Sud a créé la Banque de Développement d’Afrique du Sud, institution de développement appartenant entièrement à l’État sud-africain. Elle se spécialise dans les investissements et la recherche des partenariats publics et privés dans le cadre du financement des projets de développement. L’objectif ici, est de stimuler les investissements et de soutenir le secteur productif en finançant les programmes, les projets, les travaux et les services. C’est aussi un instrument financier d’exécution de la politique de développement et d’investissement du gouvernement. On ne saurait ne pas mentionner la « China Investment Bank » ayant joué un rôle formidable dans le miracle chinois.

Ailleurs, les banques de développement, instruments financiers de plus en plus innovants, font leur apparition comme outils efficaces de financement du développement. La mobilisation des ressources financières est une condition nécessaire à tout processus de développement économique et social. Elle implique, en premier lieu, la mobilisation des ressources intérieures, publiques ou privées, de chaque pays et de chaque région. Elle suppose tout à la fois l’existence de systèmes bancaires et de régimes fiscaux efficaces et équitables.

Après la catastrophe économique des années antérieures, la reconstruction est une nécessité. Une fois pour toute, la Guinée doit réaliser des projets pour changer radicalement la cadence de la vitesse de son développement, laisser définitivement sa situation de croissance molle et faire émerger une économie environnementalement et socialement durable. Tenant compte des expériences du passé et du manque de crédibilité de l’État, il faut trouver des solutions innovantes et réalistes afin de créer une institution ayant la capacité de mobiliser des fonds pour le développement et la construction du pays. Une structure à capitaux guinéens exclusifs n’aura pas la capacité de répondre aux enjeux et aux défis du développement et de la reconstruction nationale. Pour y arriver, il faut faire appel à d’autres capitaux  et aux expériences des banques multilatérales de développement. Dans cette logique, la création d’une Banque de Développement de la Guinée (BDG-SA) s’impose comme moyen pour pérenniser les effets de l’engagement des acteurs nationaux et internationaux en Guinée et financer les activités du développement.

Les activités de la reconstruction, même si elles peuvent faciliter l’entrée des fonds dans le pays, comportent le risque élevé d’un fort taux de retour de cet argent à l’étranger. Deux raisons expliquent ce phénomène. D’abord, les entreprises nationales participant à hauteur de 50% du PIB ont été anéanties par la mauvaise gestion des ressources, ensuite, la faiblesse des institutions nationales de formation professionnelle les empêche de fournir dans l’immédiat une main-d’œuvre qualifiée rapidement employable pour participer aux activités de la reconstruction. Les efforts de la communauté internationale risquent de ne pas avoir des retombées économiques et sociales positives et durables pour la Guinée. Ce risque est d’autant plus élevé qu’une bonne partie des Entreprises viendront de l’étranger ainsi que bon nombre du personnel de conception et technique. Donc, les efforts de recapitalisation des paysans et des producteurs locaux seront pratiquement faibles avec le train du développement tel qu’il est aujourd’hui. Comment ne pas faire l’effort de trouver et de proposer une formule pour pérenniser les efforts consentis par les acteurs en Guinée dans le cadre des projets de développement. Y penser c’est mettre en place des mécanismes pour y arriver.

La Constitution d’une Banque mobilisant les ressources internes et externes pour accompagner le développement du pays s’impose comme la condition sine qua non du succès de l’entreprise de reconstruction et de développement de la Guinée de l’après constat.

amadou-saikou-diallo-jpg0Le développement est un processus complexe et compliqué exigeant des investissements massifs de fonds. Dans cette optique, et au regard des missions de la BDG-SA, l’État doit participer au capital de l’institution. À ce titre, la Banque Centrale peut, au nom de l’État guinéen, être actionnaire de la BDG-SA.

La BDG-SA sera un consortium mobilisant des fonds publics et privés, elle aura un partenariat avec les  institutions multilatérales spécialisées dans le financement du développement,  ce qui implique la participation d’autres institutions à son capital comme la BID (Banque Islamique de Développement), le secteur privé Guinéen, Banque Mondiale, et les agences bilatérales de développement, etc. Les fonds éthiques seront vivement recherchés pour le financement des projets sociaux. Les fonds étrangers destinés à la protection de l’environnement seront activement recherchés dans le cadre du financement des projets environnementaux.

La Banque BDG-SA sera une société anonyme dirigée soit par un Conseil d’Administration ou un Directoire avec Conseil de Surveillance dotée d’une totale autonomie de gestion. Les institutions financières internationales qui prennent participation au capital de la BDG-SA siègeront au Conseil d’Administration. Cette Banque qui sera gérée à l’abri des turpitudes politiques guinéennes. Le Président-Directeur Général (PDG) sera un Guinéen compétent et expérimenté.

La BDG-SA doit avoir une structure organisationnelle, transparente, sérieuse et efficace au même titre que les grandes banques étrangères. Elle sera certifiée ISO (International Standard Organisation), appliquant ainsi les principes de management par la qualité. Elle sera auditée chaque année. Les conditions d’accord de crédit seront transparentes et réglementées. Le risque de crédit sera géré de façon efficace. Tous les prêts accordés seront couverts par un mécanisme d’assurance contre le risque de défaut de l’emprunteur (incapacité de rembourser, ne pas payer ses annuités à temps).

La BDG-SA dépassera la vision traditionnelle actuelle de la fonction de banque pour inscrire ses actions dans un cadre résolument tourner vers le financement des activités de développement économique et social. La Banque de Développement BDG-SA aura un portefeuille d’actifs diversifiés diminuant ainsi son risque d’investissement tout en satisfaisant les besoins collectifs

Instauration du Grand Emprunt National: L’importance du grand emprunt national en direction principalement de la diaspora, et pas uniquement, visera à utiliser la force de la diaspora guinéenne dont les dirigeants n’ont suffisamment pas conscience. L’idée de Bons de développement est la meilleure façon de capter une partie de l’épargne des Guinéens. Il ne s’agit pas de donner mais de prêter pour une durée bien déterminée.  Comme exemple: Israël ne pouvant pas lever des fonds sur les marchés financiers a eu recours à l’argent de sa diaspora via des bons d’État. L’Inde fit pareil. Des moyens incitatifs(le renforcement de notre démocratie, Vote des Guinéens à l’étranger via leur ambassade, rétention d’un mois de salaire pour souscrire l’emprunt pour le président de la République, PM, ministres, parlementaires, DG, etc.), la mise en avant du patriotisme guinéen, le désir de vivre ensemble feront à coup sûr le succès de ce Grand Emprunt.  Une fois que le fonds placé dans l’opération du Grand Emprunt arrive à maturité, chaque souscripteur aura la possibilité soit de retirer son argent soit de devenir copropriétaire des entreprises appartenant à la Banque en acquérant des actions à prix préférentiel pour le montant équivalent aux bons souscrits.

Les garanties pour les souscripteurs au Grand Emprunt : Les déposants et souscripteurs seront garantis par la solidité du consortium (partenariat public/privé/institutions internationales) mais aussi par le sérieux et la transparence de la structure organisationnelle de la Banque. Le principe de management par la qualité sera scrupuleusement respecté et la Banque sera auditée annuellement. De même, sa structure de management par un Directoire avec Conseil de Surveillance et autant de gage de garantie aux souscripteurs.

Je reste convaincu  aussi qu’il y a des conditions de base à remplir pour ce développement économique dont nous aspirons, entre autres, nous pouvons citer le minimum de cohésion sociale, le minimum de stabilité macroéconomique en termes d’inflation, de solde budgétaire et de solde extérieur, l’environnement juridique favorable, la restructuration financière par l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique monétaire avec une banque centrale capable de gérer la monnaie et de réguler l’économie, et les conditions minimales d’allocation efficace de ressources.

Enfin, le gouvernement doit prendre des mesures de promotion et de facilitation de l’investissement, comme les incitations. Une politique fiscale saine permettra non seulement de réaliser les objectifs des politiques publiques, mais de contribuer à la création des conditions favorables à l’investissement. La pratique d’une concurrence saine permettra l’innovation et contribuera à l’établissement des conditions propres à attirer de nouveaux investisseurs pour apporter une réponse urgente, intelligente et durable aux différentes variables explicatives de la pauvreté.

Amadou Saïkou Diallo

Depuis Washington D.C

diallongr@yahoo.com

 

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