Gambie : l’amateur Barrow aura du mal à détrôner le dictateur Jammeh

yahya-jammehEdito : Elu à la surprise générale par un vote via des billes, l’accès au pouvoir a semblé tellement facile dans l’une des pires dictatures d’Afrique de l’Ouest que le novice en politique et son équipe ont fait foirer tout ou presque. Et, aujourd’hui, le rêve à peine caressé se transforme en cauchemar ! Adama Barrow se fait même garder par des « étrangers » sénégalais, alors qu’il y a juste une semaine il commençait à dicter les nouvelles orientations de la Gambie.

Nouvelle Gambie, liberté « excessive » de parole contre le régime Jammeh, réintégration à la cour pénale internationale, justice pour tous, éventuelle extradition à la CPI du dictateur qui a trôné sur les Gambiens depuis 22 ans, mais qui est encore au pouvoir… Tout est allé tellement vite et tellement loin que ça ne pouvait prospérer ! Adama Barrow et son équipe ont parlé comme s’ils étaient seuls en Gambie, comme s’ils avaient déjà les rênes du pouvoir, l’armée, la police ou comme si Yahya Jammeh était déjà attaché…

Malheureusement, aucun des « experts » n’a déconseillé au nouvel élu de « vendre la peau de Jammeh avant d’accéder au fauteuil présidentiel ».

Et, comme si cela ne suffisait pas, c’est la commission électorale qui découvre des erreurs (dans la compilation des résultats) qu’il ne fallait plus taire comme si leur annonce sauverait le peuple gambien, quatre jours après la proclamation des résultats.

Le réveil de Yahya Jammeh

Yahyah JammehDepuis sa mise en scène télévisée par laquelle il a reconnu sa défaite et félicité son adversaire, sans la moindre pression interne et externe, le président sortant était devenu la cible de toutes les attaques. Tout le monde parle comme si c’est maintenant qu’on le découvre dictateur, psychopathe et assassin ! Personne ne se rappelle que l’humain qui se trouve dans le boubou blanc, tenant son sabre et son coran peut être sensible aux flatteries ou attaques. Sans doute entouré d’agents en tenue civile et militaire aussi préoccupés de l’après-pouvoir que lui, Yahyah Jammeh a trouvé aux corrections des résultats par la commission électorale la faille rêvée pour corriger son discours et sa défaite. Désormais, il réclame de nouvelles élections. Et, pour qui connaît la façon dont il a gouverné ce petit pays depuis 22 ans, peut imaginer que ce n’est pas le plus facile qui commence pour la Gambie…

Cas de la Guinée entre Alpha Condé et Sékouba Konaté

alpha-et-konateEn République de Guinée, c’est un vieux routier de la politique qui est venu aux affaires après quarante ans de lutte sans relâche. Mais, pour y arriver, Alpha Condé n’a jamais manqué de stratégie pour rassurer ceux qui devaient quitter qu’ils avaient bien l’intérêt de partir.

Déjà, dans les années 2000, l’opposant guinéen de l’époque avait même vendu une proposition visant à assurer aux anciens chefs d’Etat africains une honorable vie active après la présidence de la République. L’homme expliquait qu’il fallait bien proposer un point de chute à ceux qui acceptent de partir et les rassurer pour que les peuples africains puissent connaître l’alternance…

Et, en 2010, après avoir remonté une pente de 18 pour cent des voix à plus de 50 pour cent (face à son adversaire Cellou Dalein Diallo, qui avait récolté plus de 43 pour cent devant les 23 concurrents au premier tour), Alpha Condé a alors rassuré tous ceux (Konaté et Cie) qui devaient quitter le pouvoir en sa faveur. La communauté internationale avait été mise à profit pour dorloter son concurrent. « La victoire n’est que différée », avait dit à Cellou Dalein le sénégalais, Ibrahima Fall, qui portait la parole de la communauté internationale (groupe international de contact)…

alpha-conde-et-sekouba-konatePour sa part, le prédécesseur immédiat du nouvel élu, le Général Sékouba Konaté, était tellement rassuré qu’il avait lui-même annoncé dans une interview accordée à France 24 qu’il pourrait être le ministre de la Défense du nouveau régime, si cela intéressait le professeur Alpha Condé. C’est donc totalement rassuré que l’ancien président de la Transition a quitté le pouvoir et aussi le pays. Justement, depuis, le nouveau maître de la Guinée a écarté tout le monde et gouverne seul. Même le mouvement « Arc-en-ciel » qui l’avait soutenu jusqu’à Sékhoutouréya en 2010 ne reste plus que de nom. Lansana Kouyaté, son vice-président, a été le plus grand perdant…

Bref, face à un fauve dont le lait est nécessaire pour la suite du chemin à parcourir, il faut savoir négocier. C’est ce que monsieur Condé a su faire en 2010 pour « récupérer » le pouvoir confisqué par les militaires en Guinée depuis 1984 ; et, c’est malheureusement ce qui a manqué à Adama Barrow et à son équipe en Gambie. Désormais, ils doivent cravacher dur pour espérer reconquérir le départ- annoncé si facilement il y a une semaine – de Yahya Jammeh. Et, qui sait combien de gambiens pourraient périr dans cette aventure désormais si compliquée et pleine d’intrigues ? Seul Dieu connaît l’issue finale de ce que donnera ce bras de fer qui ne fait que (re) commencer.

Nouhou Baldé

 

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