Comme nous l’annoncions dans un de nos précédents articles, des journées de réflexions sur les institutions ont été organisé au palais du peuple, à Conakry. Au cours des travaux, le discours de Martine Condé, présidente de la Haute Autorité de la Communication (HAC), le vendredi 30 décembre 2016, a marqué les esprits.

La présidente de la HAC n’est pas allée d’une main morte pour tirer à boulets rouges sur l’Assemblée Nationale et la Cour Constitutionnelle en rapport avec la crise qui a miné récemment la HAC.

Ci-dessous, le reporter de Guineematin.com a décrypté in extenso les propos de madame Martine Condé à cette occasion :

Comme le représentant de l’Assemblée nationale, moi aussi je n’avais pas prévu un discours. Mais, je sens que mon institution est concernée, je me dois de dire deux mots. Mo,i je suis venue personnellement, parce que nulle n’ignore que la HAC a traversé des moments difficiles. Nous avons d’abord subit les conséquences de l’élaboration même de la loi sur la liberté de la presse. La promulgation de cette loi qui a été sans même chercher la validation de la loi par la Cour Constitutionnelle, la Cour Suprême de l’époque, sans que la constitutionnalité de la loi ne soit établie. Mais avant ça, comme dans toutes les institutions, il y a le mode de désignation des membres dans les institutions. Le mode de désignation, tout le monde sait que dans plusieurs lois, on dit que la Présidente ou le Président est élu par ses pairs.

Mais, le mode de désignation de ces pairs-là, on sait, il y a beaucoup de copinage, la loi n’est pas respectée parce que souvent on désigne par népotisme. C’est son parent, ou-bien son copain. Et ce dernier, il va aller profiter, après c’est la retraite, il faut qu’il profite un peu. Ça vraiment, voir si la personne désignée, la qualité de la personne désignée ou sa formation correspond à ce qui va se passer dans cette institution. Parce qu’une institution, ce n’est pas un Ministère, excusez-moi, c’est un endroit où on peut trouver plusieurs niveaux de fonctionnaires. Une institution, c’est tous les jours. La création, c’est à dire il faut concevoir soit des textes ou des idées qui puissent renforcer pas le développement économique, mais le développement intellectuel du pays.

À la HAC par exemple, nous sommes avec des médias, il y a la régulation, on dit nous sommes une institution de régulation. Mais cette régulation, il faut toucher toute la loi. Il faut connaître les articles, mais aussi, il faut avoir une dose de psychologie, de pédagogie, pour pouvoir traiter les dossiers qu’on vous propose. Surtout, tous les jours nous faisons face à des dérapages à tous les niveaux. Donc, la qualité des personnes affectées dans les institutions, il faut voir ça. Et souvent même, les gens fraudent, ils violent la loi. On envoie des gens qui ne sont pas en règle.

Nous, nous avons eu le cas de gens qui n’ont pas l’âge. À la HAC, c’est 35 ans, on envoie quelqu’un qui a 29 ans. On fait des faux-papiers et l’institution qui l’envoie devient complice de faux et usage de faux. On a eu ça et ça a fait beaucoup de boucans. On envoie des gens presque impotents, malades. Ou-bien des gens qui ne sont vraiment pas impliqués dans ce que nous faisons.

Je m’excuse, il y a mon collègue du Conseil Supérieur de la Magistrature qui est là. Votre représentant a pris la tête de la rébellion chez nous (à la HAC, Ndlr) et vous ne l’avez pas appelé pour le mettre en garde ! Excusez-moi, nous sommes venus pour se parler. J’ai l’habitude de dire ce qu’il y a. L’Assemblée nationale a été complice de faux et usage de faux, parce que son représentant n’avait pas l’âge.

La Cour Constitutionnelle a statué sur notre règlement intérieur et deux mois après, elle nous demande de changer, alors que ils ont statué, ils ont validé, nous avons envoyé pour publication deux (2) mois après, on nous dit non, il faut destituer. Ils sont revenus sur la Présidente et il faut créer un service ad-hoc, c’est à dire, un conseil de trésorerie, alors que ce n’est pas prévu dans les textes, ni dans la loi. La Cour Constitutionnelle est là, pour statuer sur la constitutionnalité des règlements intérieurs. C’est ce qui est écrit dans la Constitution. Nous avons eu tout ça !

À ce jour, le salaire et les indemnités des membres de la HAC ne sont pas fixés. Ça fait un an et demi, depuis mars 2015 la HAC a été mise en place. Vous voyez, je n’avais pas besoin de discours écrit. Et maintenant, je crois que j’ai posé les bases en tout cas des discussions que vous aurez ici. Moi, je vous ai exposé ce qu’il y a chez moi, jusqu’à présent les salaires et tout le reste, ce n’est pas fixé.

Je vais vous dire, les gens pensent que la HAC, c’est une institution qui n’a pas besoin de budget. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas réguler les radios à l’intérieur du pays, d’ailleurs les autres médias. De Conakry, nous ne pouvons pas les écouter, notre service de monitoring se trouve ici, mais ça ne va pas au-delà de 50 kilomètres. Nous sommes entrain de trouver des financements, les institutions internationales, vous êtes là, je vous demande en tout cas de prendre note de cela. Nous sommes entrain d’étendre, de voir comment couvrir tout le pays. C’est à dire nous sommes à Conakry, mais d’ici, nous pouvons écouter à partir de notre centre, ce qui se passe à l’intérieur du pays.

C’est la recherche de ce financement que nous sommes entrain d’avoir et tout le reste. Nous voulons faire les états généraux et il y aura tous les protagonistes. Nous sommes entrain de mettre au point la carte de presse, c’est que vous avez vu l’autre jour. Nous sommes entrain de lancer cela. Nous voulons faire des formations des médias, parce que les journalistes sont mal formés. Alors, je vous ai exposé maintenant tout ce qu’il y a chez moi. Alors, je vous remercie de m’avoir écoutée, je m’excuse d’avoir parlé de certains collègues, mais c’est qu’il n’y a pas eu beaucoup de solidarité entre nous. Je vous en prie, à l’avenir, donnons-nous la main.

Propos recueillis et décryptés par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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