Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, vendredi 20 janvier 2017, des coups de feu inhabituels ont résonné au camp Alpha Yaya Diallo, situé au quartier Béhanzin, dans la commune de Matoto, dans la banlieue de Conakry. Informé par le voisinage au plus fort des tirs Guineematin.com a cherché à comprendre davantage la cause de ces bruits effrayants de la grande muette. 

Il était  23 heures, ce jeudi nuit, quand les premiers tirs ont retenti au camp Alpha Yaya Diallo, ancien siège du CNDD, la junte militaire dirigée entre 2008 et 2009 par le capitaine Moussa Dadis Camara. Dans la foulée, soit à 23H 15 mn, une coupure d’électricité plonge le camp et ses environs dans le noir total. Quelques minutes après le délestage, des tirs nourris retentissent et cette fois de façon intense. « Ce qui nous a effrayé de plus, c’est que les tirs venaient de toutes parts, on avait l’impression que les gens étaient postés un peu partout et qu’il y avait une coordination entre eux », confie Ibrahima Magasouba, voisin au camp.

Après deux heures d’angoisse, « une colonne composée de huit pickups de la gendarmerie nationale arrive sur les lieux. Armés de PMAK, les gendarmes ont patrouillé dans le camp et aux alentours. Quelques éléments qui y étaient ont été arrêtés et envoyés vers le camp Samory Touré, situé dans la commune de Kaloum.  Après audition, ils ont été ramenés au camp vers la matinée », rapporte un jeune homme rencontré par un reporter de Guineematin.com, dans un café contigu au camp Alpha Yaya Diallo.

Pourquoi y a-t-il eu ces tirs ?

Un officier qui a voulu nous parler, sous le sceau de l’anonymat, explique que « ce sont les enfants » (jeunes militaires) qui ont voulu juste alerter la hiérarchie sur leurs conditions de vie.

« Depuis plus de six ans, nous avons eu assez de promesses, eux également. La hiérarchie avait promis d’améliorer nos conditions ; mais, jusqu’a présent, rien ! Moi, je suis lieutenant depuis six ans, je n’ai pas eu de promotion. Les jeunes sont ici, sans équipement, certains d’entre nous achètent au marché ce que nous portons. Nos conditions n’évoluent pas, nous sommes statiques. Alors que vous avez constaté dernièrement que certains corps ont eu de la promotion. Cet état de fait met les jeunes en colère. Ils ne le disent pas ; mais, comprenez que nous comprenons leurs ressentiments parce que nous sommes avec eux tous les jours », explique l’officier.

Parlant de ces conditions de vie, notre interlocuteur ajoute qu’il y a « beaucoup de choses que nous ne pouvons pas expliquer (rires) ! Les logements, vous voyez, depuis rien n’a été fait. Je pense que les jeunes ont senti qu’ils sont eux aussi marginalisés. Notre pays est béni, ce sont les dirigeants qui sont mauvais. La frustration est un peu partout. Et, cela dans toutes les unités au camp ici. C’est pourquoi, la nuit, les jeunes du BATA, de la Noumba et ceux du BSC ont fait retentir quelques tirs pour juste rappeler les chefs », confie le lieutenant.

Mais, qu’est-ce qui s’est alors passé après les tirs ?

Selon des informations recueillies par Guineematin.com sur place, après l’arrivée de la colonne de véhicules de la gendarmerie, le général Aboubacar Sidiki Camara, alias « Idi Amin », du ministère de la défense, est venu au camp Alpha Yaya Diallo pour s’informer. Après vérification, plusieurs chefs militaires ont été convoqués au ministère de la défense pour des explications.

Ce vendredi, à 13 heures 15’, la colonne de gendarmes composés d’éléments détenant des PMAK a quitté les lieux. Ils vont laisser la place aux militaires qui filtraient toutes les entrées au camp, obligeant les chauffeurs des véhicules de laisser avec eux leurs permis de conduire avant d’entrer…

Au moment où nous quittions les lieux, vers  14 heures, ce vendredi, seuls quelques éléments étaient visibles à l’intérieur du camp. Des jeunes élèves et étudiants étaient les seuls à s’y aventurer.

De retour du camp Alpha Yaya Diallo, Abdoulaye Oumou Sow pour Guineematin.com

Tél.: (00224) 620848501

 

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