Il est une exception. Une exception exceptionnelle. Car, de par la rigueur, de l’éducation peule, rien ne prédisposait ce fils du « lamidho » de Garoua qui a autorité sur plus de 400 cantons, a consacré toute sa vie au sport. D’abord, en athlétisme où il fut champion du Cameroun en participant aux premiers Jeux Africains de Brazzaville en 1965. Ensuite, comme basketteur international et enfin, dirigeant sportif de premier rang dans son pays. C’est en 1986 au Caire qu’il fit son entrée au Comité Exécutif de la CAF dont il prendra les commandes en mars 1988 à l’hôtel Idou Anfa de Casablanca au Maroc. Depuis cette date, l’occupant de la chambre 323 dirige avec fierté, habileté et pragmatisme le football africain.

Naturellement, cela ne saurait surprendre. Dans la mesure où le commandement des hommes et des choses paraît de droit divin pour peu qu’on refeuillette les pages de la glorieuse famille Hayatou, fondatrice de la ville de Garoua, aux bords de la Benoue. Elle fait partie des plus prestigieuses du Cameroun.

Aujourd’hui, on a nullement besoin d’un étalon de mesure pour évaluer le gigantesque travail du président Issa Hayatou à la tête de la CAF. Son bilan parle suffisamment pour lui.

La CAN Senior, qui est devenue si majestueuse, qu’elle concurrence l’Euro et n’a rien à envier à la Coupe du Monde sur le plan organisationnel. Les CAN Juniors, Cadets et Féminine, le CHAN, le FUSTAL, le BEACH SOCCER auxquels viennent s’ajouter les multiples séminaires de formation des entraîneurs, arbitres, journalistes et dirigeants sportifs. Bref de toute la chaîne d’activités qui se complètent pour donner les résultats escomptés. Les droits de télévision de toutes ces compétitions ont permis de générer d’importants capitaux utilisés dans la qualification des hommes et le développement du football africain dont les talents s’exportent et meublent les grandes écuries des clubs européens.

Il n’y a pas d’espace aujourd’hui en Afrique où le ballon de football ne rebondit pas. La Ligue des Champions et la Coupe de la Confédération, ainsi que la Super Coupe favorisent des oppositions de qualité nourries de celles qui, au plan national, donnent lieu à un engouement festif entre les clubs avec des classico impitoyables. C’est pour toutes ces raisons que les dirigeants africains tiennent à renouveler leur confiance au président Issa Hayatou le 16 mars prochain à Addis Abeba en Éthiopie. Une ville symbolique, temple d’une bonne partie de l’histoire de notre continent, siège de l’Union Africaine.

Ce qui ne sera que mérité au regard de la transformation qualitative du football africain dont les dirigeants ne souhaitent nullement faire un saut dans l’inconnu en se laissant envahir par des émotions et des pulsions préjudiciables au présent et à l’avenir. Issa Hayatou, que tout destinait à vivre dans les ors et les lambris des palais, a préféré l’action sur le terrain, parcourant l’Afrique de part en part et le monde pour porter le message du continent. Sans jamais céder un pouce du territoire aux autres. Dominant de sa taille olympique ses interlocuteurs.

Avare souvent de paroles mais arc bouté sur celles énoncées sur lesquelles il ne revient pas, obtenant le plus souvent ce qu’il veut pour l’Afrique sans jamais donner l’impression d’avoir fait quelque chose de grand, de sublime. C’est pour toutes ces raisons que l’enfant de Garoua dérange et fait même peur au point que certains le voyant venir évitent non seulement son regard perçant mais aussi sa rencontre.

Et pourtant, l’autre versant de l’homme est doux, chaleureux, familial, amical, fraternel. C’est la sève nourricière de son existence: cette fidélité aux valeurs qui fondent l’Afrique dans sa diversité qu’il sait réunir dans une unicité même si certains,, comme c’est souvent le cas chez nous Africains, se laissent embarquer et emporter par ceux qui brassent du vent, qui sucent l’Afrique et qui ont hâte de voir la sentinelle Issa Hayatou relevé, remplacé afin qu’ils fassent du football africain leur chose. Celui qui a présidé aux destinées de la FIFA, emporté par une tourmente et qu’on a cherché à salir sans jamais trouver de preuves, est toujours là à la barre du bateau, résistant aux vagues et au mal de mer, déterminé aujourd’hui plus qu’hier à mener le bateau du football africain sur les rives paradisiaques de l’amour et de la passion de cette religion des temps modernes.

Un autre qui ne soit pas Issa Hayatou, avec un tel bilan et de tels honneurs, aurait certainement manqué d’humilité et de modestie pour paraître comme un messie. Mais non le prince Peul de Garoua est égal à lui même: calme et serein, ferme et décisif, vêtu qu’il est de la meilleure et irremplaçable tunique. Celle de la noblesse, celle du pouvoir, celle qui suffit parce qu’elle vous colle, de la latérite sur la peau.Celle qui vous distingue et vous glorifie dans le respect de vos semblables.

Cette tunique unique qui, comme le disait l’ambassadeur feu Alpha Ibrahima Mongo Diallo, citation « le noble n’a pas besoin de parures et de parades ni de valises d’habits, il est né habillé, bien habillé pour toute sa vie ». Ainsi il en est de Issa Hayatou dont la Guinée est reconnaissante de l’amitié fraternelle à son fils Almamy Kabélé Camara. Cette Guinée est porteuse de sa réélection le 16 mars prochain dans la ville historique de Addis Abeba.

Dieu merci, le gouvernement guinéen a fait une importante déclaration marquant son absolue neutralité à l’élection des membres du comité directeur de la FEGUIFOOTce 28 février à Conakry. Et en plus de cette déclaration, le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation à invité tous les préfets de s’abstenir de toute interférence dans le déroulement des élections au risque de se voir demis de leurs fonctions.

C’est aux 65 délégués et à eux seulement que revient la lourde tâche de choisir ceux qui doivent appartenir au comité directeur de la FEGUIFOOT. Voilà qui coupe l’herbe sous les pieds de tous ceux qui, certainement conscients de leur défaite, cherchent à sacrifier notre football à l’autel de leurs intérêts égoïstes. Issa Hayatou est le candidat de la Guinée avant même d’être celui du Cameroun, son pays natal.

Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

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