Par son arrêt rendu public en début d’après-midi de ce lundi, 07 août 2017, la Cour Constitutionnelle a repoussé la crise qui sévissait à la CENI jusque-là ; comme on en a d’ailleurs connu ces derniers temps dans les autres institutions républicaines du pays d’Alpha Condé. C’était notamment le cas au niveau de la Cour Constitutionnelle elle-même où des ronrons internes s’énervaient contre la gestion financière, à la Haute Autorité de la Communication qui semblait aussi ne pas bien communiquer sur son budget, à l’Institution nationale indépendante des droits humains où tout le monde n’avait pas droit de réclamer la traçabilité de la gestion, etc.

A la très riche CENI, ce n’est désormais ni Bakary Fofana (qui présidait l’institution électorale en vertu de son élection au lendemain de l’installation de la CENI, en 2012), ni maître Amadou Salif Kébé (qui était sûr de marcher à pas accélérés vers la récupération des biens et avantages du président de la CENI) qui prend la tête de l’institution électorale. C’est plutôt Kader Aziz Camara, représentant des huit centrales syndicales, qui va maintenant signer les chèques…

Bakary Fofana bousculé par Salif Kébé

Me Amadou Salif Kébé

Comme on le sait, les 25 commissaires de la CENI sont composés de dix représentants de la mouvance présidentielle, dix de l’opposition, trois de la société civile et deux de l’administration. Et, pour éviter qu’un représentant d’un des groupes politiques ou de l’administration publique soit l’exécutif de l’institution électorale, une loi particulière précise que le président de la CENI doit obligatoirement provenir de la société civile. Etant entendu que le président de la CENI a de larges pouvoirs et pas seulement liés à la très intéressante gestion financière (nous y reviendrons).

Ainsi, pour éjecter Bakary Fofana de son confortable fauteuil, les commissaires frondeurs ont jeté leur dévolu sur Salif Kébé, élu par  l’assemblée plénière du jeudi 03 août 2017. Très pressé de goûter aux délices de la présidence, l’avocat a vite mis la pression sur son ancien patron à qui il exigera de dégager « dans les 24 heures » le bureau, de rendre véhicules et autres biens matériels, sans compter le nerf de la guerre : la précieuse signature qui permet au président de la CENI de décaisser les fonds à elle attribués et logés dans un compte spécial à la BCRG (banque centrale de la République de Guinée)…

Une revanche de Bakary Fofana sur Salif Kébé ?

Mais, déterminé de ne jamais se laisser marcher sur les pieds, l’ancien ministre des Affaires étrangères de la Transition a décidé de lancer sa défense en remuant son réseau au mieux pour être reconfirmé au, au pire, empêcher maître Amadou Salif Kébé de s’asseoir à sa place ! Un à un, Bakary s’est attelé à défaire tous les pièges, les arguments, les actes par lesquels on voulait l’embrigader.

Finalement, il attaquera même l’élection où il était pourtant le seul visé. Talonné par la pression d’un Kébé qu’il trouve très pressé d’apposer sa signature sur le chéquier de la CENI, Bakary Fofana a demandé et obtenu de la Cour Constitutionnelle le refus légal d’installation de celui qui rêvait tant le remplacer. Sans doute, dans ses calculs, l’homme a misé sur un autre cheval : « si ce n’est pas moi, ce ne sera pas toi… », a semblé se dire Bakary Fofana, en pensant à Salif Kébé… La passation de service devait être effective à 14 heures, ce lundi, 07 août 2017. Mais, l’arrêt de la Cour Constitutionnelle est intervenu (comme l’annonçait à juste titre Guineematin.com) quelques dizaines de minutes avant. Juste le temps de pouvoir l’empêcher…

A quand la fin de la transition à la CENI ?

Comme l’arrêt du ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, qui a instauré 128 délégations spéciale le jeudi 1er octobre 2015, celui de la Cour Constitutionnelle de ce lundi, 07 août 2017, ne précise aucune limite pour la durée de la présidence intérimaire de la CENI. Et, concernant les délégations spéciales à la tête des communes (urbaines et rurales) de la Guinée, la loi limitait cette durée à six mois. Mais, bientôt deux ans après leur installation, aucune date n’est encore avancée sur un quelconque chronogramme des élections locales sensées mettre fin à cette illégalité…

Bref, tout porte à croire que la Cour Constitutionnelle, qui pouvait trancher le différend entre Bakary Fofana et Salif Kébé pour rendre un arrêt résolvant définitivement cette crise, a plutôt décidé de la repousser. Jusqu’à quand ? Bien malin pourrait répondre ! En attendant, si Bakary Fofana n’a pas obtenu son retour au sommet de la CENI, il a quand même pris sa revanche en empêchant Salif Kébé de « récupérer » son cachet, fauteuil, bureau, véhicule, chéquier… Et, cerise sur le gâteau, l’adversité pourrait ne plus exister entre Bakary et Kébé. Mais, entre ce dernier (pressé de voir la Cour Constitutionnelle valider son élection du début de ce mois) et le nouveau président intérimaire qui souhaiterait accélérer vers « les choses sérieuses » comme l’organisation des élections locales et autres afin de gérer le plus longtemps possible « la transition »…

A suivre !

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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