Attendues depuis 2010, les élections locales tardent encore à être organisées en Guinée. Pourtant, il y a des signaux qui laissent entrevoir un pas dans la bonne direction. Des signaux qui font espérer la tenue d’élections locales pacifiques et participatives dans les mois à venir. Chaque acteur est entrain de jouer sa partition, tant bien que mal, pour conférer à ces consultations électorales le succès tant souhaité. L’application progressive du contenu de l’accord politique inter-guinéen du 12 octobre 2016 participe de cet élan vers ces élections locales, a constaté sur le terrain Guineematin.com, à travers un de ses reporters.

La République de Guinée et ses partenaires sont aujourd’hui tournés vers le processus d’organisation des élections locales dont les enjeux sont énormes. Les acteurs impliqués dans ce processus rivalisent aujourd’hui d’ardeur sur le terrain dans la perspective desdites élections. Chaque intervenant travaille pour accentuer la sensibilisation, notamment dans les communes où il y a des risques de tension et de conflits liés au processus électoral.

De la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) aux Partenaires Techniques et Financiers (PTF), en passant par la Société Civile, le Ministère de l’Administration du Territoire (MATD), les partis politiques ou le citoyen lambda, chacun est entrain de s’activer. La démarche de chacun de ces acteurs vise à permettre à tous les citoyens guinéens, de choisir leurs élus locaux dans la paix.

Déjà, au niveau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), après le départ de Bakary Fofana de la tête de l’institution, l’on est à pied d’œuvre. Le nouveau président de l’institution, Maitre Amadou Salifou Kébé, a relancé la machine qui semblait être grippée.

Selon monsieur Jacques Gbonimy, directeur Formations et Accréditations à la CENI, son institution, sous la houlette de maitre Amadou Salifou Kébé, est entrain de mettre les bouchées doubles pour satisfaire l’ensemble des acteurs. C’est ainsi que « nous avons récemment finalisé l’avant projet du chronogramme des élections communales et le Dossier d’Appel d’Offres relatif à l’audit du fichier électoral. Ces actions s’inscrivent dans le cadre de l’application des accords politiques inter-guinéens. Les deux documents en question seront très bientôt présentés au comité de suivi de la mise en œuvre desdits accords lors de sa prochaine session », a expliqué le commissaire.

Par ailleurs, monsieur Jacques Gbonimy ajoute qu’après cette présentation, la CENI compte organiser « un atelier de partage, de consolidation et de validation du chronogramme, élargi aux différents acteurs impliqués dans le processus électoral », a-t-il précisé.

Le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) n’est pas en marge de la dynamique désormais enclenchée.

Selon monsieur Karamoko Djouba Kéita, chef de division à la Direction Nationale de l’Administration Électorale, « le président intérimaire de la CENI (Kader Aziz Camara, ndlr) avait déjà commencé à travailler avec notre direction à travers une correspondance qu’il nous avait adressé. On avait constitué ici au MATD une commission de trois (3) cadres qui devrait travailler en synergie avec la CENI et le comité de suivi dans la perspective des élections locales. En tant que partenaire de la CENI, on attend de voir la suite à donner à cette collaboration, notamment sur l’avant projet du chronogramme des élections communales », a laissé entendre monsieur Kéita.

Du côté des partis politiques, tous bords confondus, les préparatifs vont bon train pour les élections locales. Les états-majors des formations politiques s’organisent à l’interne, non seulement pour remporter le maximum de communes mais aussi dans la sensibilisation des militants pour un vote pacifique.

Le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG-Arc-en-ciel), le parti au pouvoir, est « entrain d’envoyer des missionnaires dans les 5 communes de Conakry et dans les préfectures de l’intérieur » en vue de rencontrer les militants.

Selon Souleymane Kéita, le responsable de la cellule de Communication du RPG, « ces missionnaires ont pour rôle d’expliquer les nouveaux statuts et le nouveau règlement intérieur du RPG-Arc-en-ciel. Nous faisons de l’éducation civique de nos militants pour qu’ils connaissent mieux le parti. On aura à travailler avec les comités de base, les sections et les fédérations de notre parti. Cela concerne aussi bien les jeunes, les femmes et les autres instances de notre parti », a fait remarquer monsieur Kéita.

Pour ce qui est des élections locales à venir, le responsable de la communication du parti au pouvoir dira que « les missionnaires auront également à sensibiliser les militants sur la quiétude, la paix et la transparence devant caractériser ces consultations à la base. Il sera véhiculé à cette occasion des messages de cohabitation et de fraternité. On est en compétition, il ne faudrait pas qu’il y ait de l’animosité. C’est le fairplay qui doit primer sur tout le reste », a confié Souleymane Kéita.

Même son de cloche à l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti de l’opposition. Par la voix de Mohamed Bakary Kéita, président du Comité National des Jeunes de l’UFDG, l’on apprend que ce parti est également au four et au moulin en ce qui concerne les préparatifs pour les élections locales.

« Nous sommes prêts à aller à ces élections locales. Je ne peux pas vous dévoiler toute notre stratégie. Seulement, retenez que nous sommes en contact avec les structures à la base. Le dimanche 27 août 2017 par exemple, nous avons rencontré tous les secrétaires fédéraux et des sections de Conakry. Ce travail qui se fait au niveau de la jeunesse, concerne aussi les femmes et l’ensemble du grand bureau. C’est le même travail qu’on fait avec ceux de l’intérieur du pays », a expliqué ce responsable de l’UFDG.

Cependant, monsieur Mohamed Bakary Kéita dit que son parti « veut être rassuré que le chronogramme sera respecté, qu’il réponde à nos attentes. Nous allons sensibiliser sur un vote pacifique. C’est pourquoi nous demandons que le fichier électoral soit assaini et que les résultats reflètent la volonté des électeurs. Ça pourra faciliter les choses et les gens sauront que la CENI est de bonne foi », estime-t-il.

D’un autre côté, la société civile guinéenne continue sa mission de veille et d’alerte sur le terrain. Si l’on en croit Dr Dansa Kourouma, président du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSC-G), les mobilisations continuent pour permettre aux guinéens de choisir leurs élus locaux dans la paix.

« Nous agissons aujourd’hui pour permettre de redistribuer le pouvoir entre le sommet et la base. Une manière de faire participer la base pour qu’elle contribue au développement du pays à partir des orientations données par le sommet. Quand on parle de police municipale, d’assainissement, de santé communautaire et autre, c’est une compétence des collectivités », a introduit Dr Dansa Kourouma.

Poursuivant, le président du CNOSC a dénoncé la politisation des collectivités locales. « Vous savez que le débat politique guinéen est pervers, il perd sons sens, il perd sa dynamique et sa consistance. Le risque potentiel de corruption de la Guinée, ce n’est pas l’argent, c’est l’ethnie, utilisée comme moyen pour corrompre la conscience collective », a lancé Dr Dansa Kourouma.

Ainsi, le président du CNOSC est revenu sur la tournée récente qu’il vient d’effectuer à l’intérieur de la Guinée dans la perspective des élections locales. « Cela m’a permis de toucher du doigt les réalités des populations rurales. Les zones de production sont enclavées, les routes entre les préfectures sont catastrophiques. Dans ces collectivités, on a des centres d’éducation civique et citoyenne pour expliquer dans tout le pays, les enjeux des locales », a fait remarquer notre interlocuteur.

Dans ses déplacements à l’intérieur du pays, Dr Dansa dit avoir expliqué aux différentes communautés « les grandes dispositions de la Constitution et du Code Electoral en matière de candidature indépendante. Nous voulons promouvoir ces candidatures indépendantes pour ne pas que l’ethnie et la politique politicienne prennent en otage les communautés », a insisté cet acteur de la société civile.

Les citoyens au nom desquels les politiciens parlent, ont également leur mot à dire. Monsieur Ousmane Molota Camara, citoyen domicilié au quartier Taouyah, dans la commune de Ratoma, a confié ses attentes à notre reporter. Pour ce jeune cadre, « le pouvoir doit revenir à la collectivité. Aujourd’hui, nous avons des délégations spéciales ni légales ni légitimes. Nous devons nous en débarrasser pour élire des citoyens proches de nous, des gens qui connaissent nos problèmes, des gens pour qui on a de la confiance et qui ont les qualités requises pour travailler. On parle aujourd’hui d’éboulement de déchets qui tue des concitoyens. C’est une responsabilité collective. S’i y avait des maires élus, ce drame aurait pu être évité. Nos attentes sont immenses et nous essayerons de faire le bon choix pour que l’on puisse enfin respirer profondément », a martelé ce jeune leader.

De son côté, Moussa Dounoh, diplômé en Informatique, réparateur d’appareils électroniques à Kipé, a dit que les nouveaux élus locaux auront du pain sur la planche au regard de l’immensité des problèmes. « Aujourd’hui, il y a trop de difficultés, notamment à Conakry. Il faut voir comment les gens souffrent pour trouver un véhicule, avec des embouteillages monstres ou des tas d’immondices dans les quartiers. Les chefs qui seront élus devront travailler ardemment pour débarrasser Conakry de ses ordures », a-t-il suggéré.

Les Partenaires Techniques et Financiers de la Guinée sont également actifs en cherchant à contribuer à l’organisation d’élections locales apaisées. C’est le cas du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Tirant les leçons de la présidentielle d’octobre 2015, le PNUD a mené certaines activités en prélude aux élections locales à venir.

Selon Mamadou Saliou Diallo, chargé des Communications au PNUD, les actions suivantes ont été menées dans la perspective desdites élections :

· Un atelier de formation à l’intention de trente-trois (33) correspondants de l’Agence Guinéenne de Presse (AGP) en provenance des préfectures et de Conakry a eu lieu du 13 au 15 avril 2017. Le thème de l’atelier a porté sur : « Rôle et responsabilité des medias de proximité avant, pendant et après les élections communales ».

· Une formation des formateurs en BRIDGE à l’intention des membres et personnels de la CENI et ceux des Organisations de la Société Civile (OSC). Les participants étaient au nombre de 22 dont 6 femmes. Deux autres formations modulaires en BRIDGE ont été tenues pour 30 journalistes des Médias privés dont 30% de femmes du 09 au 16 juin 2017 et une autre à l’intention de 30 femmes leaders du 19 au 27 juin 2017.

· Un séminaire sous régional d’échanges sous le thème : « Les Leçons apprises des élections de 2015-2016 en Afrique de l’Ouest » s’est tenu du Mardi 25 au jeudi 27 juillet 2017 à Conakry. Ce séminaire est une initiative conjointe du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), de la Division de l’Assistance Electorale (DAE) des Nations Unies et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Les travaux ont porté sur des présentations par pays portant sur plusieurs thématiques notamment la Délimitation électorale, l’identification des électeurs, la liste électorale, l’Organisme de gestion des élections, la logistique, les élections et la sécurité.

Comme on le voit, de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) aux Partenaires Techniques et Financiers (PTF), en passant par la Société Civile, le Ministère de l’Administration du Territoire (MATD), les partis politiques, chacun y met du sien pour que les prochaines élections locales soient une réussite. Toutes les actions entreprises dans ce sens visent à minimiser les risques liées aux confrontations entre les communautés, entre les ethnies ou au sein des ethnies.

Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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