Quelques jours après la défaite du Syli National face à la Libye les réactions continuent de tomber dans le milieu sportif guinéen. Dans un entretien accordé à un de nos reporters, le journaliste et historien, Amadou Diouldé Diallo, avec son franc-parler habituel, a tiré à boulets rouges sur les protégés de Lappé Bangoura, qui versent dans l’émotionnel et qui ne savent pas gérer leur avance. Lappé Bangoura est également pointé du doigt par le chef du département Médias de la Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot).

Avec monsieur Diallo, il a été aussi question de la gestion du football guinéen en général, de la « prise en otage » par Antonio Souaré, président de la Féguifoot par ses collaborateurs ou encore de la CAN 2023 octroyée à la Guinée par la CAF sans appel d’offres.

Décryptage !

Guineematin.com : quel commentaire faites-vous de la défaite de la Guinée face à la Libye au compte de la 4ème journée des éliminatoires de la coupe du monde de football prévue en Russie en 2018 ?

Amadou Diouldé Diallo : vous savez, le mal qu’on se fait dans ce pays, peut être comme dans beaucoup de pays africains, on considère les équipes en fonction de la géographie et de la taille, et même de l’histoire du pays en termes de football. Donc, si on dit la Libye, on considère que ce n’est pas un pays de football. Donc, on considère sur le papier que c’est acquis d’avance. C’est la même chose qui s’est passée lorsque le Swaziland nous a battus à Casablanca. On oublie qu’avec l’allure et la dimension du football, aujourd’hui, il n’y a plus de petite équipe. Il y ‘a un nivellement des valeurs qui fait que toutes les équipes aujourd’hui se valent au départ. Maintenant, il y a une supériorité sensiblement qu’on peut dégager. Mais au départ, il y a un nivellement des valeurs. On dit non, la Libye n’a pas d professionnels, le pays est en guerre, il n’y a pas de championnat, son équipe vie dehors, donc c’est réglé. Il y a un nivellement des valeurs parce qu’il y a un investissement. Tous les gouvernements du monde ont compris que le football est une religion des temps modernes et que c’est un antidote à plusieurs manifestations même sociales. Ce que le football peut fédérer et rassembler, la politique ne peut pas. Sans compter son côté financier avec une explosion des marchés financiers. Sa popularité et son prestige financier réunis font du football quand même une attraction mondiale. De là à dire que nous allons vivre des plats réchauffés de notre passé et circonscrire les autres dans un cadre spécifiquement géographique parce qu’ils n’ont pas de palmarès, c’est faire une mauvaise appréciation.

Guineematin.com : vous voulez dire donc que les guinéens ont minimisé la Libye par rapport à ce match ?

Amadou Diouldé Diallo : minimiser c’est peu dire. Mais, on a toujours pensé que c’est la Tunisie et la RDC qui ont un passé footballistique et que c’est eux qui constituent la crainte. Et que la Libye c’est un petit pays de football. Alors qu’on ne tient pas compte des progrès essentiels enregistrés grâce aux projets Goal Fifa développé dans tous les pays, grâce au financement des fédérations dans le cadre de leur fonctionnement. Il y a quand même des investissements porteurs croissance en matière de football de manière à ce qu’il y ait un retour sur investissement. Le ballon rebondit partout, voyagez un peu à travers la Guinée, arrêtez-vous, vous ne verrez pas peut être un ballon de basketball, mais vous voyez quand même de passage un petit terrain et des enfants qui jouent. Donc, si une équipe perd, ce sont les joueurs et l’entraîneur. Moi, je suis toujours dans une analyse et je ne bouge pas de là. Parce que le football est allé à l’école. Nous, on est encore resté dans la rue. Nous allons courir jusqu’à rattraper ceux qui sont à l’école. Quelque soit l’affection que vous avez pour moi, vous ne pouvez pas m’installer dans un bureau si je ne sais ni lire ni écrire.

Guineematin.com : au niveau des joueurs guinéens, qu’est-ce qui a manqué pour qu’ils perdent ce match ?

Amadou Diouldé Diallo : c’est le mental. Nous avons des joueurs qui sont produits de la déperdition scolaire. C’est-à-dire, ils sont eu la passion du foot et comme il se joue dans la rue et dans les quartiers, mais ils n’ont pas été à l’école. Le football d’aujourd’hui est un football scientifique. Vous ne verrez pas aujourd’hui un entraineur, même si vous êtes le Pelé dans la rue, si vous n’assimilez pas la technique et la stratégie de l’entraîneur au tableau avant le match, mais on ne vous prendra pas. Donc, nous sommes en retard par rapport aux centres de formation, comme d’ailleurs la Guinée est toujours en retard par rapport à ceci ou à cela. Si par exemple la Côte d’Ivoire s’est affirmée ces dix dernières années, c’est parce que le centre Sol béni, de Jean Marc Guillou. Ils font des tours dans le pays, font des présélections et des sélections. Après, les meilleurs viennent au centre de formation. Et là, vous avez du primaire jusqu’au lycée. Vous passez le bac en étant là, vous jouez au foot. Vous avez une formation académique et footballistique. Dites moi si celui n’est pas opérationnel, parce que mentalement il est préparé. Mais, vous ne pouvez pas demander à ces joueurs du Syli, parce qu’ils sont joyeux. Quand ils gagnent, ils sont dans l’émotion, ils ne peuvent pas gérer. Pour gérer, il faut le mental. Quand, ils perdent, c’est en ce moment qu’ils réalisent qu’il faut courir alors que l’adversaire a pris de l’option. C’est le penalty raté ici contre la Libye qui les a fait monter en grade. Ils se sont rendu compte qu’il y avait une opportunité. Voilà le problème.

Guineematin.com : quelle est la part de responsabilité du sélectionneur Lappé Bangoura, qui est décrié par rapport à ses choix ?

Amadou Diouldé Diallo : les entraîneurs sont les premiers responsables d’une défaite ou d’une victoire. C’est pour ça qu’il y a valse des entraîneurs. C’est le premier responsable, c’est lui qui répond de la victoire ou de la défaite. Ça aussi, c’est parce qu’on ne veut payer. Vous savez que Michel Dussuyer est resté ici 10 mois entiers sans salaire. Lappé a des atouts techniques, c’est indéniable. Mais, on pense que c’est le moins cher, parce qu’aujourd’hui, les entraîneurs coûtent chers, il faut les pays. Donc, on veut le minimum. Mais, je le dis encore, il nous faut des centres de formation et que les jeunes aillent apprendre le football au centre et que nous les utilisions dans les clubs et que l’on soit en mesure de les vendre, qu’ils nous reviennent et que nous soyons toujours avec ces jeunes, ce mixage de joueurs locaux semi-analphabètes et professionnels complètement coupés des réalités du pays, nous avons encore du chemin… Pour ce qui est de la défaite de Monastir contre la Libye, l’équipe n’était pas là. Vous ne pouvez pas comprendre puisque le terrain était vide. La Libye n’a pas eu son public. On a joué en terrain neutre. Et, vous jouez à 10 contre 11 à partir de la 63ème minute. La deuxième mi-temps, c’est les entraîneurs. Vous n’avez pas pu mettre le coaching qu’il faut justement pour déboussoler l’équipe adverse.

Guineematin.com : aujourd’hui, le stade du 28 septembre est dans un piteux état. Qu’en dites-vous ?

Amadou Diouldé Diallo : non mais ce stade, les sénégalais se sont plaints récemment avec leur équipe nationale locale. Les Libyens aussi s’en sont plaints. Ce stade doit aujourd’hui aller au musée. Il ne doit plus abriter une rencontre internationale. Il faut qu’on ait le courage de le dire. D’ailleurs, il faut sonner l’alerte. Le stade du 28 septembre est de 1964. Quelle est aujourd’hui la résistance des matériaux de ce stade ? On est entrain d’aller là, de se mettre à danser, chanter et tout. Il faut faire venir les russes pour qu’ils vérifient pour ne pas qu’il y ait un drame humain là-bas. Je regrette, mais le stade du 28 septembre n’est plus dans les normes internationales…

A suivre !

Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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