De nombreux dossiers aussi bien correctionnels que criminels sont en attente d’être jugés à Siguiri. Monsieur Abdoulaye Conté, juge de paix intérimaire de Siguiri, a entamé une série de sensibilisations dans toutes les contrées de sa juridiction. Après la sous-préfecture de Doko, la semaine dernière, le juge et son cabinet, étaient samedi dernier à Kintinia. Il y a tenu une conférence avec pour thèmes : l’impunité, les dangers liés à la vindicte populaire et la relation entre les autorités locales et la population, a constaté sur place Guineematin.com, à travers un de ses reporters.

Le juge de paix de Siguiri et sa suite ont été accueillis à la maison des jeunes par toutes les composantes de la société. Le sous préfet, le président de la délégation spéciale, les unités de police et de gendarmerie basées dans la zone et les populations ont répondu présent à cet appel.

C’est le sous-préfet, Aliou Guissé, qui a ouvert le bal en souhaitant la bienvenue à la délégation avant de faire une brève présentation de la localité se trouvant sous sa juridiction. « Kintinia est l’une des douze sous-préfectures de Siguiri. Elle dispose de quarante districts, pour 126.500 habitants. Elle a une population à vocation agro-pastorale et minière », a dit Aliou Guissé.

S’inscrivant dans une logique de vulgarisation de la loi, monsieur Abdoulaye Conté, le juge de paix de Siguiri a rassuré la population du Bourré de sa volonté de punir à la hauteur de l’infraction tous malfrats qui tomberaient dans les mailles de la justice. Pour ceux qui s’adonnent à l’auto-justice, le juge a promis d’être catégorique. Pour lui, la justice est la seule instance, en République de Guinée, censée punir ou de réprimer une infraction. « La place d’un malfrat c’est en prison. Mais, si vous vous faites justice, on va vous arrêter et vous mettre aussi en prison. Les services de sécurité ont pris l’habitude de fixer des amendes aux malfrats et les libérer. Mais, si on se rend compte qu’un d’entre eux a agi de la sorte, on va l’arrêter », a dit le juge de paix.

En ce qui concerne les vindictes populaires, devenues une épine dans les entrailles de la justice, le juge de paix a sensibilisé les populations du Bourré sur les dangers liés à cette pratique. Selon lui, à ce jour sur cent affaires transmises à la justice de paix de Siguiri, quarante viennent de la sous-préfecture de Kintinia. Il appelle ainsi les Bourrekas à accepter que la justice fasse son travail. « Ne minimisez pas la prison. Quand Dieu te donne la vie, tu ne lui demanderas principalement que deux choses, la santé et la liberté. Quand tu es malade, tu n’es pas libre, et quand tu est en prison, tu n’es pas libre aussi. A la différence que le malade reçoit de la visite et peut sortir à tout moment prendre l’air et voir la lune, mais le prisonnier ne voit pas cela au delà de 18 heures. Donc, acceptez que la justice fasse son travail. Le plus souvent c’est des innocents qui sont lynchés en lieu et place des véritables coupables », a-t-il laissé entendre.

Par ailleurs, monsieur Abdoulaye Conté prévient : « ceux qui se permettront de se faire justice, en tuant un citoyen, seront identifiés, jugés et condamnés. Nous n’accepterons jamais que cela passe ainsi. Sur les deux jeunes qu’on a brûlés à Siguiri, on a fait des enquêtes, et il s’est avéré qu’ils n’ont rien volé. Les quelques éléments qui ont été interpellés dans cette affaire seront jugés très prochainement », a révélé monsieur Conté.

En ce qui concerne les relations autorités locales et populations, monsieur Abdoulaye Conté indique que nul n’est autorisé à juger une affaire en dehors des tribunaux ou d’empêcher un agent judiciaire d’entreprendre une action judiciaire. « Toute personne, qu’elle soit autorité locale ou pas, qui empêche un agent judiciaire de faire correctement son travail, sera poursuivie pour entrave à la loi. Ceux qui assurent la sécurité dans les mines (les tombolamas) ne sont pas autorisés d’enfermer un malfrat. Dans aucun texte, il est dit que les Tombolamas doivent participer à la sécurisation des mines d’orpaillages. Comme l’Etat est déficitaire dans la zone, il n’y a pas suffisamment d’agents de police, on s’est arrangé pour qu’ils aident à sécuriser les zones minières. Mais, ils ne doivent ni frapper, ni attacher, ni enfermer quelqu’un pour quelques raisons que ce soit. Ils doivent se référer aux unités de police ou de gendarmerie », a martelé le juge de paix par intérim de Siguiri, monsieur Abdoulaye Conté.

En outre, monsieur Conté a évoqué la problématique liée aux conflits domaniaux, devenus récurrents dans la localité, et l’éternel problème entre éleveurs et agriculteurs.

Dans la série questions-réponses, les participants ont également soulevé les cas de légitime défense et de crise de confiance qui existent entre la population et l’appareil judiciaire.

De Siguiri, Mouctar Barry, envoyé spécial de Guineematin.com

Tél. : 621 607 907

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