Hier, jeudi 26 octobre 2017, un reporter de Guineematin.com était à la presqu’île de Kaback (puisque relié au continent par un pont construit par la Banque mondiale, il y a trois ans) en compagnie d’une délégation de parlementaires et d’élus locaux Ouest africains, réunis au sein de l’APPEL.

Tout d’abord, il importe de rappeler que Kaback est une commune rurale de la Préfecture de Forécariah, située à 110 km au Sud de la capitale guinéenne. La presqu’île compte actuellement 28 mille 750 habitants, partagés sur 8 districts et 36 secteurs pour une superficie de 116, 2 km2. Cette commune rurale est considérée à juste titre comme le grenier de la Basse côte et spécifiquement de Conakry où d’importants produits vivriers y sont drainés pendant une bonne partie de l’année.

Elle fournit particulièrement de quantités importantes de riz, de poissons et de légumes (le gombo et les aubergines par des dizaines voire des centaines de tonnes pendant la période propice allant de janvier à mars de chaque année). Cette activité est le fruit de l’aménagement de 4 mille 800 hectares et la construction d’une digue de ceinture de 17 km, protégeant d’importantes plaines rizicoles.

Mais, hélas, depuis 2016, les populations de Kaback vivent dans un cauchemar. La digue longue de 17 km qui protège le village, les plaines et les environs a subi l’agression des eaux de la mer. En 2017, elle a finalement céder avant de complètement s’effondrer. Actuellement, pendant la basse mer, on ne voit que des restes de la terre, des piquets éparpillés et d’autres débris de ce qui constituaient la digue de ceinture.

Ce qui a entraîné des dégâts matériels énormes et un appauvrissement sans appel des populations insulaires.
Selon le sous-préfet, Monsieur Sékou Koyah Mara, s’il n’y a pas eu de perte en vie humaine, six à sept localités ont été déjà envahies par les eaux. Il s’agit de Kolomodia, Fria, Bamodia, Bassinia, Bakia mer et Yankaya qui ont entraîné le départ respectivement de 10, 7, 10, 5, 7 et 3 ménages soit un total 42 ménages contraints d’abandonner à la fois leurs habitations et leurs terres agricoles.

Et, ce n’est pas tout, dans ces villages qui, jadis, commençaient à récolter les bénéfices de l’aménagement de leurs plaines, au moins 20 bâtiments et une moquée ont été engloutis par la mer.

Pire, des enfants scolarisés ont été contraints à l’abandon des études, faute de moyens et de soutien de leurs familles, appauvries par la perte de leurs terres et de leurs habitations. Depuis quelques mois, ces ménages délocalisés vivent dans des hangars érigés pour la circonstance, non sans difficulté.

Dans le district de Matakan, une île choisie pour abriter le port minéralier en eau profonde et reliée à la terre ferme par une seule route, la circulation devient de plus en plus incertaine. L’eau menace de couper ce district du reste du continent. « L’eau a fini par gâter la route qui relie Matakan au continent. Pendant la montée des eaux, c’est seulement par les pirogues à partir de Conakry qu’on peut rallier la localité », a expliqué à Guineematin.com le sous-préfet de Kaback.

Pour sa part, Elhadj Naby Yansané, le Président de la délégation spéciale de Kaback, à travers son porte-parole, a indiqué jeudi à ses hôtes que plus aucune parole ne les intéresse. « Nous voulons des actes pour sauver la vie de nos populations ». En désespoir de cause, il prévient que tant que la digue n’est pas construite, « nous n’arrêterons pas d’aller à Conakry ».

Pourtant, le montant nécessaire pour la reconstruction de cette digue s’élèverait à 15 milliards de francs guinéens, soit près d’un million et demi d’Euros.

Aux dernières nouvelles, soutient le sous-préfet de la localité, « on apprend que le gouvernement a signé un contrat avec les Hollandais pour la reprise de la digue ». Vrai ou faux, selon certaines affirmations attribuées à des experts, si « rien n’est fait dans trois ans, à compter de 2016, ce village disparaîtra purement et simplement », dit-il, laissant entendre qu’il ne reste désormais qu’une seule année à l’Etat guinéen pour sauver les pauvres populations de Kaback.

En attendant, « ceux qui construisent des maisons en bordure de mer à Conakry vont embellir la capitale. Cependant, ils tuent de milliers d’autres compatriotes sur les côtes et nos îles comme ici à Kaback », a dit l’Honorable Sékou Benna Camara, président de la commission développement rural, ressources naturelles et environnement de l’Assemblée nationale, par ailleurs président de l’alliance des parlementaires et élus locaux d’Afrique de l’Ouest pour la défense des côtes, (APPEL).

Un véritable cri de détresse à l’endroit des magnas de l’immobilier qui, au lieu d’aller transformer les villes de l’intérieur, poussent la mer pour bâtir des immeubles aux conséquences néfastes pour les populations insulaires et côtières du pays.

De retour à Kaback, Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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