Jamais l’exercice du journalisme n’a été menacé comme cette semaine en République de Guinée. En totale violation des procédures légales, quatre journalistes du groupe Gangan ont été interpellés dans la matinée du lundi dernier, 30 octobre 2017. Et, le coordinateur du groupe, Aboubacar Camara passera plus de 24 heures de détention illégale à la gendarmerie. Massivement mobilisés pour réclamer la libération de leur confrère et le respect de la loi, plusieurs journalistes ont été malmenés par des gendarmes, leurs matériels de travail endommagés.

Ces comportements illégaux et anti républicains ont été dénoncés par d’innombrables Guinéens épris de liberté et de démocratie. Mais, le plus grave est ce que la majorité ignore encore !

Selon des informations confiées à Guineematin.com, des responsables des médias privés et des commissaires de la Haute Autorité de la Communication ont été « convoqués » à Sékhoutouréya par le président Alpha Condé ! Le chef de l’Etat a d’abord voulu faire admettre aux journalistes que la radio Gangan a annoncé sa mort. Ce qui n’a évidemment pas été accepté par les responsables de l’URTELGUI…

Après avoir « perdu » ce débat, Alpha Condé a montré des signes de nervosité. Et, les représentants de la Haute Autorité de la Communication (HAC) lui ont alors donné un grain à moudre : leur malentendu avec l’URTELGUI serait parti de leur tentative de garder les chèques de la subvention des radios et télévisions privées jusqu’au paiement par elles des redevances actuellement d’environ six milliards de nos francs. Alors, le président s’est saisi de la question et exigé le paiement de cet argent à l’Etat. Puis, Alpha Condé de demander à la HAC de « fermer toutes les radios qui émettent sans autorisation ». Sur cette question également, les journalistes auraient essayé d’expliquer que les radios qui émettent en Guinée sont bel et bien agrées. Mais, la HAC a parlé des radios qui seraient implantées à l’intérieur du pays comme relais, mais qui sont devenues des radios à part entière, ayant des programmes spécifiques…

Toujours sur ses nerfs, le professeur Alpha Condé aurait révélé que jusqu’à présent, c’est lui qui demandait au procureur de ne pas poursuivre les journalistes, ajoutant que « désormais », il fera arrêter tout journaliste qui l’insulterait, en insistant sur ses ordres donnés à la HAC de fermer les radios et à l’agent judiciaire de l’Etat de récupérer les montants dus par les membres de l’URTELGUI.

Comme si ce message était bien entendu, un jour après ces « instructions » du président de la République, la Haute Autorité de la Communication a commencé à montrer ses muscles : la radio Espace Fm est suspendue (le jeudi, 02 novembre) pour une semaine (du 3 au 9), ainsi que ses relais à l’intérieur du pays pour une supposée entorse à la loi qu’un seul journaliste aurait commise dans une des nombreuses émissions de cette radio ! Dans le même ordre d’idées, la télévision privée Evasion écope d’un avertissement…

A rappeler que cette même HAC n’a levé le moindre petit doit pour s’émouvoir des sévices corporels sur les journalistes à la gendarmerie, encore moins la perte de leurs matériels ou l’acharnement contre le groupe Gangan qui n’a fait que pleurer son défunt journaliste, Alsény Duplex Sylla, décédé après une longue maladie, sans le moindre soutien ni de l’Etat, ni d’aucune autre institution…

En réalité, beaucoup de journalistes guinéens estiment que la situation actuelle est tellement grave qu’une petite marche est comme une goutte dans l’océan d’injustice et de brimade dont ils sont victimes. Et, si on ajoute l’excès de zèle de certains commis de l’Etat quand ils reçoivent directement les ordres du président de la République, sans intermédiaires, on a raison de nous inquiéter pour l’avenir de ce métier sous le magistère du professeur Alpha Condé.

Sous d’autres cieux, même le refus catégorique et injustifié de la délivrance des fréquences à ceux qui en désirent devait susciter une protestation. C’est au regard de tous ces manquements que des confrères soupçonnent certains responsables des associations de presse d’être complices de ces dérives par leur passivité…

Bref, la marche d’aujourd’hui, mardi 07 novembre 2017, organisée par les Hommes des médias contre cette volonté de museler la presse, exprimée au plus haut sommet de l’Etat ne concerne pas que les amis et proches des groupes Espace, Gangan, Evasion ou des journalistes blessés à la gendarmerie de Matam. Ce sont tous les journalistes et d’ailleurs tous les militants de liberté et de la démocratie en République de Guinée qui devraient se retrouver pour crier en cœur : Halte à la dérive et vive la liberté !

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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