Par Faty Diallo : Comme tout le monde, c’est avec effroi que j’ai appris l’assassinat de Cherif Ibrahima de Sagalé dans des circonstances dignes d’un film de polar. Si plusieurs questions restent encore en suspens, notamment en ce qui concerne le véritable mobile du crime, c’est surtout la gestion de toute cette affaire par les autorités qui m’intrigue au plus haut point.

En effet, au-delà des incohérences sur l’identité et les motifs supposés du présumé assassin, comment expliquer que ce soit un ministre de la république « sur ordre du président de la république » qui annonce publiquement le transfert du suspect ?

Comment un président, premier magistrat de la république, garant de l’indépendance des institutions publiques et de la séparation des pouvoirs, peut-il s’ingérer dans un dossier de justice ?

Je ne suis ni juriste, ni fin connaisseuse des lois de la Guinée, mais je trouve cette situation tellement invraisemblable que je ne peux m’empêcher de la dénoncer publiquement. Comment expliquer un tel mélange des genres, alors que la séparation des pouvoirs exécutifs et judiciaires est le fondement même d’un État de droit ?

D’ailleurs, pendant que tous les projecteurs étaient braqués sur cette histoire surréaliste de transfert du suspect à Conakry, plusieurs témoins clés se sont manifesté pour donner des informations précises sur l’itinéraire du présumé assassin. Ont-ils été interrogés ? Je laisse à chacun le soin de répondre à cette question. De plus, si comme l’ont affirmé certains, la piste djihadiste est privilégiée, pourquoi n’accorde-t-on pas toute l’attention requise à une menace aussi sérieuse que le terrorisme ?

Et, le comble dans toute cette affaire digne d’un film d’Hollywood, c’est quand on apprend que le suspect serait décédé après son transfert à la prison civile de Conakry, et là encore, dans des circonstances tellement nébuleuses qu’on a l’impression de nager en plein délire.

Conclusion : étant donné que le seul suspect de ce crime sordide est décédé, il ne reste plus qu’à renvoyer toute cette affaire aux oubliettes en attendant qu’une véritable justice soit instaurée en Guinée. D’ici là, le pauvre citoyen lambda peut toujours continuer à se réfugier dans sa résignation et son fatalisme habituels, dans l’espoir de lendemains meilleurs.

Faty Diallo est mariée et mère de deux enfants. Diplômée de l’université de la Sorbonne-Nouvelle, elle est spécialiste bilingue en marketing et communication. Elle a travaillé plusieurs années en Guinée avant de s’installer au Canada en 2010.

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