Il est de coutume, tous les 31 décembre, que les chefs d’Etat ; Rois ; Premiers ministres, etc. de par le monde, prononcent un discours pour se réjouir de ce qui a fait la satisfaction de leurs concitoyens et prendre note de ce qui a été leurs frustrations dans le processus de construction et de consolidation des acquis dans la chaîne de développement au plan politique, économique, social, technologique … de la nation.

En Guinée, dans la soirée d’aujourd’hui, 31 décembre 2017, le président de la République, Alpha Condé, va à nouveau se soumettre à cet exercice pour la 8ème fois de sa vie. Peu avant cette épreuve, nous avons estimé bon d’écrire notre part d’attentes du contenu de ce discours. Notre but, sans prétention ni arrière-pensée aucune, est d’attirer l’attention du Chef de l’Etat sur ce qui devrait constituer la trame de son discours et qui, de notre avis, est la synthèse des préoccupations essentielles des Guinéens dans leur écrasante majorité.

Dans ce discours, le président de la République devrait tenir compte : premièrement, de la dimension politique. A ce titre, il doit se réjouir d’avoir engagé la Commission électorale nationale indépendante en fixant par décret publié le 04 décembre 2017, la date de l’organisation des élections communales le 04 février 2018. Même si la fluidité annoncée pour le décaissement du budget électoral laisse à désirer. Qu’à cela ne tienne, les Guinéens iront aux urnes le 04 février 2018, sauf changement de dernière minute.

Il y a aussi à féliciter les acteurs politiques – toutes tendances confondues- pour leur maturité politique, leur sens de responsabilité à dialoguer, même sans table quelques fois lorsque la paix et la sécurité sont en péril. Cette reconnaissance des efforts des uns et des autres permet progressivement de construire la démocratie et civiliser les rapports entre pouvoir et classe politique. Toute chose qui évite la radicalisation et la violence du discours politique.

Deuxièmement, sur le plan social, le président Alpha Condé doit aller au-delà des effets d’annonce. Il doit rassurer les acteurs sociaux, les syndicats par donner des signaux forts dans l’application des différents accords qui sont souvent source de grève. Et donc de bruit. Même s’il faut reconnaître que la grève passée, menée par le désormais célèbre Aboubacar Soumah, n’a été que du gâchis ! Au moins deux Guinéens tués, des milliers de blessés, des cours scolaires et universitaires perturbés pendant trois longues semaines pour rien. Au finish, Aboubacar Soumah et Compagnie n’ont rien obtenu du pouvoir. « Tout ça pour ça », est-on tenté d’écrire…

Troisièmement, sur le plan économique, l’on s’attend à ce que le président Alpha Condé annonce l’ouverture de grands chantiers suite à la conclusion de l’accord-cadre avec la Chine d’une enveloppe de 20 milliards de dollars ; et, l’autre fonds de 21 milliards d’euros issu des intentions de financement du plan national de développement économique et social 2017-2020 annoncé les 16 et 17 novembre 2017 du côté de l’Hexagone. On attend d’Alpha Condé qu’il annonce que 2018 sera une année pendant laquelle on ne parlera qu’économie, croissance, etc. Même si, par ailleurs, 2018 a un agenda politique tourné vers l’organisation des élections législatives, après les locales du 04 février.

Dans ce sillage, on s’attend à ce que tous les projets économiques, y compris dans le domaine minier dont la mise en œuvre est prévue en 2018, démarrent effectivement à bonne date. Si cela est, des milliers de jeunes auront des emplois et du coup, l’on sera moins confronté aux jets de cailloux et économisera beaucoup de ressources allant dans l’approvisionnement de nos forces de sécurité en gaz lacrymogène, carburant …

Quatrièmement, le chef de l’Etat doit siffler la fin du harcèlement des médias dont certains de ses collaborateurs raffolent : on peut aussi être craint parce qu’aimé (contrairement à l’assertion de Machiavel : « le Prince doit être aimé parce que craint… ») ! Evidemment, les actions attendues auront plus d’échos dans l’opinion avec une détente entre les pouvoirs publics et les médias que celles qui seront posées dans un autre contexte. On le sait, des taxes imposées sur les maigres ressources des médias, même payées à temps et en intégralité, ne représenteront qu’une infime partie des dépenses d’une journée de manifestation par exemple. Dans ce cas, pourquoi créer le doute dans la tête des journalistes et s’aliéner ceux-là même dont le soutien est indispensable si on veut faire des résultats ? Et, à propos, on devait plutôt exiger des grandes entreprises et grands établissements publics de communiquer un peu plus par la publicité par exemple en soutenant de cette manière les médias.

Enfin, cinquièmement, le président Alpha Condé, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine, devrait mettre les dirigeants africains devant leur responsabilité sur les questions d’immigration des jeunes en quête désespérée d’Eldorado. Il devrait dans ce cadre, mettre l’occasion à profit pour annoncer des initiatives fortes allant dans le sens de mettre fin à l’esclavage en Libye.

Ismaël Camara (guineetime.com) et Nouhou Baldé (guineematin.com)

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