Poursuivis par l’Etat guinéen et une ONG de protection des animaux protégés, les prévenus Lacinet Kourouma et Momo Mansaré ont comparu hier, Mardi 16 Janvier 2018, devant le tribunal de première instance de Mamou où ils ont répondu des accusations de capture, de circulation et d’abattage d’espèces animales sauvages intégralement protégées. Des faits que les prévenus ont reconnus, tout en implorant le pardon du tribunal, rapporte le correspondant de Guineematin.com à Mamou.

Arguant qu’ils ignoraient qu’une loi protégeait les chimpanzés en Guinée, les deux prévenus n’ont cessé de répéter : « C’est l’ignorance. Si on savait, on n’allait pas faire ça ». Autrement, ils n’étaient pas informés de l’existence d’une loi qui interdit la capture, la détention, la circulation et l’abattage des chimpanzés, qui fait d’eux des espèces intégralement protégées en République de Guinée.

En effet, les faits reprochés à Lacinet Kourouma et Momo Mansaré remontent au mois de décembre dernier, précisément du mercredi 20 décembre 2017, à Sogorayah, dans la sous-préfecture de Ourékaba, une localité située à 65 km de la commune urbaine de Mamou. Ce jour-là, les prévenus avaient capturé, ligoté, tué et transporté des chimpanzés avant d’être arrêtés par les gardes forestiers de ladite localité.

Sur les circonstances de la commission des faits, Lacinet Kourouma a expliqué au tribunal que l’année dernière, des chimpanzés s’étaient attaqué et détruit ses riches de miel. « C’est pourquoi, quand j’ai été alerté cette fois-ci sur la présence des chimpanzés sur mes riches, j’ai pris mes lances pierres et une meute de chiens pour aller à leur encontre », a-t-il dit, précisant que, une fois sur les lieux, il a effectivement trouvé que les chimpanzés ont entourés ses riches. « Je les ai dispersés, mais il y avait une mère (chimpanzé) et ses petits parmi le groupe. Je les ai pourchassés et rattrapés. Ensuite j’ai ligoté un petit (chimpanzé) avec l’aide des chiens », a-t-il indiqué.

Poursuivant sa déposition, Lacinet Kourouma a expliqué au tribunal que ce sont les cris qui ont alerté son ami (Momo Mansaré) qui est allé lui prêter main forte, face aux groupes de chimpanzés qui rodaient autour de lui. « Il y avait beaucoup de cris provenant des chimpanzés, de la meute de chiens et moi-même. Momo est venu avec un fusil pour s’interposer entre les chimpanzés et moi. C’est lui qui a ouvert le feu sur la mère chimpanzé », a-t-il confié.

Des propos confirmés par Momo Mansaré qui précise qu’il ne savait pas que sa victime était une nourrice. « Quand j’ai tiré, les chimpanzés ont fuit. Ensuite, j’ai vu un autre chimpanzé (une mère) se coucher. Quand je me suis approché de lui, j’ai découvert qu’il a été atteint au bas ventre. C’est en suite que j’ai su que ce chimpanzé était nourrice », s’est-il défendu.

Dans les débats, il a été ressorti que les prévenus avaient tué deux chimpanzés. Une mère (qui a été fusillé) et sa petite (qui a été ligoté et torture). Cette dernière aurait succombé de ces blessures dans les mains des gardes forestiers qui ont arrêté les deux prévenus, après leur forfait.

Un autre bébé chimpanzé qui a été pris dans les mains de Lacinet Kourouma et Momo Mansaré se trouve actuellement au parc (centre de conservation des chimpanzés) de Faranah.

Selon l’ONG qui s’est constituée partie civile dans ce procès, ce bébé chimpanzé avait eu un bras cassé. Pour son entretien, l’avocat de l’ONG a confié qu’il faut 18 millions de francs guinéens par an. Me Mamadou Aliou Diallo a précisé, sous l’avis de ses clients, que ce bébé chimpanzé devrait rester 40 ans dans ce parc. « C’est après qu’il sera libéré pour rejoindre les autres chimpanzés en brousse. C’est pourquoi, nous demandons 800 millions de francs pour le préjudice subit par l’ONG. Ce montant couvrira la période (40 ans) d’entretien de ce bébé chimpanzé », a-t-il plaidé.

Quant à l’agent judiciaire de l’Etat, qui représente dans ce procès la direction des eaux et forêts à travers le ministère de l’environnement, il a tout d’abord dénoncé le tort causé à l’Etat par les prévenus et des individus qui font du trafique de chimpanzé leur activité quotidienne. « Ces prévenus ne savent même évaluer le préjudice qu’ils font subir à l’Etat. À cause de ces individus, la guinée est devenu la plaque tournante du trafique de la criminalité faunique. Rien qu’en 2013, 130 chimpanzés ont transité par la Guinée qui se trouve maintenant sous les sanctions d’organisations internationales », a dénoncé Me Hassane Kaba, qui parle d’un réseau internationale de trafique de chimpanzé et d’une complicité au sommet de l’Etat guinéen. « Ces faits ont été commandités par des barons, des personnes qui sont tranquillement assis dans l’ombre. Il y a même une complicité au sommet de l’Etat que nous représentons ici », a-t-il dit dans ses plaidoiries.

Par ailleurs, Me Hassane Kaba a demandé 250 millions de francs guinéens pour les dommages et intérêts de l’Etat guinéen.

Dans ses réquisitions, le ministère public est largement revenu sur les faits avant de demander au tribunal de condamner les prévenus à un an de prison et au payement de 150 mille francs d’amende.

Finalement, le président du tribunal de première instance de Mamou, monsieur Sidiki Kourouma a renvoyé l’audience au 30 Janvier prochain pour le délibéré.

De Mamou, Keïta Mamadou Baïlo pour Guineematin.com

Tél. : 622 97 27 22

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin