Près d’une semaine après les élections locales du 04 février dernier, les habitants de la commune rurale de Banguigny, située à environ 56 km de la ville de Fria, connaissent les résultats de ce scrutin au niveau local. L’UFDG remporte la mairie locale avec 6 sièges, suivie du RPG qui a 4 sièges et l’UDG qui a 1 siège. Mais, sur place, c’est surtout le comportement du sous-préfet à l’occasion de ces élections qui retient les attentions. C’est en tout cas ce qu’a constaté un envoyé spécial de Guineematin.com dans cette sous-préfecture.

Avec une population de 10 475 habitants, la sous-préfecture de Banguigny dans la préfecture de Fria est un bastion de l’UFDG. Mais à l’occasion des élections locales du 04 février dernier, le sous-préfet Lancei Kourouma s’est donné pour objectif d’inverser cette tendance. Il aurait violé le principe de neutralité de l’administration dans les élections en allant battre campagne pour le RPG Arc-en-ciel, il se serait ensuite permis de passer dans les bureaux de vote le jour du scrutin pour intimider les électeurs, et aurait même giflé un jeune dans un bureau de vote. C’est ce que nous a confiés Mamadou Lamarana Diallo, président du district de Banguigny Centre.

Mamadou Lamarana Diallo, président du district de Banguigny Centre

« Les élections se sont déroulées dans le calme et la sérénité ici. C’est seulement le sous-préfet qui ne s’est pas bien comporté à l’occasion de ces élections. Parce qu’on nous avait dit que ni le sous-préfet, ni le président de la commune rurale, ni les présidents des districts ne doivent battre campagne. Mais lui, il est sorti faire campagne jusqu’au jour du scrutin, il est passé ensuite dans les bureaux de vote pour menacer les gens, il a même giflé un jeune dans un bureau de vote dans la localité de Tossokèrè. Les jeunes ont voulu répliquer mais le président du district et les sages se sont interposés en leur disant de laisser tomber. Parce qu’ils ont compris qu’il voulait créer des incidents pour faire annuler peut-être les votes puis que cette sous-préfecture est un fief de l’UFDG, et lui, il voulait que le RPG gagne ».

Le président du district de Banguigny centre accuse également le sous-préfet de ne pas respecter les vieux et sages de la localité.

Lancei Kourouma, sous-préfet de Banguigny

Des accusations bottées en touche par le sous-préfet que nous avons rencontré à son bureau. Selon Lancei Kourouma, c’est la rigueur qu’il a imposée dans la gestion de la collectivité qui lui fait des ennemis : « Quand je suis arrivé ici en mai 2017, j’ai trouvé que l’Etat n’existait pas à Banguigny. J’ai trouvé qu’il y a une gabegie financière qui ne dit pas son nom à Banguigny. Les montants qui sont alloués à la collectivité sont détournés par des individus, soi-disant autorités locales. Donc, je me suis mis à l’œuvre pour mettre un terme à cette situation. J’ai organisé un conseil administratif sous-préfectoral, qui a connu la présence de toutes les parties prenantes. J’ai dit à cette occasion que je suis venu pour le développement de Banguigny, ceux qui veulent aller avec moi et avec le Professeur Alpha Condé on travaille ensemble, ceux qui ne veulent pas qu’ils démissionnent alors. Entre temps, on a reçu 62 500 000 francs de l’Etat pour les deux derniers trimestres de 2017, ils ont voulu bouffer cet argent aussi mais je me suis opposé, j’ai dit d’utiliser ce montant pour rénover les bureaux et la résidence du sous-préfet. Depuis ça, ils sont contre moi », explique le sous-préfet, qui dénonce aussi l’ethnocentrisme, l’égoïsme et le népotisme à Banguigny. Des fléaux qu’il est en train de combattre depuis son arrivée dans la sous-préfecture, assure-t-il.

Lancei Kourouma, sous-préfet de Banguigny

Au cours de notre entretien, Lancei Kourouma finit toutefois par reconnaître avoir battu campagne pour le RPG. « Depuis le temps du premier régime jusqu’à maintenant, un parti au pouvoir n’a jamais remporté une élection à Banguigny, ici, c’est le fief de l’opposition et c’est une communauté à majorité peulh. Donc, à chaque élection, le parti au pouvoir se retrouvait avec un score n’excédant pas les 5%. Mais, grâce à mon arrivée ici, cette fois-ci, le RPG a eu 745 voix et l’UFDG qui a l’habitude de tout rafler ici a eu 926 voix ; donc, cette fois, l’écart est faible contrairement à ce qu’on connaissait ici avant », a-t-il fait remarquer.

Et, quand on lui demande qu’est-ce qui explique cette remontée historique du RPG à Banguigny, voici ce qu’en dit le sous-préfet : « C’est dû à la campagne, non plutôt à la tournée que j’ai menée dans tous les districts de la sous-préfecture. Y’a des districts ici, des gros villages où un chef n’avait jamais mis pied, tel que à Doundoukourou dans le district de Toulel. Moi j’ai été jusqu’aux confins de Banguigny pour prôner l’esprit de la paix, du développement, faire revenir les gens à la raison, leur dire de rester derrière le pouvoir parce que seul l’Etat est fort, l’opposition ne peut pas faire quelque chose pour eux. Les gens ont accepté et ils m’ont accompagné, c’est ce qui fait que y’a eu ce changement ».

Banguigny, une sous-préfecture à problèmes

En plus de cette collaboration loin d’être bonne entre le sous-préfet de Banguigny et les élus locaux, il faut dire que cette localité fait face à toute une série de problèmes qui rendent très difficiles la vie de ses habitants.

Mamadou Lamarana Diallo, président du district de Banguigny Centre

« Notre première et grande difficulté ici c’est le problème de route. Vous avez quitté Fria pour venir ici, vous avez sans doute pu vous faire une idée sur l’état de notre route. Vous avez-vous-mêmes constaté combien de fois elle est mauvaise et combien de fois nous souffrons pour nous déplacer. Et cette route que vous avez vue, peut être considérée comme un goudron par rapport à celle qui mène à Horè Para qui se trouve un peu plus loin. En plus, le problème de nourriture aussi est entier ici en saison hivernale, parce que les productions agricoles ne sont pas suffisantes. Généralement, les gens mangent ce qu’ils ont produit pendant la saison sèche. Quand la pluie commence à tomber, ça trouve qu’ils n’ont plus que la semence, donc ça aussi c’est un véritable problème. On a aussi un manque d’enseignants, on ne nous affecte pas suffisamment d’enseignants. En plus, ceux qui sont affectés ici, ne durent pas le plus souvent. Quand ils arrivent, ils voient la situation d’ici, la plupart s’en vont et ne reviennent plus », témoigne le président du district de Banguigny Centre.

Des problèmes sur lesquels Mamadou Lamarana Diallo interpelle le gouvernement : « Nous demandons au gouvernement de penser à nous aussi, de nous aider à sortir de cette misère. Actuellement, ce sont eux que Dieu a mis à la tête du pays, donc ce sont eux qui doivent aider la population à avoir une vie meilleure. Donc, nous leur demandons de nous aider en premier lieu à avoir une bonne route. Si on a la route, nous pensons que ça nous facilitera beaucoup de choses ici », a plaidé le président du district de Banguigny Centre.

Alpha Fafaya Diallo, envoyé spécial de Guineematin.com à Banguigny

Tel. 628124362

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin