Les résultats des élections locales continuent de faire grincer des dents au sein de la classe politique guinéenne, notamment dans les rangs de l’opposition. C’est le cas de l’UFDG qui dénonce les résultats de la commune urbaine de Kindia entre autres. La tête de liste du principal parti d’opposition du pays dans cette commune, n’exclut même pas de faire recours à la rue pour défendre ses suffrages. Il l’a fait savoir lors d’une interview accordée à Guineematin.com, votre quotidien électronique.

Décryptage !

Guineematin.com : Les Guinéens ont voté le 04 février dernier pour élire leurs conseillers communaux. A Kindia, les résultats officiels vous mettent au coude à coude avec le RPG, mais vous contestez ces résultats. Dites-nous qu’est-ce qui s’est passé ?

Abdoulaye Bah : Nous n’avons pas eu réellement des élections communales. Ça ne permet pas aux Guinéens de choisir leurs conseillers communaux. A l’instar de toute la Guinée, à Kindia, le pouvoir en place avec son parti, le RPG Arc-en-ciel, ont complètement tripatouillé ces élections. Voici ce qui s’est passé : premièrement, nous avons l’implication insolente des ministres d’Etat, en la personne de monsieur Oyé Guilavogui, monsieur Cheick Taliby Sylla plus madame le gouverneur de Kindia, Hadja Sarangbé Camara et le député uninominal, Demba Fadiga, ainsi que d’autres personnes qui sont venues dans les bureaux de vote. En commençant par Féréfou 1, Féréfou 2, ils ont voté sans cartes d’électeurs. A chaque fois qu’ils viennent dans un bureau de vote, ils font voter une dizaine de personnes avec les gardes du corps, les chauffeurs et tous ceux qui sont dans leurs véhicules. Ils étaient dans un cortège de 12 véhicules et ça s’est prolongé jusqu’à Abattoir 1, Abattoir 2, Sarakolléah, Manquez-pas, Condéta 3, Condéta mosquée. Ils ont fait plus  de 25 bureaux de vote en votant sans cartes d’électeurs et sans que ces gens ne soient arrêtés à Kindia. C’est criminel ! Il y a eu aussi des bourrages d’urnes dans certains quartiers de la part des chefs de quartiers acquis à la cause du RPG. Egalement, des cartes d’électeurs qui n’ont pas été restituées ont été utilisées pour faire voter des enfants, notamment à Abattoir 1 chez le chef de quartier, N’Doungou Kéïta alias Gold boy et à Sarakolléah chez le chef de quartier Fofana ; mais aussi, en banlieue où vous avez le nombre de votants qui est supérieur au nombre d’inscrits dans la centralisation. Ce sont des éléments que nous avons relevés sur le terrain avec mon huissier, Maître Cécé Haba et mon avocat, Maître Aboubacar Sylla.

Au niveau de la réception des courriers, ils ont mis des gens qui étaient là pour repérer les PV venant de mes fiefs comme à Sambaya où j’ai eu 2140 voix et le RPG 350 voix. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? A chaque fois qu’ils trouvent que j’ai un score supérieur, il y a des gens à la réception qui déchirent le bas de l’enveloppe pour qu’elle soit écartée. C’est comme ça qu’on est arrivé à écarter plus de 40 enveloppes volontairement. L’autre problème est que j’ai eu à Soliya 1301 voix et le RPG 138 voix. Vous avez à Filigbé 1258 et le RPG 69, à Fimania 1088 pour l’UFDG malgré qu’il y avait des bureaux de vote dans trois maisons privées, ils ont eu 344. A Thierno Djibia où ma maman est née, j’ai eu  1100 voix et le RPG a 150 voix. Dans mon quartier Wondima, un quartier d’origine Malinké, j’ai eu  1770 voix et le RPG a eu 260 voix. Alors, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Voyant ces résultats, ils ont été traumatisés et ont saboté les enveloppes. Leur plan ‘’B’’, c’est de saboter les enveloppes favorables à l’UFDG pour diminuer le score à la centralisation. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec 40 enveloppes endommagées, 14 enveloppes disparues alors qu’elles ont été enregistrées à la réception, puisque ceux qui sont venus les déposer ont reçu leurs primes et signé.

Au niveau de la réception, il y a eu deux personnes infiltrées : monsieur Solomady Diané, un cadre communal et monsieur  Idrissa Touré, un cadre préfectoral. Ils ont été envoyés là-bas alors qu’ils n’avaient aucun droit, aucun statut pour y être. C’est par après qu’on a appris que c’est eux qui étaient à la réception des courriers. Donc, nous avons compris que le RPG les a envoyés en tant qu’espions pour pouvoir repérer les enveloppes de mes fiefs parce qu’ils sont de Kindia et ils connaissent les quartiers qui sont acquis à l’UFDG. Voilà comment on a perdu 57 enveloppes. Tout calcul fait, nous avons 40 PV endommagés et écartés, 3 PV dont les résultats sont exprimés en pourcentage alors qu’ils devaient être en chiffre, 14 PV non retrouvés. Ce qui fait un total de 57 PV écartés. Ces PV écartés sont 47 dans les quartiers et 10 dans les districts. C’est ce qui fait pour les quartiers 4660 voix et les districts 567, soit un effectif total de 5230 voix perdues pour ce cas.

Guineematin.com : Au total, vous avez perdu combien de voix lors de ces élections à Kindia?

Abdoulaye Bah : J’ai perdu 1172 voix au total.

Guineematin.com : Cela pouvait donner combien de sièges à l’UFDG?

Abdoulaye Bah : Tout calcul fait, ça pouvait nous donner trois conseillers parce que dans les 57 PV, vous avez 5172 pour l’UFDG et 3376 pour le RPG. Quand on fait la différence, il resterait 2800 et quelques voix. Avec le plus fort reste, ça nous donneraient trois conseillers de plus. Eux, ils ont au total 15 conseillers avec 17756 voix. Ils m’ont volé 3 conseillers pour se donner 2 conseillers de plus pour avoir 17 sièges. Ils ont attribué à la liste de l’UNED qui n’a rien eu, 1 conseiller. UNED a eu 561 votants et n’est pas avec le plus fort reste. Voilà comment ils ont fait à Kindia. Le résultat a été contesté au tribunal et malheureusement, le juge Saïdou Diallo, a confirmé les résultats, malgré qu’il a reçu les preuves avec les PV contestés.

Guineematin.com : comment ils sont parvenus à faire tout cela alors que vous aviez vos représentants dans les commissions ?

Abdoulaye Bah : Ils l’ont fait parce que qu’ils ont vu que le RPG est complètement démasqué et désavoué à cause de la mauvaise gouvernance  de monsieur Alpha Condé et de son gouvernement. Maintenant, ils ont eu peur que cela ne se traduise par les urnes. Or, dans la démocratie, on sanctionne par les urnes et non par les armes. C’est dans les pays non démocratiques qu’on prend les armes pour sanctionner ceux qui gouvernent mal ou qui violent les lois de la nation. La démocratie remplace les régimes arbitraires, les régimes de la violence par les régimes de loi. Donc, on sanctionne un parti politique qui a mal gouverné dans les urnes. Il faut l’accepter et on appelle ça un vote sanction en sciences politiques.

Maintenant, au niveau de la centralisation, il faut savoir que les magistrats étaient téléguidés, ils sont du système. Ils étaient là pour privilégier la liste du RPG qui n’avait même pas de tête de liste. Ce qui est encore un grand problème. Donc, tous ces gens viennent pour privilégier le RPG à travers ces élections. Nous, on avait des délégués dans les bureaux de vote où en principe, il n’y a pas eu de grand problème sauf dans ces quartiers dont je viens de citer. Ils n’ont pas voulu dans les bureaux de vote où en cours de route, soutirer et remplacer les enveloppes par d’autres. Cette fois-ci, on a cerné parce qu’à Kindia, j’avais 500 jeunes, filles et garçons qui ont été répartis sur les 279 bureaux de vote. Ce qui fait qu’ils n’ont pas pu voler massivement lors du vote où au niveau du transfert des PV. C’est au niveau de  la centralisation qu’ils ont monté le plan ‘’B’’ en envoyant les magistrats ; mais également, des gens qui ont infiltré la centralisation avec l’étiquette de la CEPI.

Guineematin.com : Vous n’aviez pas de représentants à la centralisation ?

Abdoulaye Bah : Selon la loi, les représentants des partis au niveau des commissions de réception et de centralisation sont tirés au sort. Nous à Kindia, on n’a pas eu la chance d’être tiré, ni le RPG, ni l’UFDG. Mais, sachez qu’on a eu NFD et UNED à la centralisation. UDG et UNED à la réception des PV. Qu’est-ce qui s’est passé pour que cela arrive ? C’est là où la question se pose parce qu’ils étaient censés représenter les partis politiques. Si on avait l’UFDG au niveau de la centralisation et au niveau de la réception, évidemment ce dernier allait s’imposer.

Guineematin.com : Vous pensez que ceux qui ont représenté les partis politiques à la réception et à la centralisation ne vous ont pas défendus ?

Abdoulaye Bah : Ils n’ont pas défendu les partis politiques or, le tirage au sort, c’est pour éviter qu’il y ait une panoplie de délégués à la réception et à la centralisation dans l’espoir que ceux qui sont tirés au sort soient des représentants de tous les partis politiques. Mais, c’est un système qui a été monté pour sauver le RPG de la honte nationale parce que l’urne allait l’humilier et montrer qu’en démocratie, on sanctionne par les urnes et non par les armes.

Guineematin.com : Jusque-là qu’est-ce que vous avez fait sur le terrain, concrètement ?

Abdoulaye Bah : D’abord, nous avons récusé les résultats provisoires qui nous mettaient coude à coude avec le RPG (17 sièges pour chacun), ce qui est faux. A Kindia, je rappelle que même les militants du RPG ont voté pour moi parce que j’ai travaillé (en tant que président de la délégation spéciale de la commune). J’ai eu la ville la plus propre de la Guinée selon la CTB (Coopération Technique Belge) et l’Union européenne. Actuellement, il y a 2 millions d’euros destinés à Kindia qui sont couchés pour m’aider parce qu’ils ont vu que j’ai mis la main dans la boue. Ça c’est des acquis. Donc, je suis plébiscité à Kindia. Le RPG ne peut pas avoir même 15 sièges. Tout ça ce sont des manigances.

Nous avons commencé par la loi à savoir introduire une requête au tribunal de Kindia. Malheureusement, le juge n’a pas analysé nos preuves. Ce qui  est dommage parce que nous avons déposé, comme la loi le demande, notre avocat, Maître Aboubacar Sylla a déposé la requête le vendredi, lendemain de la publication des résultats provisoires. Le lundi qui a suivi, j’ai déposé 27 PV retrouvés sur 41. Et  le juge n’a pas tenu compte de ces PV. Il avait déjà tranché ce même lundi et a sorti la décision le mardi soir. Donc, il nous a trompés lui aussi parce que quand on a regardé la décision, on s’est rendu compte que c’est depuis le lundi qu’il a décidé alors qu’il nous avait dit que c’est le mardi.

Aujourd’hui, nous sommes en train d’expliquer ce qui s’est passé à Kindia pour montrer qu’il n’y a pas que Conakry et Dubréka qui sont concernés par cette mascarade électorale qui est une honte nationale. Ensuite, nous avons fait un rapport circonstancié sur tout ce que j’ai expliqué. Nous l’avons distribué à plusieurs institutions internationales. Nous avons également le PV de l’huissier de justice avec lequel j’étais et qui a constaté ce qui s’est passé à Kindia. Tous ces documents ont été produits pour pouvoir être transférés au niveau des ambassades des puissances occidentales, notamment l’Angleterre, les Etats Unis, la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique, le Japon, etc.  On a distribué un rapport et tous ces PV de l’huissier et des avocats pour prendre à témoin ces puissances qui financent les élections en Guinée. Egalement, nous avons déposé beaucoup de documents, au niveau de l’UE, de l’UA, les Nations Unies, le PNUD, NDI, Amnesty international parce qu’il y a eu des violations des droits de l’homme à Kindia. Nous avons un PV sur l’assassinat d’un de nos citoyens le 05 février. Thierno Alimou Barry, 35 ans et père de 3 enfants a été tabassé à mort avec une matraque au cou et sur le visage. La dépouille est toujours à la morgue de Kindia parce que l’expertise qui a été faite est fausse et nous avons demandé une contre-expertise. On a envoyé aussi ces documents à l’Assemblée nationale parce que le député uninominal de Kindia est de l’Assemblée. Donc, il faut que sa maison mère soit informée de ce qu’il fait au niveau de Kindia. Il n’est pas du tout saint. Il est venu dire aux ministres de voter n’importe où. Il y a une vidéo qui circule aujourd’hui sur le net. Voilà le lobbying qu’on fait pour montrer que ce n’est pas ce que la démocratie prévoit. A cette allure, on n’aura pas une démocratie. Ensuite, nous voulons interpeller les blancs qui mettent l’argent de leurs concitoyens et financer les élections en Guinée pour dire que cet argent n’arrive pas là où c’était prévu.

Guineematin.com : C’est vrai qu’il y a eu assez d’efforts  fournis; mais, dites-nous à quoi on peut s’attendre maintenant ?

Abdoulaye Bah : Le bon sens peut nous guider. Lorsque dans une République, vous avez des lois bien écrites par des députés, des lois destinées à être appliquées dans le pays par les citoyens et pour les citoyens, et qu’un groupe viole ces lois, le bon sens voudrait que ces gens soient ciblés, démasqués et sanctionnés, même si c’est l’Etat. Si c’était un citoyen ordinaire, il doit payer de sa forfaiture et si c’est l’Etat aussi, le peuple doit lui rappeler à l’ordre. Donc, l’affaire n’est pas compliquée. Qu’est-ce qu’on va faire ? Ce sont les votes des citoyens guinéens, dans une démocratie fondée sur des lois qui ont été spoliés, sabotés, volés, tripatouillés et qui ont été répartis entre des citoyens pour lesquels on n’a pas voté. Par conséquent, le peuple qui a voté doit prendre sa responsabilité avec l’élite politique opposante pour rappeler à monsieur Alpha Condé qui est aux affaires et au gouvernement, qu’ils n’ont aucun droit de par Dieu et de par les lois de faire ce qu’ils ont fait contre les Guinéens. Je vous renvoie à l’article 2 de la constitution qui dit que le peuple est souverain. Donc, le peuple prime sur les lois si elles sont injustes. Si les magistrats sont à la solde du pouvoir politique qui viole la loi, qui crée des problèmes à la Guinée, le peuple est au-dessus de la constitution, du président de  la République et des magistrats. On appelle ça de la souveraineté nationale. On ne peut pas faire n’importe quoi dans une République et que les responsables partent dormir sur leurs petites oreilles. Je pense qu’il faut rappeler ces crimes, 400 milliards de francs guinéens ont été investis pour ces élections. Si cet argent avait été reparti dans les 342 communes, on pouvait, à la limite, nettoyer ces communes pendant au moins 6 mois.  Mais, on a fait les élections pour rien alors qu’elles pouvaient permettre à ces mairies et communes d’avoir des élus locaux légitimes, puisque élus par le peuple. Je pense que c’est le peuple de Guinée et de Kindia qui doit se lever pour réclamer son droit à travers ses élites qui vont enclencher le mouvement.

Guineematin.com : En Faisant quoi ? Continuer les dénonciations sur les ondes ou bien faire des manifestations ?

Abdoulaye Bah : On verra bien. Pour le moment, nous sommes dans la posture de l’information, de la communication et de la dénonciation. Maintenant, l’autre volet, c’est-à-dire le volet populaire viendra naturellement. Dans une République, quand les lois sont violées, le peuple a le droit de se lever contre ceux-là qui n’ont aucun droit de le faire. C’est ça en sciences politiques, ce n’est pas moi qui le dit. Dans le monde entier, quand vous avez un président, un gouvernement qui se permettent de violer les lois qu’ils sont censés protéger, le peuple prend sa responsabilité. Donc, on verra si on va accepter d’avoir dans ce pays, un président, un gouvernement, des ministres, des députés qui viennent faire voter des badauds, des enfants dans les quartiers et tripatouiller la démocratie. Le RPG a raté une occasion historique parce qu’ils ne sont pas démocrates et ne le seront jamais. Mais, qu’est-ce qu’ils veulent de la Guinée et des Guinéens ? Il faut que cette question soit répondue parce que le président et son gouvernement doivent faire la promotion de la démocratie. Chaque parti politique qui vient au pouvoir a dans ses missions nationales, de faire la promotion et la consolidation de l’Etat de droit. Si demain, l’UFDG vient au pouvoir et fait ce que le RPG fait, on le dénonce avec véhémence. Aujourd’hui, le RPG et son président ne sont pas démocrates c’est pourquoi on est en train de dénoncer.

Interview réalisée et décryptée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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