Comme annoncé précédemment sur Guineematin.com, l’ancien ministre de la communication, Alhoussény Makanera Kaké, a accordé une interview à notre rédaction, le jeudi dernier, 22 février 2018. Aujourd’hui opposant au régime en place, monsieur Kaké ne manque pas l’occasion de critiquer la gestion de la Guinée sous l’ère du président Alpha Condé. Il a été question de nombreux sujets dans ce long entretien avec le président du FND et élu dans la commune urbaine de Boké : les propos incendiaires du ministre Bantama Sow, la contestation des élections locales, le souhait du ministre Gassama Diaby de voir Bantama Sow répondre de ses propos devant la justice…

Guineematin.com : l’actualité est dominée par cette sortie du ministre des Sports, Sanoussy Bantama Sow à Maréla, dans Faranah. Son homologue de l’Unité nationale, Khalifa Gassama Diaby a menacé de le poursuivre. Comment réagissez-vous à tout ça ?

Alhousseny Makanéra Kaké : c’est une sortie malheureuse, qui ne fait pas honneur non seulement à notre pays, mais aussi au gouvernement qu’il représente. Quand j’ai écouté le ministre Bantama avec ce ton et une certaine vulgarité, c’est des mots qui sont injurieux qu’on ne doit pas dire à quelqu’un, même à votre fils. En dépit du fait qu’il ait appelé à la violence et à la haine, Bantama Sow a insulté. Maintenant, quand on écoute ce que le ministre Gassama dit, ceux qui nous suivent de l’extérieur vont penser que les guinéens ont le même niveau. Ce qui est vrai, il bénéficie aujourd’hui des avantages de ministre, il ne peut pas sortir à l’externe pour faire semblant de combattre le même gouvernement. Il doit savoir qu’il y a le principe de collégialité au sein du gouvernement. Ensuite, quand il parle de poursuivre Sow, je me demande si Gassama Diaby réalise qu’il est ministre de la République. Il n’a aucune qualité de poursuivre même un simple citoyen, en plus forte raison un ministre. Gassama doit comprendre qu’un ministre de la République bénéficie de l’immunité. Il n’est pas jugé par un tribunal ordinaire. C’est seulement la Haute Cour de Justice qui a cette latitude et qui n’est même pas encore mise en place. C’est pourquoi j’ai dit, dès au début de sa communication, Gassama cherche à tromper la population. C’est de la diversion, il ne veut pas s’attaquer aux problèmes réels. Quand un ministre dit qu’il va poursuivre un autre, c’est la preuve que nous avons atteint un niveau de pagaille au sommet de l’Etat, jamais atteint de toute l’histoire de note pays.

Guineematin.com : ce n’est donc pas possible qu’on poursuive Bantama Sow. Gassama Diaby ne pourra pas le faire à votre avis ?

Alhousseny Makanéra Kaké : ce n’est même pas envisageable, ce n’est pas pensable. Il faut être avec le gouvernement de monsieur Alpha Condé pour penser à cela même une seconde. Il ne peut pas, même son président de la République ne peut pas poursuivre Sow.

Guineematin.com : pourquoi Gassama Diaby le dit alors ?

Alhousseny Makanéra Kaké : je pense qu’il y a deux choses. Premièrement, c’est parce que Gassama ne connait malheureusement pas les textes guinéens, même en tant que ministre. Ensuite, il est tellement engagé dans cette comédie-là que la manière manque. C’est ça la vérité. Aujourd’hui, au lieu de faire le tour du monde pour parler de la paix, de la réconciliation, il devrait se poser un certain nombre de questions. Pourquoi aujourd’hui il y a la tension en Guinée ? Pourquoi les gens sont-ils fâchés ? Pourquoi en Guinée il y a la violence ?

Guineematin.com : est-ce que vous vous êtes posé ces questions monsieur Kaké ? Et est-ce que vous avez les réponses ?

Alhousseny Makanéra Kaké : moi, je me pose ces questions et je participe au débat. Aujourd’hui, il y a les tensions parce que primo, il y a un clan qui s’est accaparé de toutes les institutions du pays. Quand vous prenez aujourd’hui le budget de l’Etat, ce budget est géré par un clan. La population guinéenne ne bénéficie pas de plus de 20% de ce budget. C’est une source de tension, ça crée de la frustration. Aujourd’hui, aucun guinéen qui n’est pas membre du clan ne peut prétendre avoir un marché de plus de 20 milliards de francs guinéens, pendant que les amis peuvent bénéficier, avec les entreprises chinoises, des marchés de plus de 500 milliards de nos francs, au vu et au su de tout le monde. La deuxième cause de tensions est liée aux élections. Lorsque les guinéens se lèvent le matin, s’alignent, passent toute la journée pour glisser dans l’urne leurs bulletins pour leur candidat et que certains cadres sans scrupules se donnent la prérogative de considérer comme nul le bulletin là, c’est une source de frustration. Surtout que ce vote annulé n’est même pas un droit, mais un devoir. La Constitution l’a consacré.

D’ailleurs, je voudrais profiter de votre organe pour lacer un appel à tous les guinéens qui sont soucieux de la paix, de l’unité nationale et de l’entente, que nous avons atteint un stade où le pouvoir d’Alpha Condé est entrain d’expérimenter ce qu’on appelle un holdup électoral. Ça consiste à écarter des procès verbaux. Si vous creusez pour savoir le nombre de bulletins qui a été écarté, vous comparez au nombre de bulletins accepté, c’est quasiment moitié-moitié. C’est 55 contre 45. Ils n’ont pris en compte que seulement 45% des voix. Pourquoi fait-on de pareilles choses ? Vous pensez que si quelqu’un met un frein à l’évolution de notre démocratie, il peut amener la paix dans notre pays ? Il ne peut pas y avoir de paix. C’est pourquoi, je dirais que le ministre Gassama a du pain sur la planche. Parce que lui, il est ministre de l’Unité nationale et de la Citoyenneté. Quand les gens sont volés, violentés, leurs biens détruits, la première autorité interpellée, c’est le ministère de la sécurité. Mais, après le département de la sécurité, c’est lui Gassama Diaby qui doit protéger la population dans ses droits. Mais malheureusement, on ne le voit pas là où on doit le voir. Et, je pense en âme et conscience, s’il pense qu’il ne partage plus la même conviction que le gouvernement, la solution la plu facile pour lui, c’est de créer une ONG et partir du gouvernement. Mais, vous ne pouvez pas à la fois, être membre du gouvernement, décider avec le reste des membres du gouvernement, et sortir s’opposer aux décisions de ce gouvernement. Je pense que ça, ce n’est pas réaliste.

Guineematin.com : à votre avis, qu’est-ce qui devrait se passer maintenant ? Parce qu’à un moment, on avait appris que des opposants souhaitaient protester, manifester contre une éventuelle constatée.

Alhousseny Makanéra Kaké : je ne sais pas s’il faut appeler ça fraude. Vraiment, c’est plutôt un holdup. Vous savez, avant on bourrait les urnes, on faisait des votes multiples, de la procuration d’une manière exagérée. Aujourd’hui, on a fait tout ça. Ça n’a pas suffit. Les procès verbaux, en bonne et due forme, sont écartés simplement parce qu’on veut que le RPG soit devant. Donc, il n’y a plus d’élections. C’est pourquoi nous, nous estimons que c’est maintenant ou jamais. Il faudrait bien qu’on soit clair. On a rencontré la société civile le mercredi 21 février pour leur exprimer notre position par rapport à cette question et de voir ensemble quelles solutions, parce que nous estimons que cette société civile peut assurer l’interface entre l’opposition et le gouvernement. Mais, il est inadmissible, inacceptable que les gens votent et qu’on dise que les procès verbaux sont perdus. Si vous prenez le cas de Matoto par exemple, quatre vingt quatre PV ont été considérés comme perdus. Et, quand vous regardez, vous lisez, les procès verbaux perdus, la différence entre l’UFDG et le RPG est de 3000 et quelques voix.

Guinematin.com : comment se sont-ils perdus ? C’est en cours de route ou c’est à quel niveau ?

Alhousseny Makanéra Kaké : non ! Vous savez, dès que les procès verbaux arrivent au niveau des CACV (Commissions Administratives de Centralisation des Votes), il y a un reçu et les PV sont enregistrés. Mais, celui qui devait gérer, c’est un cadre du ministère de l’administration du territoire qui devait les garder. Le lendemain, il dit qu’il n’a pas retrouvé les procès verbaux alors qu’ils ont été préalablement enregistrés. C’est là que les PV ont disparu, à la CACV. On dit qu’on ne sait pas qui l’a fait, mais en réalité, on sait à qui on les a remis. Mais, qu’à cela ne tienne, puis que les acteurs ont leurs copies. Il y a des PV pour la CENI, pour le ministère de l’administration du territoire, au moins un parti politique, les CACV. Mais, je crois qu’Alpha Condé a trouvé la solution la plus facile. Aujourd’hui, on ne cherche pas à frauder parce qu’il n’a pas suffisamment de personnes pour l’aider à frauder. Nous connaissons tellement leur manière de voler, qu’ils ont été calés dans beaucoup de lieux. Ils n’ont pas pu frauder. Si non, chaque parti organisé avait tous les résultats avant 23 heures.

Guineematin.com : maintenant là, qu’est-ce qui va se passer ? Au niveau des CACV c’est terminé, la CENI a donné les résultats définitifs. A quoi peut-on s’attendre ?

Alhousseny Makanéra Kaké : selon la loi, quand les tribunaux rendent leurs décisions sur les recours, c’est en premier et dernier ressort. Mais, c’est la nécessité qui fait la loi. Aujourd’hui, la nécessité est que ces résultats ne peuvent pas être acceptés puisqu’ils ne sont pas acceptables. Jamais l’opposition n’acceptera pas ces résultats. Parce qu’on en a le droit. Nous avons fait un long chemin dans le combat pour l’enracinement de la démocratie. Or, en démocratie, on ne peut enlever aux citoyens le droit de choisir, on ne peut pas trahir leur choix.

La rédaction

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