Comme nous l’annoncions dans l’une de nos précédentes publications, dans la soirée du mercredi 04 avril 2018, Guineematin.com a reçu Alpha Boubacar Bah, responsable de la communication de l’UFDG. Dans notre entretien avec l’opposant, il a été question de la récente rencontre entre le chef de l’Etat et le chef de file de l’opposition guinéenne, de ses attentes des travaux du comité de suivi de l’accord politique et bien d’autres questions d’actualité. En attendant le décryptage complet, nous vous livrons ci-dessous, la deuxième partie de cette interview.

Décryptage (suite) !

Guineematin.com : Certains estiment que le président de l’UFDG se prête au jeu du président de la République. A chaque fois qu’il y a une crise, les deux hommes se rencontrent et font des compromis ; mais, les engagements pris ne sont le plus souvent pas mis en œuvre.

Alpha Boubacar Bah : On fait du tort souvent, non seulement à l’opposition ; mais aussi au peuple de Guinée tout entier. Lorsqu’un président de la République qui doit être digne de confiance de son peuple, lorsqu’il dit quelque chose, il doit respecter sa parole. La parole donnée doit être importante pour un président de la République. En Guinée, on fait les éloges au président de la République qui a des qualités de boulanger, qui roule tout le monde dans la farine. Rouler quelqu’un dans la farine, c’est de lui mentir, c’est de le tromper. Je crois que personne dans notre pays ne devrait se vanter d’avoir des qualités de mentir ou de tromper ses compatriotes, à plus forte raison le président de la République. Un président de la République, lorsqu’il dit, il fait.

Guineematin.com : Monsieur Bah, nous ne sommes pas dans la religion ou dans les affaires sociales. Nous sommes dans la politique où le président de la République s’est rendu compte qu’il y a une situation très difficile, très compliquée, il fallait mettre fin aux manifestations, et là, il a obtenu une trêve. Réussir à obtenir une trêve ce n’est pas rien…

Alpha Boubacar Bah : Il a réussi sur la base des engagements qu’il a pris et il doit être digne de confiance. Le peuple de Guinée doit exiger de son président qu’il soit un homme de parole, un homme qui tient ses promesses.

Guineematin.com : Mais, dans ce peuple, il y a des voix qui s’élèvent et qui vous disent que vous n’avez pas raison de réclamer ces voix, que vous n’avez pas été volés et que vous avez perdu les élections. Vous avez des adversaires politiques qui vous le disent !

Alpha Boubacar Bah : Justement, c’est pour cela que nous apportons les preuves et nous demandons à ce qu’on examine ces preuves. Que l’expert électoral qui est la CENI examine nos preuves, les PV qu’on n’a pas pris comme ça dans la rue et qu’on n’a pas sortis du tiroir. Des PV qui ont été dûment signés par les présidents des bureaux de vote. Parfois, c’est des PV de centralisation…

Guineematin.com : Le débat, ce n’est pas au niveau des preuves ; mais, au rendez-vous pour mettre fin à une crise. Vous pensez qu’à la place du président Alpha Condé, Cellou Dalein aurait mieux fait de refuser une rencontre s’il savait qu’il n’avait pas du tout la possibilité de donner des voix à son adversaire ?

Alpha Boubacar Bah : D’abord, Cellou Dalein n’aurait pas agi sur la CENI pour voler des voix à son adversaire en sa faveur.

Guineematin.com : Est-ce qu’Alpha Condé l’a fait ?

Alpha Boubacar Bah : Bien sûr.

Guineematin.com : Vous avez les preuves ?

Alpha Boubacar Bah : Nous avons les preuves.

Guineematin.com : Que lui-même a instruit la CENI ?

Alpha Boubacar Bah : C’est lui.

Guineematin.com : Vous avez quoi comme preuve ?

Alpha Boubacar Bah : Nous avons les PV.

Guineematin.com : Mais, est-ce que les PV démontrent que c’est Alpha Condé qui a ordonné ?

Alpha Boubacar Bah : C’est lui le président du RPG. Lorsque le fruit vous est favorable, ça veut dire que quelque part, vous êtes complices. C’est pour cela que dans la loi le receleur est puni au même titre que le voleur. Donc, à ce niveau…

Guineematin.com : Vos adversaires vous appliquent cette même théorie en disant que les morts pendant vos manifestations vous permettent de comptabiliser et après, vous vous vantez d’avoir été victimes du régime Alpha Condé ?

Alpha Boubacar Bah : Ecoutez…

Guineematin.com : De la même manière que vous ne pouvez pas accepter qu’on vous le dise, vous n’avez encore pas de preuves en accusant Alpha Condé étant donné…

Alpha Boubacar Bah : Je dis simplement que toutes ces voix volées sont au bénéfice du RPG. On n’a pas soutiré une seule voix de l’UFDG pour la donner à l’UFR, au PEDN ou au BL. Toutes les voix qui ont été détournées…

Guineematin.com : Mais, vous avez dit que vous avez des preuves que c’est Alpha Condé qui… ?

Alpha Boubacar Bah : Mais, c’est lui le président du RPG et c’est le RPG qui bénéficie de ce vol, donc il est receleur. Il est en même temps président de la République. Quelque chose qui est encore anticonstitutionnelle qu’il soit en même temps président de la République et président d’un parti politique.

Guineematin.com : Mais, vous n’avez rien fait pour qu’il quitte la présidence du RPG ?

Alpha Boubacar Bah : Nous avons toujours dénoncé et nous avons fait ce que nous pouvons.

Guineematin.com : On ne vous entend pas sur ce sujet dans les manifestations, on ne vous lit pas sur les banderoles ?

Alpha Boubacar Bah : Si, nous le faisons.

Guineematin.com : Vous n’avez pas organisé de manifestations à cet effet ?

Alpha Boubacar Bah : Nous n’avons pas organisé de manifestations pour qu’il quitte la présidence du RPG ; mais, nous avons protesté ici pour dire que le président viole tous les jours la constitution de notre pays et ce point est un des points que nous avons toujours évoqués. Le président de la République ne devrait pas être président d’un parti politique. Jusqu’à maintenant, il est président du RPG. Pour revenir à la question, il est receleur dans cette affaire. Toutes les voix qui ont été volées ont été données au RPG et le président du RPG est le premier receleur de ces voix et de ces sièges volés.

Guineematin.com : Et, c’est avec lui que votre patron a parlé. Vous pensez qu’il est d’accord qu’il va renoncer ?

Alpha Boubacar Bah : Ça aussi, il faut que nous comprenions que quel que soit le manque de légitimité d’Alpha Condé, quel que soit ce qu’on dira, pour l’instant, il est le président de la République.

Guineematin.com : Il manque de légitimité ?

Alpha Boubacar Bah : Bien sûr, depuis 2010.

Guineematin.com : Comment ?

Alpha Boubacar Bah : Sa légitimité est discutable. En 2010, on ne va pas refaire l’histoire. En 2010, il n’a pas gagné les élections. En 2015, ça n’a pas été une élection dans ce pays, ça n’a été qu’une mascarade d’élection et il a fait son coup KO. De ce côté, il est en manque de légitimité ; mais, je dis encore une fois, malgré ce manque de légitimité, c’est lui qui là et c’est lui pour l’instant qui est le président de la République. Donc, c’est avec lui qu’il faut discuter malheureusement. Cette question me fait rebondir un peu sur lorsqu’on nous dit : l’opposition, vous faites toujours la même chose. Oui ! Cette chose, c’est le moyen que nous donne la loi. Nous sommes une opposition républicaine.

Guineematin.com : La loi vous donne autre chose, vous avez par exemple des députés à l’Assemblée nationale qui peuvent claquer la porte !

Alpha Boubacar Bah : Nous sommes des partis politiques. Nous ne manifestons pas pour renverser un pouvoir ou pour déstabiliser un pouvoir, nous ne manifestons pas pour changer le régime. Nous manifestons pour être entendus. Lorsque nous avons un problème, nous alertons, nous allons vers les médias, nous rencontrons les religieux, la société civile, les partenaires techniques et financiers, on se déplace pour aller à l’extérieur pour alerter. Et, lorsque nous ne sommes pas entendus, nous faisons des déclarations, nous menaçons pour être entendus. En dernier ressort, lorsque nous ne sommes pas entendus, le dernier recours qui nous est donné, c’est les manifestations de rue. Donc, nous allons dans la rue avec toutes les conséquences bien sûr, d’être dans la rue. Nous sommes gazés, nos biens sont vandalisés, nos amis sont tués, d’autres sont emprisonnés.

Guineematin.com : Vous pouvez quitter les mairies et l’Assemblée nationale aussi

Alpha Boubacar Bah : Nous l’avons fait à un moment donné, nous avons boycotté l’Assemblée nationale. Tout ça, ce sont des moyens légaux qui nous sont offerts par la constitution. Lorsque les gens disent qu’il faut aller jusqu’au bout, jusqu’au bout c’est ça. Jusqu’au bout ce n’est pas de renverser Alpha et ce n’est pas de prendre des armes parce que nous ne sommes pas un groupe armé. Donc, tous ceux qui nous demandent d’aller jusqu’au bout, c’est jusqu’à ce qu’on soit entendu. Jusqu’à ce que le président de la République se rende compte qu’il faut discuter avec nous, qu’on règle les problèmes et qu’il faut que nos revendications soient prises en comptes, que les accords politiques soient mis en œuvre. Si tout ça est réglé, nous n’avons aucune raison d’aller dans la rue. Aujourd’hui, nous n’avons fait que suspendre les manifestations et espérons que le président de la République, pour une fois, va nous surprendre agréablement et il va mettre en œuvre ces points d’accord pour que nous sortions de cette crise. S’il le fait, c’est tant mieux, c’est ce que nous souhaitons tous. S’il ne le fait pas, il sera aussi responsable de ce qui va advenir, le seul. Ce n’est ni Cellou Dalein…

Guineematin.com : Vous allez redescendre dans la rue ?

Alpha Boubacar Bah : Mais, bien sûr. Nous allons reprendre la rue. Bien sûr que nous serons amenés en ce moment à repartir dans la rue, manifester et nous aurons démontré notre attachement au dialogue et à la concertation. Nous aurons démontré notre attachement à la paix dans notre pays parce que dès qu’on commence à manifester, nous voyons tout le monde débarquer chez Cellou Dalein pour dire arrêtez au nom de la paix. Même dans les radios, on entend des chansons pour la paix ; mais, lorsqu’on alerte pour dire attention, il y a un problème qui va venir, personne ne nous écoute. Je crois que mieux vaut prévenir que de guérir. Nous avons une chance, Cellou Dalein et ses pairs de l’opposition ont accepté encore une fois de croire aux engagements pris par le président de la République. La balle est dans son camp. S’il veut la paix, que la société civile, les partenaires techniques et financiers, les religieux, que tous soient témoins que la balle est dans le camp du président de la République. C’est à lui d’éviter les crises en respectant les engagements et en veillant à ce que toutes les institutions impliquées dans ces accords fassent leur boulot en tant que clé de voûte et le président, en dernier recours, qu’il fasse en sorte que les institutions de la République acceptent de jouer le jeu et d’aller vers la paix. Mais, s’il ne le fait pas, ce n’est pas nous les responsables de ce qui va advenir.

Propos recueillis et décryptés par Alpha Assia pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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