La Guinée va célébrer demain jeudi, 03 mai 2018, la journée mondiale de la liberté de la presse. Une célébration qui coïncide avec la publication du classement de Reporters Sans Frontières, dans lequel la Guinée recule de trois places.

C’est dans ce cadre que Guineematin.com a donné la parole à Asmaou Barry, présidente de l’APAC (Association des Professionnelles Africaines de la Communication). Pour notre consœur, le bilan de la liberté de la presse en Guinée est mitigé. Il a également été question des actions menées sur le terrain pour l’ancrage de la liberté de la presse, chèrement acquise.

 Guineematin.com : Demain jeudi, 03 mai 2018, c’est la journée internationale de la liberté de la presse. Quel est votre regard sur le respect de la liberté de presse en Guinée ?

Asmaou Barry : par rapport à la situation de la presse en Guinée, c’est que même si tout n’est pas rose, il faut se féliciter, remercier les ainés qui ont travaillé, pour que la jeune génération de journalistes exerce aujourd’hui ce métier dans une certaine liberté. Une liberté qui peut bien entendu être relative… Rien n’est encore parfait, tout est perfectible… Aujourd’hui, nous sommes en 2018, comment les journalistes exercent le travail ? On a tous vu le rapport de RSF, qui n’a pas surpris la presse guinéenne cette fois-ci. Vu ce que les médias, les journalistes ont vécu courant 2017, notamment le dernier trimestre de 2017, il y a des cas de bastonnades, il y a eu des cas d’emprisonnement, il y a eu des poursuites judiciaires, il y a eu des radios fermées, il y a eu des menaces verbales à l’endroit des journalistes. Donc, tous ces faits ne contribuent pas à donner une très belle appréciation de la situation de la liberté de la presse et d’expression en Guinée.

Guineematin.com : quels sont les défis à relever par la jeune génération ?

Asmaou Barry : il y a des chalenges aujourd’hui. Si hier nos ainés, les défis étaient de dépénaliser les délits de presse par exemple, aujourd’hui la nouvelle génération, le défi se situe à deux niveaux.

Premièrement, c’est au niveau de l’accès à l’information. Si toujours on continu à dire que les journalistes sont bastonnés parce qu’ils sont allés couvrir un évènement ou bien il y a eu un incident, c’est parce que tout simplement les journalistes guinéens ont des problèmes à accéder aux sources d’information, aux documents d’information publique. Et ça, c’est du à la classification de la loi sur l’accès à l’information qui a été adopté au même titre que la loi sur la liberté de la presse, et la loi sur la HAC (Haute Autorité de la Communication) qui ont toutes été adoptées par le CNT (Conseil National de Transition). Mais, la troisième sur l’accès à l’information a tout simplement disparu. Et aujourd’hui, les journalistes peuvent arriver dans un endroit et il n’est pas exclu qu’ils soient renvoyés comme des malpropres.  A mon avis, ça c’est un défi pour la Guinée, pour les journalistes guinéens mais aussi pour les citoyens parce que cette loi permet à n’importe quel citoyen de rentrer dans un service public et demander des informations sur un dossier, sur une affaire et de l’obtenir. Donc, si la presse guinéenne arrive à se donner les mains, se battre ensemble pour que cette loi soit déclassifiée, ça serait un grand pas vers la liberté de la presse, un grand pas vers la liberté d’informer les citoyens. Et je pense qu’en ce moment,  lorsque la loi sur la liberté de la presse et la loi sur l’accès à l’information seraient suffisamment vulgarisées, notamment auprès des sources d’informations, mais aussi des populations, peut-être que les incidents liés aux couvertures médiatiques vont diminuer.

A part l’accès à l’information, il y a également le défi qui est d’ordre économique. Aujourd’hui, qu’on ne se voile pas la face, en Guinée le modèle économique des médias n’est pas ce que ça devait être. Nos organes de presse, rares sont ceux qui fonctionnent comme une entreprise de presse, du coup aujourd’hui, ce qu’on constate, c’est un quelqu’un, un journaliste il a deux ordinateurs, une table il crée un organe de presse sans pour autant avoir même les six (6) premiers mois de fonctionnement. Du coup, quand le journaliste arrive, il a des problèmes de fonctionnement, il y a des problèmes de salaire, des problèmes de matériels de travail quelques fois. Du coup, le cadre n’est pas réuni, les conditions ne sont pas réunies pour que le journaliste exerce librement et en toute impartialité. Et ce que cela a comme conséquences, quand le reporter arrive sur le terrain, c’est le gombo on parle, c’est le communiqué final ; ou  alors c’est de céder à certaines tentations à garder certaines informations en échange d’argent. Et comment peut-on lutter contre cet amateurisme-là, contre ce journalisme alimentaire lorsque le reporter à la fin du mois n’a pas un bon salaire ou alors lorsqu’il peut faire trois mois sans être payer, alors lorsque son enregistreur c’est lui qui achète, son matériel de travail  n’est pas disponible quand il voudrait ? Donc, voici autant de facteurs qui font que le cadre économique aujourd’hui des médias doit être revu.

Guineematin.com : aujourd’hui, en tant que présidente d’association de presse, qu’est-ce que vous faites pour permettre aux journalistes de travailler en toute sécurité sur le terrain ?

Asmaou Barry : l’association que je préside n’est pas comme les autres. Moi, je tiens à préciser que celle que je préside est une association de femmes journalistes évoluant dans les médias. Ce qui est différent des autres organisations. Et donc, pour apporter une certaine contribution, nous œuvrons quand-même à la formation des femmes journalistes pour qu’elles puissent avoir la capacité d’exercer ce noble métier qui, quand il est très bien exercé, contribue au changement de l’image même de la corporation. D’ailleurs demain, à l’occasion du 3 mai, nous allons signer une convention de partenariat avec le Centre Internationale de Recherche et de Documentation de Kipé et cette convention de partenariat nous permettra d’organiser une séance de formation par mois pour les membres de l’APAC. Donc, il y aura un expert sur une question donnée qui viendra échanger avec eux sur différentes thématiques qui intéressent le métier de journaliste, mais aussi pour des besoins de reportage, de documentation sur un sujet. Tout ça, c’est une manière d’aider les femmes à faire entendre leurs voix. Donc, nous au sein de l’APAC, voici entre autres ce qu’on fait pour les femmes journalistes.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tel.  (00224) 621 09 08 18

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