Des incendies sont régulièrement enregistrés à Conakry et à l’intérieur du pays, causant d’importants dégâts. Face à cette situation, les sapeurs-pompiers sont très souvent pointés du doigt pour la lenteur de leurs interventions ou pour leur refus d’aller secourir les victimes d’incendies. Qu’est-ce qui explique cette situation ? Pourquoi ce service de protection civile peine à jouer pleinement sa rôle ? Un reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre d’un responsable de ce service pour en parler.

Il n’est l’ombre d’aucun doute que les services publics de protection civile n’assument pas pleinement leur mission qui est celle de secourir les citoyens quand ils sont victimes d’incendies. Lorsqu’ils sont sollicités, les sapeurs-pompiers viennent généralement trop tard ou alors ils ne viennent pas du tout. Alors que leur promptitude aurait pu permettre de limiter les dégâts enregistrés lors des incendies. Et cette lenteur, Amadou Oury Dieng, commissaire divisionnaire de police et directeur général adjoint de la protection civile ne la nie pas.

Toutefois, le responsable la justifie par un certain nombre de facteurs que les gens ne calculent pas souvent : « Je voudrais d’abord à l’entame, demander à la population d’accepter notre apparente lenteur. Le comment ? Avant de nous alerter, quand l’incendie se déclare, l’intéressé essaye lui-même d’éteindre avec l’aide des voisins ; et quand ils ne réussissent pas, ils se rappellent ou l’un d’entre eux se rappelle, ou un passant se rappelle, il nous appelle. Donc déjà, ils ont pris du retard eux-mêmes avant de nous appeler. Maintenant l’alerte reçue, l’équipe ne fait pas trois minutes pour sortir de la caserne. Tout le retard maintenant, c’est dans la circulation.

La circulation étant, avec sirène ou pas, les usagers ne cèdent pas le passage, de fois, il y a même des indélicats qui vous demande de sauter. Mais en matière d’intervention, nous allons pour sauver des personnes et des biens. Est-ce qu’on est autorisé à gâter des biens et blesser des personnes pour aller sauver d’autres ? Non. C’est pourquoi même avec les sirènes, si on ne cède pas, nous conduisons bien en sécurisant les personnes qui sont à bord et sécuriser les usagers de la route. Ensuite quand ils arrivent, les quartiers il n’y a pas d’indication, on te dit c’est à coté de cette mosquée-là, c’est à côté de ce cimetière-là, ou c’est à côté du marché, il n’y a pas de numéro. Donc, quand tu arrives au niveau du quartier, il faut qu’on te montre le cheminement par lequel tu dois passer pour aller là où il y a l’incendie.

Et, de fois quand tu arrives, le véhicule ne peut pas s’approcher même à 100 mètres du lieu d’intervention. Donc, il faut utiliser des tuyaux pour combler, ce sont entre autres problèmes qui causent le retard. Et ensuite, c’est loin ; normalement un service d’incendie et de secours doit être implanté à chaque10 minutes de course, donc à équidistance de minutes de route on devait installer des services de secours et d’incendie. Donc, si quelqu’un quitte à Kaloum, quelqu’un quitte par exemple à Kagbelen, si chacun d’eux fait 10 minutes, là où ils vont se rencontrer-là, on doit normalement installer un autre centre. Parce que si tu donnes à un incendie plus de 10 minutes, c’est pour éteindre désormais, mais ce n’est plus sauver quelque chose », a-t-il expliqué.

A cela s’ajoute une insuffisance des moyens logistiques, indique Amadou Oury Dieng. Interrogé sur le budget du service de protection civile, l’officier indique celui-ci est centralisé. « Ça dépend des moyens qu’on met à notre disposition chaque fois qu’on fait la demande. Pour le carburant par exemple, ce qu’on demande, c’est ce qu’on donne. Mais, on n’a pas un budget fixe à nous, on n’est pas autonome. Nous devrions pourtant l’être, parce qu’au niveau des sapeurs-pompiers, tout est urgent. Imaginez-vous, si il y a un incendie quelque part, on ne peut pas passer par la station pour dire qu’on va prendre du carburant, ni pour dire qu’on va aller chez un vulcanisateur pour prendre du carburant avant d’aller éteindre le feu », a dit le directeur général adjoint de la protection civile.

Il rassure tout de même que des travaux sont en cours pour tenter de remédier à certains de ces problèmes : « Premièrement, nous sommes avec l’appui de nos partenaires européens en train d’élaborer des textes règlementaires, complémentaires aux codes de la construction, de l’habitation, de l’urbanisme, de l’environnement et du travail. Ces principaux textes exigent en tout lieu, quel que soit en tout le lieu : les lieux de travail, les maisons d’habitation, les immeubles à grande hauteur, les commerces, il y a des exigences depuis la conception architecturale, jusqu’au niveau de la construction, les matériaux à utiliser, jusqu’à l’ouverture des portes et le dégagement. Donc, quand c’est du bon matériel qui est utilisé, tout est certifié, contrôlé, il y a aura moins d’incendies », a expliqué le commissaire Amadou Oury Dieng.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

Facebook Comments Box

Commentaires

Guineematin