Dr. Abdourahmane N’djouriah Diallo

Le mois de Ramadan, entamé en Guinée le jeudi dernier, 17 mai 2018, entraîne un changement de régime alimentaire chez les musulmans. Et ce changement peut provoquer des complications si le jeûneur ne choisit pas bien ce qu’il va manger et comment il va le faire. C’est pourquoi, un reporter de Guineematin.com est allé s’entretenir avec Dr Abdourahmane N’djouriya Diallo, médecin hépato-gastro-entérologue et professeur d’Université autour de la question.

Nous vous proposons ci-dessous l’intégralité de l’entretien que le médecin a accordé à notre rédaction.

Guineematin.com : Les fidèles musulmans de Guinée ont entamé hier jeudi le jeûne du Ramadan, ce qui entraîne un changement de régime alimentaire et qui a naturellement des répercussions sur la santé. Pour commencer, dites-nous est-ce que le jeûne a des vertus sur le plan sanitaire ?

Dr N’djouriya : Le jeûne comporte des vertus innombrables, c’est un purificateur au point de vue santé. Nous savons que l’organisme accumule des toxines, des déchets le long de l’année. Dieu Exalté soit-il, a créé l’Homme de manière parfaite, il a mis en lui une machine pour purifier l’organisme, le foie. Le foie est composé de cellules spécifiques, et c’est lui qui purifie l’organisme. Donc cette capacité de purification, chez le jeûneur augmente 10 fois ; le nombre de cellules, c’est-à-dire les bérets rouges qui gardent l’organisme aussi augmentent 10 fois.

Donc, l’immunité, la capacité de défendre l’organisme du jeûneur augmente plus de 10 fois par rapport au non jeûneur. Ce qui veut qu’au niveau des intestins, les cellules se remplacent toutes les 2 ou 6 heures, il y a un renouvellement, on peut perdre jusqu’à 17 milliards de cellules pendant ces heures. Donc ces cellules-là sont renouvelées, de nouvelles cellules naissent et le foie débarrasse tout l’organisme des toxines, ces toxines sont emmagasinées sont diluées, détruites et éliminées à travers les urines et les selles.

Ce qui veut dire que le jeûne non seulement augmente la capacité de défendre l’’organisme, mais aussi le jeûneur qui jeûne dans les conditions normales, c’est quelqu’un qui garde le calme et qui a moins de stress. Nous savons que la gastrite et l’ulcère sont liés au stress, ce qui veut dire que le jeûne apporte de la santé. Au point de vue alimentation aussi, le métabolisme de l’organisme du jeûneur devient normal. C’est pourquoi il est très important de jeûner et de respecter le régime alimentaire, particulièrement pour ceux qui ont la gastrite.

Guineematin.com : Parlant justement du régime alimentaire, quels sont les aliments qui sont conseillés par exemple pour la rupture du jeûne ?

Dr. Abdourahmane N’djouriah Diallo

Dr N’djouriya : D’abord, il faut avoir un régime normal avant le jeûne. Le jeûne recommande une préparation, une préparation physique et sanitaire avant le Ramadan. Pendant le Ramadan aussi, il faut avoir un régime alimentaire normal. Ce qui signifie un peu de protéines, un peu de lipides, un peu de sucre et bien sûr des fruits. Ceux qui ont Colopathie par exemple, ils doivent se méfier des aliments qui sont très lourds, parce que leur organisme élimine très lentement ces aliments.

Ces personnes ne supportent pas du tout le manioc dans toutes ces composantes, elles ne supportent pas le gombo. Donc, quelqu’un qui est atteint de la Colopathie ne doit pas prendre le to, il ne doit pas prendre la bouillie de mais, il ne doit pas consommer du beurre et de la mayonnaise parce que son estomac ne supporte pas tout cela. Essentiellement il doit prendre la bouillie de riz, le riz local non étuvé soit un peu sucrée ou un peu salée.

Guineematin.com : Et pour quelqu’un qui n’est pas atteint de cette maladie ; quelqu’un qui n’est pas malade, est-ce qu’il y a des aliments qui sont recommandés pour la rupture du jeûne ?

Dr N’djouriya : Pour une personne normale, il faut d’abord couper le jeûne avant la prière. Nous savons que quand nous jeûnons, l’estomac est fermé, il n’y a pas assez de salive dans la bouche. Ce qui veut dire que quand vous prenez une ou trois dattes, ou un verre d’eau par exemple, la salive qui a une très bonne action sur les aliments, va être secrétée en quantité normale, et la salive permet le premier pas de la digestion des aliments.

Donc, prendre quelques dattes, ou un verre d’eau avant la prière, non seulement ça fait sortir la salive mais surtout ça ouvre l’estomac. Après la prière aussi, il faut manger en petite quantité, malade ou pas malade, il ne faut pas remplir l’estomac dès le premier repas aux 2/3 ou aux 3/3. Il ne faut pas aussi boire beaucoup d’eau glacée, du jus trop sucré ou du jus énergétique pendant la rupture du jeûne. Il ne faut jamais remplir l’estomac de substances trop sucrées, sinon vous allez bloquer la digestion, la digestion sera très lente. Pour le déjeuner, vous pouvez prendre une tasse de café et boire suffisamment d’eau, cela est très important.

Guineematin.com : On voit certains jeûneurs qui se mettent à cracher régulièrement pendant la journée, est-ce que cela est normal sur le plan de la santé ?

Dr N’djouriya : Il est déconseillé de cracher souvent, parce que si vous crachez, vous allez perdre beaucoup d’eau et vous allez être déshydratés. En plus, si vous avez la Tuberculose, vous pouvez contaminer d’autres personnes avec vos crachats. Donc, il ne faut pas cracher. Il ne faut pas non plus se mettre à crier pendant qu’on en jeûne ou passer la journée à dormir. Il a été prouvé que le jeûneur qui marche, qui fait ses activités normales, renforce 10 fois sa capacité habituelle.

Guineematin.com : Est-ce que quelqu’un qui suit un traitement peut prendre une injection pendant qu’il est en jeûne ?

Dr N’djouriya : Si c’est une injection contre la douleur, il peut la prendre. Mais toute injection renfermant un élément nutritif, une vitamine, ce genre-là est proscrit au jeûneur.

Propos décrypté par Mamadou Alpha Diallo pour Guineematin.com

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