Enfants déshérités de Bambéto : Ibrahima Saïkou, alias CIA, dit tout à Guineematin

Le mois de juin est dédié aux enfants guinéens. Une occasion de promouvoir leurs droits et d’interpeller tous les acteurs intervenant dans le secteur. Dans la matinée de ce vendredi, 8 juin 2018, un reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre de monsieur Ibrahima Saïkou Diallo.

Plus connu sous le nom de CIA Agency, monsieur Diallo est fondateur de l’ONG Aide aux enfants déshérités dont le siège est à Koloma 1, secteur 2, dans la commune de Ratoma.

Avec Ibrahima Saïkou Diallo, il a été question, entre-autres, des difficultés quotidiennes rencontrées, de la possibilité pour ces enfants d’apprendre un métier, du problème de local….

Guineematin.com : comment est venue l’idée de créer cette ONG Aide aux enfants déshérités ?

Ibrahima Saïkou Diallo : depuis le 03 décembre 2015, j’ai commencé à récupérer les enfants abandonnés. Notre constat est parti du fait qu’à l’occasion des manifestations sur l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa jusqu’à Kagbélen, ce sont souvent les enfants de moins de 18 ans qui reçoivent des balles. Tous les enfants que nous avons enterrés au cimetière de Bambéto, la majeure partie d’entre eux n’ont pas atteint l’âge de 20 ans ou 25 ans. Ce sont pour la plupart des enfants âgés de moins de 18 ans. Donc, puisqu’on a appris des métiers, nous nous sommes dit qu’il fallait récupérer ces enfants et les insérer dans les différents métiers.

Guineematin.com : comment ça se passe ?  Comment parvenez-nous à les gérer ?

Ibrahima Saïkou Diallo : oui ça va, les enfants sont là, nous avons commencé par deux. Mais, en un seul mois, nous avons plus de 8 enfants. Aujourd’hui, ils sont 48 enfants, dont 6 filles. Même la semaine dernière, nous avons reçu une fille de deux ans, sa mère est venue nous la laisser pour partir. Tous ces enfants que vous voyez avec moi ont été insérés dans des différents métiers. Certains font la tapisserie, d’autres la menuiserie, la peinture, entre-autres. On ne force personne à prendre un métier, le choix est personnel on le met là où il veut, s’il dit peinture, on l’amène là-bas, s’il dit que c’est la soudure, on l’amène à la soudure. A l’heure qu’il est, beaucoup sont partis au travail, je n’ai que les plus petits à la maison ici.

Guineematin.com : comment se fait la prise en charge, est-ce que vous parvenez à assurer correctement leur prise en charge ?

Ibrahima Saïkou Diallo : je n’ai pas suffisamment de moyens. Seulement, nous sommes armés de courage. Je travaille avec un monsieur qui s’appelle Tidiane Bah. Il se débrouille à la SEG (Société des Eaux de Guinée). C’est lui à la fin de chaque mois, il nous envoie un sac de riz. Moi aussi, quand j’ai des salons à réparer ou bien quand j’ai des salons en commande, ou des rideaux ou couverture des motos à confectionner, je prends cet argent pour nourrir ces enfants. Mais, le problème pour ces enfants de la rue, c’est où avoir le local où ils vont habiter. C’est notre grande préoccupation parce que  le bâtiment que nous occupons appartenait à un vieux qui est décédé (paix à son âme). Donc, ses enfants m’ont dit de quitter. Mais, puisque c’est la saison hivernale qui s’annonce, ils m’ont dit rester en attendant d’avoir un autre local. C’était d’ailleurs fermé, ce n’est que récemment ils m’ont remis les clés. L’autre problème auquel nous sommes confrontés, c’est le manque de matériels de travail et la nourriture. Au moment où la ministre Sanaba Kaba était aux affaires, le ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance nous venait en aide, en nous donnant du riz et de l’huile. Mais depuis qu’elle a quitté, tout a cessé.

Guineematin.com : est-ce que vous avez un partenariat avec les institutions nationale et internationale, notamment l’UNICEF ?

Ibrahima Saïkou Diallo : non, on a aucun partenaire, mais le président de la Plateforme des Jeunes Leaders de l’Axe, Ibrahima Aminata a promis de m’aider à déposer des demandes de partenariat au niveau de certaines institutions, notamment l’UNICEF, le PNUD et Plan Guinée. D’ailleurs, Plan Guinée que je remercie, nous a assistés ici une fois en nous offrant des draps pour les enfants.

Guineematin.com : quel appel avez-vous à lancer aux autorités afin qu’elles vous viennent en aide ?

Ibrahima Saïkou Diallo : je demande au gouvernement guinéen de nous venir en aide, nous n’avons pas de local. Les enfants que vous voyez, beaucoup se sont retrouvés dans la rue par le fait de la démolition de Kaporo-rails. L’Etat aurait dû nous aider à avoir un domaine et nous construire un local à cet endroit. Si vous voyez toute cette violence sur cet axe, c’est à cause de la démolition de Kaporo-rails. Ce que je fais là, ce n’est pas mon travail, c’est plutôt celui de l’Etat. Ce n’est pas des enfants que j’ai ramassé ici seulement à Bambéto, ce sont souvent des enfants qui ne connaissent même pas leur nom, ni celui de leur père. Moi je suis de Pita, mais les enfants que vous voyez viennent de tous les horizons : Labé, Mamou. Certains sont des Soussous, dont je ne connais même pas les parents.

Guineematin.com : un dernier mot ?

Ibrahima Saïkou Diallo : mon dernier mot s’adresse au président de la République. Je souhaite que le président de la République nous écoute et nous aide à avoir un local où nous allons envoyez ces enfants de la rue. J’ai par exemple un jeune, Cellou Baba, qui a perdu son papa dans les évènements du 28 septembre 2009. Après le décès de celui-ci, il a abandonné l’école et est venu à Bambéto. Il brulait les pneus à l’occasion des manifestations. Aujourd’hui, il est avec moi. Je lui ai trouvé un métier, il fabrique des chaussures, même Takana Zion (artiste reggae man, ndlr) les achète.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. (00224) 621 09 08 18

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