Fête de Ramadan et Zakat-el-fitr : les explications de Dr Lamine Diallo

Comme indiqué précédemment, les fidèles musulmans de Guinée ont bouclé le moins saint de Ramadan dans la soirée de ce jeudi, 14 juin 2018, et célébreront la fête de l’Aïd-el-fitr demain, vendredi. Mais, avant d’aller à cette fête, il est recommandé à tout musulman, y compris le nouveau-né, de donner de l’aumône appelée Zakat-el-fitr.

Pour comprendre les raisons de ce sacrifice ainsi que ses vertus, un journaliste de Guineematin.com est allé à la rencontre de Docteur Mohamed Lamine Diallo, Directeur Général du Fonds national de la Zakat et du Waqf au Secrétariat Général des Affaires religieuses.

Décryptage !

Guinematin.com : Nous sommes à la fin du mois de jeûne. Un moment où il faut enlever l’aumône appelée Zakat-el-Fitr. Dites-nous c’est quoi cette aumône et qui doit l’enlever ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : C’est une aumône qui sert à purifier le jeûne que nous avons pu faire pendant le mois béni de Ramadan. Elle permet à l’individu, par la grâce de Dieu, d’être pardonné pour les fautes, les erreurs qu’on a dû commettre durant le jeûne.

Toute personne que le mois de Ramadan trouve vivante doit enlever la Zakat-el-Fitr. Même un enfant né le dernier jour du mois de Ramadan, on doit enlever pour lui. Cela veut dire que ça concerne tout le monde : les majeurs, les mineurs, les femmes, les hommes, ceux qui peuvent jeûner, ceux qui ne peuvent pas, etc. Il suffit d’être musulman ayant vécu pendant le mois béni de Ramadan ; même si c’est quelques instants pour que la Zakat-el-Fitr soit une obligation pour lui.

Guineematin.com : Qu’est-ce qu’on doit donner comme aumône ce jour et à qui il faut donner ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Cette aumône peut-être enlevée en nature comme en argent. En fait, il faut partir sur la base de la nourriture que nous avons utilisée pendant le mois béni de Ramadan. Si on a mangé le riz du pays, c’est ce riz qu’on doit enlever. Quelque soit la nature de l’aliment qu’on a utilisé pendant le mois de Ramadan, c’est ce même aliment qu’il faut enlever dans les conditions normales. Comme pour dire que ce que vous aimez pour vous, c’est ce que vous aimez aussi pour l’autre. Dieu nous a dit que vous ne pouvez pas, par exemple, manger le riz du pays et donner du riz blanc à autrui en termes d’aumône. On peut aussi donner l’équivalent en argent. C’est l’équivalent de 2,5 kilogrammes. Si c’est le riz du pays, vous savez que ce n’est pas le même coût que le maïs, le mil ou le sorgho. C’est pourquoi, on ne fait pas de calcul au préalable. Chacun doit faire ses propres calculs en fonction de ce qu’il a utilisé pendant le mois. Si vous avez utilisé le mil, vous allez sur la base de 2,5 kilogrammes de ce mil, si vous voulez enlever en nature. Si c’est en argent, vous calculez en argent pour chaque membre de la famille.

La philosophie même de cette aumône, c’est de mettre tout le monde à l’abri du besoin minimal le jour de la fête pour que tout le monde contribue à la fête. On a parlé de la fête des musulmans et non de la fête des nantis. C’est la fête des musulmans tout court. Or, parmi les musulmans, il y a des nantis, des pauvres, des nécessiteux. Tous ceux-là doivent se sentir en fête le jour de l’Aïd-el-fitr. C’est pourquoi, c’est la philosophie, le caractère social de cette Zakat-el-fitr. Il faut que tout le monde participe à la fête.

Comme vous comprenez déjà, elle est destinée donc aux pauvres, aux nécessiteux. En réalité, ceux qui ont besoin d’être secourus pour trouver le minimum nécessaire afin de se nourrir ou s’habiller convenablement le jour de la fête. C’est pourquoi, on demande en nature ou bien en argent parce qu’il y a certains qui peuvent avoir le riz ; mais, qui n’ont pas l’argent pour acheter la sauce ou pour acheter les vêtements.

Guineematin.com : Jusqu’à quel moment on peut l’enlever ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Elle doit être enlevée depuis le lendemain de la nuit du destin jusqu’au jour de la fête, avant la prière. Donc, on peut l’enlever pendant ces trois à quatre jours. C’est le moment le plus propice pour l’enlever ; mais, dans ce moment, le plus recommandé est le jour de la fête, avant la prière. C’est le moment où vous avez toutes les récompenses requises dans ce sens.

Guineematin.com : Quelles sont les vertus de cette aumône ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Les vertus, c’est toutes les récompenses qu’Allah prévoit pour celui qui donne le Zakat-el-fitr. Il y a des moments, si vous enlevez, c’est bien, vous avez de la rétribution. Il y a des moments aussi, si vous l’enlever, vous avez la totalité de la récompense prévue pour celui qui jeûne.

Guineematin.com : Dites-nous s’il y a des conséquences pour celui qui ne donne pas cette aumône ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Absolument, il y a des conséquences. D’abord, la récompense du jeûne est suspendue entre terre et ciel jusqu’à ce qu’on enlève cette aumône. Comme nous avons eu à le dire, c’est pour purifier le jeûne. Si on enlève, alors les récompenses de son jeûne remontent vers le ciel. Et, si on n’enlève pas, ça veut dire que la récompense reste suspendue. Lorsqu’on dépasse aussi le délai imparti, c’est-à-dire quand la prière de l’Aïd-el-fitr est faite sans qu’on ait enlevé son Zakat-el-fitr, même si on l’enlève après, on aura fait une simple aumône. Ça n’aura plus la valeur de la Zakat-el-fitr.

Guineematin.com : Le jour de la fête, comment le musulman doit se comporter et qu’est-ce qu’il doit faire ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Comme d’habitude, le musulman doit avoir un bon comportement vis-à-vis de sa famille, son entourage, de la communauté musulmane et des autres citoyens en un mot. Le jour de la fête, il y a beaucoup de dimensions : la dimension spirituelle et la dimension sociale. La dimension spirituelle, c’est la prière ; c’est-à-dire, comment on doit se préparer et aller à la prière, etc. Ce jour là, le prophète (PSL) nous recommande de hâter la rupture du jeûne. C’est-à-dire qu’il faut déjeuner très tôt le matin. Après cela, il faut se laver, porter ses meilleurs habits et prendre le chemin de la mosquée, tout en prenant le soin de ne pas emprunter le même chemin pour l’aller et le retour. On doit emprunter un chemin pour aller et un autre pour le retour.

Guineematin.com : Pourquoi ce changement de chemin ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Juste pour respecter une tradition du prophète (PSL). C’est comme ça qu’il faisait pendant les deux plus grandes fêtes musulmanes (L’Aïd-el-fitr et l’Aïd-el-adha). Par analogie, on peut comprendre cela par le désir de rendre visite à ses frères. En allant, on passe par un chemin, et au retour, on ne croise pas les mêmes frères, les mêmes parents. Donc, ça élargi le champ de distribution des meilleurs vœux pour les fidèles musulmans. Ensuite, quand on se rend au lieu de la prière, on ne fait pas les prières surérogatoires. On attend l’arrivée de l’imam en faisant des takhbirats. Lorsque l’imam vient, il fait la prière et son sermon. On se lève pour se congratuler et on prend le chemin du retour. Ce jour, il est recommandé de bien manger. Il ne s’agit pas de remplir le ventre plus que la quantité qu’il faut ; mais, il faut bien manger et puis profiter pour rendre visite à des malades, aux parents, aux amis, aux collaborateurs, etc. En fait, faire beaucoup d’activités sociales afin de renouer les contacts avec ceux qu’on a perdu de vue ou bien pour consolider les relations avec ceux qu’on a l’habitude de fréquenter déjà. Voilà à peu près ce qu’on doit faire de cette journée qui fait partie des plus grandes fêtes de l’islam.

Guineematin.com : Il y a certains qui disent qu’on ne doit pas effectuer cette prière à l’intérieur d’une mosquée. Il se trouve que ces derniers temps, ces prières coïncident avec la tombée de la pluie. Du coût, certains se mettent à l’intérieur. Est-ce que c’est recommandé ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : C’est tout ça la beauté de l’islam. L’islam n’est pas une religion rigide. C’est ça ou rien, l’islam n’est pas dans ce schéma. Le prophète a dit dans ce sens que l’islam est une religion d’aisance. Celui qui va la durcir sera emporté. Donc, l’islam s’adapte à toutes les circonstances, tous les contextes. Il est vrai qu’on demande de le faire dans un espace plus aéré pour la simple raison que les grandes fêtes doivent réunir plus de monde que d’habitude. Vous savez que les 5 prières canoniques quotidiennes regroupent un certain nombre de fidèles dans une portion de terre. La prière du vendredi est une occasion de regrouper l’ensemble des fidèles de tout le secteur par exemple et la prière de Aïd est une occasion pour regrouper les fidèles de tout un quartier par exemple. Vous voyez que l’on va d’un petit à un grand nombre. C’est pourquoi aussi, le jour Arafat, pendant le pèlerinage, c’est une occasion de réunir le monde entier. C’est le plus grand regroupement à travers le monde. C’est pour vous dire que l’islam accorde une importance capitale à la société, à l’unité, à la cohésion, à l’entente. Ce sont des recommandations de l’islam qui signifie d’ailleurs la paix.

Guineematin.com : Cela veut dire que les gens peuvent prier à l’intérieur des mosquées ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Ils peuvent le faire s’il y a une circonstance atténuante. Par exemple s’il pleut, l’islam ne demandera pas aux gens d’exposer leur santé. Il faut alors choisir les mosquées qui sont aussi des différents standings. Il y a des mosquées qui peuvent réunir tout un quartier. Par exemple : la mosquée Fayçal, celle de Bambéto, etc. Pour les petites mosquées qui ne peuvent pas abriter un grand nombre, mieux vaut trouver un espace aéré où tout le monde peut se retrouver et communier ensemble.

Guineematin.com : Votre mot de la fin ?

Docteur Mohamed Lamine Diallo : Je dirais que le département que nous avons la charge de diriger, notamment la direction générale du fonds national de la Zakat est une direction chargée de collecter et de redistribuer la Zakat en tant que pilier de l’islam. Et, la Zakat-el-fitr en tant qu’une tradition du prophète (PSL). Donc, nous attendons les fidèles et nous sommes là jusqu’au jour de la prière, avant la prière. Nous avons toujours une équipe qui est là et qui reçoit les frères et les sœurs qui veulent venir donner les Zakat-el-fitr afin qu’on les redistribue aux ayants droit. Nous les attendons et nos portes sont grandement ouvertes.

Interview réalisée et décryptée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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