Les héritiers de feu Bangalya Kéita, dont la concession se situe au quartier Bonfi, dans la commune de Matam, sont en conflit ouvert depuis quelques temps. La gestion de la concession familiale a conduit les frères au tribunal correctionnel de Mafanco où Mohamed Lamine Kéita, âgé d’une cinquantaine d’années, est poursuivi pour abus de confiance, a appris sur place Guineematin.com, à travers un de ses reporters. 

Les frais de location d’une partie de la concession, allant de 2008 à 2016, sont à la base du litige. Pour l’audience de ce lundi 30 juillet 2018, on en était aux plaidoiries et réquisitions des parties au procès.

L’avocat de la partie civile, maître Sékou Amadou Sylla a été le premier à prendre la parole. Dans ses plaidoiries, maître Sylla a rappelé les faits qui ont valu au prévenu d’être trimballé en justice par ses propres frères, à savoir Fodé Kéita, Aminata Kéita et autres. « Tous ceux qui ont défilé à la barre ici sont héritiers de Bangalya Kéita, qui a sa concession à Bonfi. Son 1er fils étant domicilié à Kindia, la gestion de la concession a été confiée à Mohamed Lamine Kéita après la mort du père de famille. Le prévenu a passé des contrats de location des boutiques avec des tiers. Mais, de 2008 à 2016, il n’a jamais rendu compte de sa gestion des fonds issus de cette location à ses autres frères et sœurs. A chaque fois qu’il est interpellé sur la question, il répond qu’il est entrain d’épargner les fonds. Finalement, en fin 2016 il a été destitué par la famille de l’administration de l’héritage », a expliqué l’avocat de la partie civile.

Par ailleurs, maître Sékou Amadou Sylla a fait remarquer que les débats qui ont eu lieu lors des précédentes audiences « ont fortement conforté la position des parties civiles surtout que Mohamed Lamine Kéita a reconnu les faits. Pour les huit ans de location, il a perçu au total 96 millions de francs guinéens pour les deux magasins. Pire, après sa destitution, Mohamed Lamine Kéita est allé prendre une avance de 40 millions 200 mille francs guinéens comme avance annuelle des mains des locataires. Tous ces fonds ont pris une destination inconnue, sans jamais parvenir aux autres membres de la famille ».

Devant cet état de fait, maitre Sylla va demander au tribunal de condamner Mohamed Lamine Kéita au payement des deux montants, soit 136 millions 200 mille francs guinéens. Pour ce qui est des dommages et intérêts, la partie civile va réclamer la somme de 50 millions de FG.

Abondant dans le même sens, le ministère public va demander au tribunal de retenir Mohamed Lamine Kéita dans les liens de la culpabilité d’abus de confiance. Selon la procureure Joséphine Loly Béavogui, « les faits sont constants. Le prévenu se devait de rende compte de sa gestion de l’héritage commun. C’est la raison pour laquelle l’affaire a été portée en justice. Il y a bien eu abus de confiance même si Mohamed Lamine Kéita a déclaré que les lieux lui ont été légués par son père de son vivant, sans pour autant exhiber une preuve, une donation ou un titre de propriété. Il y a eu détournement, préjudice et intention coupable de l’agent pénal », a estimé la magistrate.

Ainsi, la procureure va demander au tribunal de retenir Mohamed Lamine Kéita dans les liens de la culpabilité d’abus de confiance « tout en lui accordant de larges circonstances atténuantes, puisqu’il s’agit de la même famille. Vous le condamnerez à 8 mois de prison et à un million de francs guinéens d’amende. Vous recevrez les plaignants dans leur constitution de partie civile en leur allouant ce que de droit », a-t-elle requis.

Par contre, l’avocat de la défense va balayer d’un revers de main les arguments de la partie civile et du ministère public. Pour maitre Adama Skel Fofana cette affaire est un règlement de compte entre des frères de mères différentes. « Il faut savoir que c’est Bangalya Kéita, le père de Mohamed Lamine Kéita, qui lui a donné les deux boutiques en question pour les gérer. C’était de son vivant. Il a fait louer les deux lieux et il n’y a jamais eu de plainte de qui que ce soit tout le temps. Bangalya Kéita a donné à chacun de ses enfants une chambre qu’il pouvait habiter ou faire louer. C’est dans ce cadre que Mohamed Lamine Kéita a bénéficié de ces deux magasins.

Mon client n’est pas administrateur des biens de la famille. Il est le 4ème enfant de la famille. Il a un grand frère et deux grandes sœurs. Il avait même donné en location l’un des magasins à un de ses neveux sans qu’on ne dise un mot puisque ça lui appartenait. Pourquoi attendre tout ce temps pour réveiller cette affaire alors que du vivant de leur père il gérait les lieux et ne rendait compte à personne ? C’est des agissements machiavéliques », s’est offusqué maitre Fofana.

En outre, l’avocat de la défense va faire remarquer « qu’aucun acte n’a été fourni par le camp adverse pour démontrer que Mohamed Lamine Kéita est chargé de gérer ou d’administrer les biens de la famille. Il n’a rien détourné, il n’y a pas abus de confiance et les montants évoqués ici sont fantaisistes et on se demande d’où ça vient. Je vous prie de constater que l’infraction n’est pas établie et de renvoyer mon client des fins de la poursuite. Nous demandons également au tribunal de restituer tous les montants du loyer perçus par les autres membres de la famille depuis que Mohamed Lamine Kéita est en prison jusqu’à ce que le juge civile intervienne. Vous les condamnerez au payement de 150 millions de francs guinéens », a plaidé maitre Adama Skel Fofana.

La juge madame Fatou Bangoura va mettre l’affaire en délibéré pour décision être rendue le 04 septembre 2018. Mohamed Lamine Kéita retourne à la maison centrale de Coronthie où il séjourne depuis le 05 décembre 2017.

Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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