Moumini Diallo est le président de la coordination des éleveurs de Koumbia, la localité qui réserve à elle seule près de 8/10 du cheptel national. Guineematin.com est allé à sa rencontre pour connaître les défis auxquels le secteur est confronté mais également évaluer à mi-parcours l’impact de PROGEBE dont ils ont bénéficié sans oublier d’aborder les questions liées à la problématique des conflits éleveurs-agriculteurs. Ce spécialiste du bétail est revenu également sur les qualité de la race Ndama.

Décryptage !

Guineematincom : dites-nous comment est-ce que l’élevage se passe dans cette localité, qualifiée de plus grand foyer d’élevage en Guinée ?

Moumini Diallo : le secteur de l’élevage se comporte bien malgré les difficultés rencontrées sur le terrain aujourd’hui. Il faut le souligner qu’il y a des gens qui veulent nous restreindre la vie et la liberté des éleveurs est sérieusement menacée. Il y a des gens qui ne veulent pas nous sentir. D’autres viennent se payer 40, 50, 100 hectares de terres, même là où nous faisons paître nos animaux. Avec ce rythme, nous risquons de voir chasser les éleveurs vers d’autres pays comme la Guinée Bissau. D’autres pratiques aussi font légion notamment l’arnaque. Tu peux voir un champ agricole au milieu des pâturages. Juste pour arnaquer les éleveurs et leur faire payer de fortes amendes. Malheureusement, cette pratique est soutenue par certaines autorités.

Guineematin.com : Parlez-nous du cheptel actuellement recensé. Il est évalué à combien ?

Moumini Diallo : D’après les chiffres du recensement de 2016, 1 173 vaches, 642 chèvres et 481 moutons ont été dénombrés. Contre une estimation de près de 200 mille têtes de bœufs et de plusieurs milliers d’ovins. Beaucoup d’animaux n’avaient pas été recensés, ni vaccinés, il faut le rappeler.

Guineematin.com : Vous confirmez que les plus gros éleveurs du pays sont dans votre localité ?

Moumini Diallo : En tout cas ici à Koumbia, au moins 70% des habitants disposent des bœufs.

Guineematin.com : Dites-nous les principales difficultés que vous rencontrées dans la pratique de l’élevage à Koumbia ?

Moumini Diallo : Elles sont nombreuses. En saison sèche par exemple, c’est le manque d’eau et d’aliments de bétail puisque la brousse est systématiquement prise de cible par de nouveaux maîtres terriens. Au cours de la dernière saison sèche nous avons enregistré par exemple de nombreuse perte de bétail à cause du manque d’eau. Au total, 38 têtes ont été dénombrées. Leurs carcasses ont été retrouvées dans des cours d’eau secs ou autour de points d’eau devenus totalement arides.

Guineematin.com : Pourtant, le PROGEBE est venu réaliser plusieurs infrastructures ici. Qu’en est-il actuellement de ces installations ?

Moumini Diallo : C’était une très bonne chose que nous ayons obtenus ces infrastructures. Sauf que ça été très mal géré et très mal reparti dans la zone. Toutes les pompes solaires ont été installées sur un seul endroit, à Dombia. Là, Cela devrait être reparti au moins sur deux points distincts. Mais ils ont implanté deux puits à Wedou Manbourou, à Kamélé dans Thouto Thiankoy et à N’Diouria dans le secteur de Dapompo. Dans chacun de ces points d’eau, il y a au moins deux mille têtes qui viennent s’abreuver chaque jour. Mais le reste de Koumbia avec 20 districts, est à l’abandon. Ces six puits auraient pu être repartis sur six endroits distincts et mieux repartis territorialement. Mais tous les six points d’eau sont sur le même axe sur une distance de trois à quatre kilomètres. C’était très mal conçu.

Guineematin.com : Vous avez montré que le PROGEBE vous a beaucoup aidé mais il y a eu des erreurs. Quelles sont ces erreurs ?

Moumini Diallo : L’erreur c’est la mal répartition des points d’eau. Ils ont été tous implantés du côté Nord laissant tous les autres à l’abandon.

Guineematin.com : Y a-t-il d’autres difficultés que vous rencontrez sur le terrain ?

Moumini Diallo : Beaucoup même. Puisqu’aujourd’hui, l’éleveur est pourchassé partout. Des agriculteurs s’acharnent contre le bétail partout. Malheureusement cela profite aux arnaqueurs. Pour un rien, vous êtes convoqués et extorqués de millions de francs guinéens. L’espace réservé aux éleveurs est d’avantage réduit. Tous les jours, il y a de nouveaux propriétaires terriens. Avec une telle allure, c’est vraiment difficile pour le développement de l’élevage. Beaucoup seraient contraints de se chercher de nouveaux pâturages ailleurs, voir en dehors de la Guinée, s’il n’y a pas de solution. Nous pensons que la solution est de faire le zonage et séparer les agriculteurs des éleveurs ou amener les agriculteurs à clôturer leurs champs comme au Foutah.

Guineematin.com : Quant-est-il du vol de bétail ?

Moumini Diallo : Il faut le reconnaître que ce ne sont pas des bandits qui viennent d’ailleurs mais c’est ici même que le vol s’opère entre membres de la même famille.

Guineematin.com : Q’attendez-vous du gouvernement pour atténuer vos problèmes et améliorer la situation des éleveurs à Koumbia ?

Moumini Diallo : Nous attendons du gouvernement beaucoup de choses mais s’singulièrement, nous voulons avoir beaucoup de points d’eau pour abreuver nos animaux, nous voulons un règlement entre les éleveurs et les agriculteurs, nous voulons avoir des médicaments pour traiter notre bétail.

Guineematin.com : Comment pouvez-vous expliquer la chèreté de la viande et du lait à Koumbia ?

Moumini Diallo : Cela est lié au comportement de la population. Ceux qui sont ici n’aiment pas les éleveurs. Ils ont un regard haineux vis-à-vis des éleveurs. C’est pourquoi, c’est derniers préfèrent donc vendre leur bœufs aux plus offrants. Généralement, qui viennent d’ailleurs.

Guineematin.com : Qu’est-ce vous préconisez pour rendre facile l’accès des populations de Koumbia à la viande ?

Moumini Diallo : Le kilogramme de viande est moins cher à Koumbia que partout ailleurs, malgré toute l’animosité que certains consommateurs nous affichent. Le prix du kilogramme est de 23 mille francs guinéens. Ceux qui vendent plus chers sont exposés à des poursuites.

Guineematin.com : Revenons sur els réalisations du PROGEBE. L’abattoir, la piste, la laiterie, les points d’eau, entre autres. Sont-ils opérationnels ou pas actuellement ?

Moumini Diallo : L’abattoir est fonctionnel. Tous ceux qui abattent les bœufs et des ovins (chèvres et moutons) l’utilisent à Koumbia. De la laiterie. A un moment donné, le congélateur est tombé en panne. Il a été réparé, mais ça ne fonctionne pas correctement. La laiterie fonctionne mais pas comme avant et nous sollicitons un appui dans ce sens pour sa relance effective.

Guineematin.com : Dans le cadre de la lutte contre le vol du bétail, il a été préconisé le tatouage. Qu’en dites-vous ?

Moumini Diallo : C’est une chose formidable. Nous souhaitons que de telles initiatives progressent ici pour nous aider non seulement à identifier nos bêtes mais à les sécuriser. Nous pensons que la boucle pour les vaches est mieux que le tatouage.

Guineematin.com : Est-ce que vous bénéficiez de formation pour mieux entretenir vos troupeaux ?

Moumini Diallo : Oui mais c’était avec le PROGEBE. Depuis qu’il a pris fin, on n’a plus de formation et cela nous handicape sérieusement. Actuellement, il n’y a aucun projet en cours pour le secteur mais on nous a annoncé un autre du côté de Mali que nous attendons avec impatience.

Guineematin.com : Que pouvez-vous nous dire de la race Ndama, cette espèce de vache recommandée en Afrique de l’Ouest et qui a son origine à Koumbia ?

Moumini Diallo : C’est une très bonne race. Elle est résistante aux intempéries. La vache Ndama peut rester huit jours sans manger. Avec une seule feuille, elle peut tenir toute une semaine. Elle résiste aussi aux piqures des insectes, et sa viande est douce. Un taureau de trois ans peut avoir 70 kg et peut coûter sur le marcher entre 2 millions à 2,5 millions de nos francs. Nous voulons que le gouvernement nous aide à protéger et à propager cette espèce partout dans le pays. C’est la meilleure espèce de bœuf pour nous.

Interview réalisée par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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