Depuis l’annonce de l’augmentation du prix du carburant en Guinée, les centrales syndicales CNTG et USTG, réunies en inter-centrale, ont lancé des initiatives de protestation. D’abord, des grèves perlées avant de déclencher une grève générale et illimitée. N’ayant pas bénéficié de concession de la part du Gouvernement Kassory Fofana, les syndicalistes ont officiellement déclaré la suspension du service minimum « y compris dans les hôpitaux »…

La goutte d’eau qui aura fait déborder le vase

Depuis l’annonce d’un durcissement de la grève qui met ainsi fin au service minimum y compris dans les endroits stratégiques, les syndicalistes sont devenus plutôt inaudibles ! Aujourd’hui, on a plutôt l’impression d’une reprise « maximale » du travail dans tous les secteurs ou presque : transport, mines, banques, assurances, BTP, télécommunications, port, aéroport… Beaucoup de nos concitoyens ne savent même plus qu’on est en grève à plus forte raison que le service minimum est supprimé dans ce pays !

Qui a affaibli le syndicat guinéen ?

Louis Mbemba Soumah

Tout d’abord, il importe de noter que la grève contre la hausse du prix du carburant a semblé être lancée sans suffisamment de concertation entre les acteurs syndicaux. Tout au moins, plusieurs responsables syndicaux boycottent- s’ils ne combattent pas- la grève contre la hausse du prix du carburant. D’ailleurs, au-delà des six autres centrales (qui ont moins d’influence), certaines fédérations membres de l’inter centrale CNTG-USTG (qui a déclenché la grève) ont annoncé être contre cette idée et demandé à leurs travailleurs de vaquer à leurs occupations. D’autres ont même décidé de la rupture. C’est le cas de la FESABAG (Fédération Syndicale Autonome des Banques, Assurances et Micro-finances) et du SLECG (Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée) dirigé par Aboubacar Soumah, deux structures syndicales qui ont récemment annoncé leur désaffiliation de l’USTG. Et, les rumeurs parlent aussi de la FESATEL (Fédération Syndicale Autonome des Télécommunications) qui serait en train d’envisager son divorce d’avec l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée…

Mais pourquoi cette grève a-t-elle conduit à une crise au sein de l’USTG ?

A en croire certains syndicalistes qui ont accepté de se confier à Guineematin.com, plusieurs facteurs expliqueraient cette rupture : conflit de génération, corruption de certains leaders, manque de stratégie, manque de crédibilité de certains négociateurs…

Certains expliquent ces départs en cascade par un refus du leader actuel de l’USTG de passer le témoin à la nouvelle génération. Déjà à la retraite, monsieur Louis Mbemba Soumah était censé organiser un congrès pour passer la main à un de ses adjoints. En l’occurrence, le secrétaire général de la FESABAG et premier secrétaire général adjoint de l’USTG faisait souvent parler de lui, d’autant qu’il s’entendrait mieux avec les responsables des autres structures comme Aboubacar Soumah du SLECG, Abdoulaye Barry de la FESATEL en terme de stratégies de lutte…
Par ailleurs, des rumeurs de corruption ont souvent couru sur le compte de certains leaders syndicaux. Ce qui expliquerait leur soutien du Gouvernement par exemple au moment où la tendance du baril du pétrole était baissière, tout comme lors de la grève des enseignants dirigée par Aboubacar Soumah.

Amadou Diallo

En outre, des syndicalistes reprochent aux leaders des deux centrales (CNTG et USTG) d’avoir refusé de les accompagner quand leurs salaires avaient été coupés suite à une grève en 2016, alors qu’un protocole d’accord disait le contraire. Mais, leurs patrons n’étant pas signataires de ce protocole, les leaders desdites centrales syndicales ont refusé de les accompagner pour reprendre la grève et donc obliger ces derniers à leur restituer ces salaires.

Et, ce n’est pas tout ! Il se raconte que le camarade Elhadj Amadou Diallo ne peut pas être un adversaire (même syndical) au président Alpha Condé. On murmure que les deux Elhadj auraient fait assez de choses ensemble, y compris au moment où monsieur Diallo livrait son combat contre Yamoussa Touré pour le contrôle de la CNTG. Ce dernier n’aurait finalement créé sa centrale (COSATREG) qu’après avoir été convaincu du soutien d’Alpha Condé à Amadou Diallo…

Enfin, les non-grévistes reprochent aux leaders des centrales aujourd’hui inaudibles, au-delà de leur manque de crédibilité, d’avoir manqué d’arguments pour convaincre ! Avant de déclencher la grève, il fallait mobiliser, convaincre la base et les autres centrales syndicales du bien-fondé de cette grève. « Ils devaient accepter qu’on assied, qu’on mette ensemble une commission chargée de discuter avec le gouvernement. Ils ne devaient pas nous imposer cette grève. Aujourd’hui, tout le monde travaille en Guinée ! Je ne sens plus de grève. Est-ce que vous vous sentez une grève dans ce pays ? Dans quel secteur et au niveau de quelle partie du territoire vous sentez une grève ? Je ne vois pas la pression qui pousserait le gouvernement à concéder une baisse du prix du carburant. Le syndicat est complètement dans l’impasse », estime notre interlocuteur.

Il reste aujourd’hui à savoir si la pression des forces sociales peut faire fléchir le Gouvernement.

A suivre !

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin