C’est aux alentours de 21 heures 30 minutes que les poids lourds politiques guinéens ont finalement pu signer un accord de sortie de crise au Quartier Général de l’UFDG, à Hamdallaye CBG, dans la soirée d’hier, mercredi 08 août 2018. En venant avec des propositions concrètes et en adoptant des positions flexibles, les émissaires du pouvoir et de la mouvance présidentielle (Général Boureima Condé, Tibou Kamara et Damaro Camara) ont fait suffisamment de concessions à même de faire fléchir les opposants qui tenaient à battre le macadam ce jeudi, en empruntant la sensible autoroute de Conakry…

Qui a gagné et qui a perdu ?

C’est l’interrogation à laquelle les acteurs n’aiment pas souvent être publiquement soumis. La raison est que chacun fera toujours croire à ses partisans qu’il a été l’expert, le stratège, le plus fin négociateur. Mais, qui a réellement perdu dans l’accord politique qui permettra ainsi à la Guinée de sortir de la crise ?

L’UFR paye le prix de l’inconstance politique 

Sans doute, c’est le parti de Sidya Touré (l’UFR) qui va payer son inertie et aussi son inconstance politique qui se traduit d’ailleurs par son propre classement. Comme si on était dans un jeu d’enfant, le parti du Haut Représentant du chef de l’Etat ne s’est pas du tout gêné de collaborer avec le pouvoir, tout en réclamant de l’opposition !

Bref, dans la première communication de l’honorable Amadou Damaro Camara, qui a été le porte parole de circonstance, l’accord politique attribuait, disait-il, la commune de Matam à l’UFR, Matoto au RPG arc-en-ciel… Mais, sans attendre, Cellou Dalein Diallo a protesté, disant que l’accord prévoyait de laisser les conseillers élus se choisir leur maire. Et, c’est ce qui a finalement été décidé, après le malentendu qui a obligé tous les acteurs à remonter les marches du QG de l’UFDG pour reprendre les négociations…

Ainsi, l’UFR a bien failli avoir « gratuitement » une mairie (Matam) sans avoir joué les coudes ; alors que les autres ont manifesté et combattu les résultats des élections locales pendant plus de six mois (du 04 février au 08 août 2018). Mais, l’ultime bras de fer de Cellou Dalein Diallo a obligé désormais l’UFR a descendre, lui aussi, sur le terrain pour négocier. Evidemment, le président de l’UFDG qui a refusé jusqu’au bout de céder Matam et Matoto, même face aux caméras des journalistes, fera sans doute jouer son génie négociateur pour faire « cracher » à l’UFR des concessions pour éventuellement céder une commune commune Matam, Matoto…

Evidemment, l’UFR peut également choisir d’aller plutôt négocier avec le pouvoir pour espérer avoir la commune de Matam contre le soutien à Matoto et ailleurs. Mais, ce serait en même temps laisser les coudées franches à l’UFDG de lui refuser des alliances dans les autres communes (urbaines et rurales).

L’UFDG se frotte les mains

Par contre, l’UFDG reste pour le moment le seul parti politique ayant une commune dans la capitale guinéenne (Ratoma) où il n’a besoin d’aucun soutien et s’est réellement imposé dans les autres communes de Conakry. Sur un total de 193 conseillers dans les cinq communes de Conakry, le principal parti de l’opposition guinéenne s’est offert à lui seul 69 places (29 conseillers à Ratoma, 14 à Matoto, 13 à Dixinn, 9 à Matam et 4 à Kaloum) ; alors que le parti au pouvoir, le RPG-arc-en-ciel du président Alpha Condé n’a pu totaliser que 57 conseillers (14 à Matoto, 14 à Matam, 14 à Dixinn, 8 à Ratoma et 7 à Kaloum). Et, si on ajoute les acquis de l’intérieur dont le contrôle de la très stratégique comme urbaine de Kindia et la désignation des 22 présidents des conseils des quartiers et districts concédée à l’opposition, on comprend aisément que les partisans de l’UFR et du RPG-arc-en-ciel ne pouvaient que se lever avec la gueule de bois ce jeudi, 09 août 2018, que certains prédisaient déjà comme étant une autre journée à haut risque à Conakry.

Bref, selon cet accord de sortie de crise, sur les 12 communes (six urbaines et six rurales) conflictuelles, l’opposition a désormais dans son escarcelle les six communes rurales réclamées, une commune urbaine (Kindia), tout en ne concédant qu’une seule commune urbaine : Dubréka ! Et, ce n’est pas tout : l’opposition récupère le pouvoir de désigner les 22 chefs des quartiers et présidents des districts qu’elle réclamait. Pour le reste, Cellou Dalein a été inflexible sur les communes de Matam, Matoto, Dixinn et Ratoma : on laisse les conseillers élus négocier entre eux qui sera maire et comment composer les exécutifs communaux…

Ainsi, les opposants qui se préparaient à manifester dans les rues ce matin et défier les forces de sécurité (récemment dotées d’armes conventionnelles qui ont mis tous les manifestants syndicaux en convalescence) se réveillent plutôt satisfaits du résultats de leur combat qui a finalement payé, même si certains (comme à Dubréka) qui tenaient à aller jusqu’au bout ne se plient à cet accord que par fidélité à leur bien aimé leader…

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin