Mohamed Sidibé, le président du Conseil des maliens en Guinée est celui qui a présidé la commission organisatrice du vote des Maliens résidant en Guinée, au Liberia et en Sierra Léone.

A l’issue des deux scrutins (le premier et le second tour), une équipe de journalistes dont un de Guineematin.com l’a rencontré hier mercredi, 15 août 2018 pour revenir sur l’organisation de l’élection présidentielle malienne dans ces trois pays. Ils ont évoqué aussi la situation de la communauté malienne en Guinée et ce qui doit être les priorités du prochain président du Mali entre autres.

Guineematin.com vous propose ci-dessous l’intégralité de cet entretien

Guineematin.com : vous avez piloté l’organisation de l’élection présidentielle malienne en Guinée, au Liberia et en Sierra Léone pour permettre aux maliens qui vivent dans ces trois pays de voter. Dites-nous, comment est-ce que les deux scrutins (le premier et le second tour) se sont déroulés ?

Mohamed Sidibé : Nous avons supervisé les deux scrutins dans les trois pays.  Le vote s’est très bien passé. Les Maliens ont voté dans le calme. Et le résultat issu des urnes a été accepté par tout le monde. Et c’est l’occasion pour nous de féliciter les autorités guinéennes pour les facilités qu’elles nous ont accordées et qui nous ont permis d’organiser ces élections dans de très bonnes conditions.

Guineematin.com : combien d’électeurs étaient inscrits dans votre juridiction et dans combien de bureaux de vote étaient-ils répartis ?

Mohamed Sidibé : Il y avait environ 17 bureaux de vote répartis dans trois pays de ma juridiction. A savoir, 12 bureaux en Guinée, 3 en Sierra Léone et 2 au Libéria. En Guinée, vous avez 5 bureaux à Conakry qui étaient installés dans l’enceinte de l’Ambassade du Mali en Guinée, et les villes comme Kindia, Kankan, Banankoro, Guéckédou, N’Zérékoré et à Siguiri. En Sierra Léone, il y avait un bureau à Freetown, un deuxième à Kenéma et le 3ème à Céfadou. Au Libéria, les deux bureaux étaient tous à Monrovia. Au total, il y avait 4386 inscrits. Au 1er tour, il y avait 24 candidats et nous avons enregistré un taux de participation de 43,01% contre 33% environ au second tour. Il faut noter qu’au second tour, une forte pluie s’est abattue le dimanche matin, réduisant du coup la participation des électeurs. Au final, IBK est arrivé en tête avec 51,41% et Soumaïla Cissé a récolté 48,59% dans ces trois pays.

Guineematin.com : comment est-ce que les délégués des candidats ont réagi après la proclamation des résultats ?

Mohamed Sidibé : je suis un président de la CENI très heureux puisque la participation a été très honorable et au-dessus de la moyenne par rapport aux 70 pays où le vote s’est tenu. Il faut signaler également, que les résultats publiés par notre juridiction n’ont fait l’objet d’aucune contestation. L’organisation a été très bonne et le scrutin a été unanimement salué par les différents partis en compétition. Le scrutin a été transparent à tous les niveaux de l’organisation. Nous avons veillé à ce que le matériel électoral soit disponible partout.

Les cartes d’électeurs ont été distribuées à temps. Les listes d’émargement, l’encre indélébile, les urnes transparentes, les isoloirs, rien n’a été laissé au hasard et tout a été rendu disponible et suffisamment. Après le dépouillement, le comptage des voix a été public. Même les passants pouvaient assister sans problème. Et les résultats ont été publiés bureau de vote par bureau de vote. Les représentants des partis en compétition ont accepté les résultats et même félicité les organisateurs.

Guineematin.com : selon vous quelles doivent être les priorités du Président élu à l’issue de ce scrutin ?

Mohamed Sidibé : la priorité des priorités pour le Président doit être la restauration de la sécurité dans tout le pays. Le problème le plus urgent à régler doit être celui de l’insécurité non seulement au Centre mais au Nord et partout dans le pays. Puisque sans sécurité, il n’y a pas de paix et sans la paix, il n’y a pas de développement. La mission du Président et de son gouvernement doit être celui de restaurer la paix et la sécurité dans le pays à travers les accords et l’appui de la communauté internationale que nous remercions de passage.

Maintenant après le chantier de l’insécurité, il y a le développement. Vous avez l’agriculture puisque le Mali est le grenier de l’Afrique de l’Ouest avec 50 000 ha de bas-fonds sur le Niger, il n’y a pas un dixième qui est exploité. Certes, il y a beaucoup de choses qui sont faites mais il reste beaucoup d’autres à faire pour le développement du Mali.

Guineematin.com : la Guinée et le Mali sont deux pays voisins et amis, quels sont à vos yeux les chantiers prioritaires que les deux pays devraient développer pour améliorer les conditions de vie de leurs populations ?

Mohamed Sidibé : voici une question très importante. Puisque de tous les pays voisins à la Guinée, seul le Mali est enclavé et n’a pas accès à la mer. La Guinée doit faire de sorte que le Port de Conakry soit le port du Mali. Aujourd’hui, le Mali apporte 42 milliards de FCFA à la Côte d’Ivoire, 22 milliards au Sénégal, et Téma au Ghana qui est plus loin 7 milliards, alors que la Guinée n’a même pas un milliard, c’est sérieux. Pour corriger ce déficit, il faut que le train Conakry-Bamako soit fait ou la route reliant les deux capitales soit améliorée, pour faciliter le transport des marchandises. Tout le monde le dit et c’est vrai, le port naturel du Mali c’est celui de Conakry. Mais il faut que les conditions de transport et de transit soient améliorées.

Guineematin.com : on va parler maintenant du Conseil des maliens de l’étranger que vous dirigez, comment est-ce que cette structure est organisée ?

Mohamed Sidibé : c’est une organisation née des manifestations de mars 1991 qui ont conduit à la chute du régime de Moussa Traoré et l’instauration de la démocratie et du multipartisme. Depuis lors, le Haut Conseil des Maliens de l’extérieur est représenté à tous les niveaux des structures de l’Etat. C’est une organisation  non gouvernementale qui appuie les Maliens vivant à l’extérieur, assiste les missions diplomatiques, contribue à la mobilisation de l’épargne envers le pays,…Figurez-vous que j’assure la présidence du Conseil des Maliens de Guinée et la Vice-présidence du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur.

Guineematin.com : dites-nous réellement qu’est-ce  que le Conseil des maliens de l’extérieur apporte au pays et quelle place occupe-t-il dans les institutions ?

Mohamed Sidibé : par an, rien que l’argent que nous drainons au pays se chiffre à 17 milliards de FCFA soit plus de 100 millions d’euros. En dehors de cela, il y a les structures parallèles qui ne sont pas comptabilisées. Les Maliens de l’extérieur apportent un effort considérable au développement économique du pays. Un effort qui est supérieur à l’aide au développement que bénéficie le Mali. Notre organisation a été reconnue officiellement comme une organisation à caractère d’utilité publique. Ils nous ont dotés d’un siège. Nous sommes le prolongement du gouvernement dans les pays d’accueil.

A ce titre, nous assistons tous les Maliens en détresse et nous renforçons les missions diplomatiques dans leurs activités. Le Haut Conseil a un département à part entière, nous avons un Conseiller à la présidence chargé des Maliens de l’extérieur tout comme à la Primature. Nous participons à toutes les activités socioéconomiques du pays. Nous sommes représentés également au Conseil économique et social, au CENA et au Haut Conseil des collectivités. Le Haut Conseil des Maliens est représenté à tous les niveaux et nos préoccupations sont prises en compte.

Guineematin.com : depuis votre élection à la tête du Conseil des maliens en Guinée, quelles sont les actions que vous avez menées sur le terrain ?

Mohamed Sidibé : notre première action, depuis notre élection il y a deux ans, a été de mobiliser, de rassembler et d’organiser nos compatriotes. Dans toutes les villes où il y a une concentration de nos compatriotes, nous avons installé un bureau. Egalement, depuis ans, les Maliens vivent ici en communion. Ils participent à toutes les activités du Conseil et prennent une part active à la célébration de la fête nationale de notre pays, le 22 septembre.

Guineematin.com : actuellement, vous êtes combien de maliens en Guinée ?

Mohamed Sidibé : paradoxalement, malgré la proximité, la Guinée se trouve au bas de l’échelle dans cette représentation. Nous estimons à 12 mille maliens vivant en Guinée, loin derrière la Côte d’ Ivoire et le Sénégal.

Interview réalisée et décryptée par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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