La mort d’Elhadj Ibrahima Bah, âgé de 22 ans et originaire de Dalaba, tué par balle avant-hier mardi lors de la 2ème journée ville morte de l’Opposition Républicaine, concentre l’actualité à Conakry. Pour parler de l’intervention des services de sécurité et des enquêtes pour retrouver les auteurs des assassinats des militants de l’opposition lors des manifestations, un reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre du contrôleur général, Boubacar Kassé, porte-parole du Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile.

Guineematin.com : Elhadj Ibrahima Bah a été tué par balle le mardi dernier à Koloma 2, à l’occasion de la journée ville-morte appelée par l’opposition républicaine. Dites-nous comment ce jeune guinéen a trouvé la mort ?

Boubacar Kassé : la police nationale a été informée que, suite au lancement du mot d’ordre de ville morte lancé par l’opposition républicaine, le 16 octobre 2018, le citoyen Ibrahima Bah, âgé de 23 ans, marchand de son état et domicilié à Bomboli, dans la commune de Ratoma, a été atteint par balle. Et d’urgence, transporté dans la clinique la plus proche par les services de sécurité et certains membres de la famille, a rendu l’âme dans les environs de 12 heures 45’. Et, le corps fût transporté à la morgue de l’hôpital Donka. Et cette déplorable perte en vie humaine est survenue seulement lorsque des individus avaient érigé des barrages sur plusieurs artères de la ville de Conakry pour s’attaquer aux usagers et les dépouiller de leurs biens, profitant ainsi pour caillasser aussi des véhicules à la faveur du mot d’ordre de ville morte. Donc, les services de sécurité avaient été déployés sur les lieux pour le rétablissement de l’ordre et la protection des personnes et de leurs biens. Il en est de même dans toute la ville de Conakry. Donc, la police nationale présente ses condoléances à la famille éplorée et la rassure que toute la lumière sera faite pour identifier et traduire les coupables devant la justice. Une réquisition a été délivrée au médecin légiste de l’hôpital Ignace Deen, afin de déterminer les causes et la nature de la mort du jeune. Le procureur de la République, près de le tribunal de première instance aussi de Dixinn, a été saisi et des enquêtes ont été ouvertes par les services spécialisés, et au niveau de la police, et au niveau de la gendarmerie. Pour ce qui concerne la police, c’est au niveau de la direction nationale de la police judiciaire et la brigade criminelle qui s’en est saisie, sous instructions expresse de l’autorité…

Guineematin.com : aujourd’hui, beaucoup de citoyens accusent la BAC (Brigade Anti Criminalité) numéro 4 d’être responsable de ce meurtre. Qu’est-ce que vous en dites ?

Boubacar Kassé : comme je l’ai tantôt dit, des enquêtes sont ouvertes pour situer les responsabilités de part et d’autre. Ça peut-être, c’est une information qui pourra servir dans les enquêtes. Mais, n’oubliez pas que les unités d’intervention qui sont spécialisées dans le cadre du rétablissement du maintien de l’ordre en relation avec les commissariats centraux qui sont les premiers à être sur les lieux. Dans le cadre du rétablissement du maintien de l’ordre, ils utilisent des armes conventionnelles qui sont connues aujourd’hui. Et dans les conditions normales, le soir à partir de 18 heures, nous utilisons des armes de guerres parce qu’il n’est plus question de militants, il n’est plus question du maintien de l’ordre. Plutôt nous aurons à faire à des bandits qui sont-là et qui veulent s’attaquer, piller les paisibles citoyens et généralement, c’est des gens qui sont en armes. Nous ripostons aussi à la hauteur de cet état de fait. Mais, comme je l’ai dit, les enquêtes sont ouvertes, et toute la lumière sera faite comme c’est le cas de plusieurs autres. Généralement, les gens ils n’ont pas confiance lorsqu’on parle d’enquêtes ouvertes, généralement les enquêtes aboutissent souvent. Et, nous travaillons de concert avec la justice à travers les procureurs de la République près les tribunaux de Kaloum, de Mafanco et de Dixinn par rapport à leur zone de compétence. Comme le cas d’espèce, c’est dans Ratoma qui est dans la compétence de Dixinn. Donc, le procureur va diriger les enquêtes et puis nous pensons que c’est des enquêtes qui vont aboutir. En tout cas, ce n’est pas la volonté qui manque au niveau des services spécialisés.

Guineematin.com : dans le cadre du maintien d’ordre, les agents doivent normalement éviter de porter des armes de guerre. Aujourd’hui, nous sommes à près de 100 personnes tuées à l’occasion des manifestations politiques. Comment se fait-il qu’à l’occasion de chaque manifestation, on dénombre des morts ?

Boubacar Kassé : oui, on parle des morts. Mais, il faut élucider les causes de ces morts. Nous, nous sommes des services d’application de la loi et par rapport aux instructions des autorités civiles : le gouvernorat qui délivre des réquisitions pour ce qui concerne la gendarmerie ; il délivre les demandes de concours pour ce qui concerne les unités de maintien d’ordre au niveau de la police. Et, c’est au vu de ces documents qu’un dispositif par rapport à l’ordre opérationnel qui est donné, un plan opérationnel est défini pour suivre les instructions qui sont dans l’ordre opérationnel. Les professionnels dans le cadre du rétablissement et du maintien de l’ordre se réunissent. Tous les commandants des unités d’intervention, les commissariats centraux et nous-mêmes, nous définissons une stratégie pour essayer de cadrer la ville de Conakry en tenant compte de l’effectif que nous avons et en tenant compte des moyens logistiques qui sont à notre portée, pour essayer au même moment de pouvoir être à même d’intervenir dans l’ensemble du territoire. Ce que je peux rassurer, c’est que les autorités ont toujours rappelé aux officiers, aux agents qui sont responsables du maintien et du rétablissement de l’ordre, de n’utiliser que des armes non-létales, des armes conventionnelles, de sensibiliser les agents, de faire en sorte que le droit humain soit respecté, que la dignité humaine soit respecté. Nous sommes dans un pays de démocratie absolue, il faudrait donc que nous puissions travailler conformément à la prescription de la loi en la matière. C’est ce que nous faisons. Tout ce que je sais, c’est qu’au niveau des commissariats, au niveau des unités d’intervention, les gens sont briffés, les gens sont sensibilisés, des instructions expresses sont données, généralement par le directeur général des unités d’interventions. Il donne des instructions aux commandants des unités pour dire, que personne n’a le droit de sortir avec une arme. Les gens sont palpés, personne ne peut monter dans les camions en armes. Avant, on pouvait mettre les armes dans les camions et rester là, et les camions sont à côté. Lorsqu’il y a quelque chose, peut-être par instinct, ils peuvent venir prendre les armes ; mais, tout cela est interdit. Aucun camion ne bouge des unités une arme à bord. Ça, je peux le rassurer. Vous ne verrez aucun agent de police chargé du maintien et du rétablissement de l’ordre qui est en possession d’arme. Bon, les enquêtes ou la réalité du terrain ont prouvé qu’il y a eu des individus pour des raisons qui leur sont propre, mal intentionnés qui ont été pris en flagrant délit, en possession des armes de guerre, en possession des armes blanches. Pas plus tard qu’avant-hier, nous avons interpellé des jeunes avec des coupes-coupes. Monsieur le ministre de la sécurité a eu à présenter aussi des individus qui ont été présentés en flagrance avec des armes de guerre. Donc tout cela, dénote à suffisance que des individus mal intentionnés peuvent aussi essayer d’utiliser ces armes dans le seul but de ternir l’image des services de sécurité, de ternir l’image même de la République. C’est en cela que nous pouvons lancer un appel pressant aux services de sécurité, à la justice d’approfondir les enquêtes pour que toute la lumière soit faite, pour édifier les uns et les autres.

Guineematin.com : aujourd’hui, nous sommes à 96 personnes tuées par balles. C’est comme une rhétorique pour la police, après qu’on ait tué une personne, on nous dit que des enquêtes ont été ouvertes. Mais à ce jour, personne n’a été inquiété…

Boubacar Kassé : non, vous ne pouvez pas le savoir. Parce que, quand nous menons des enquêtes qui aboutissent ou pas, on n’est pas obligé de venir sur le petit écran pour faire appel aux journalistes. Le travail est de concert avec la justice. Il faudrait donc que cette situation malheureuse, chaque fois qu’il y a des manifestations, même des manifestations qui sont autorisées, nous déplorons des morts. Il faudrait que chacun puisse tirer les leçons pour que plus jamais ça dans notre pays quand-même. Que ça soit au niveau des citoyens ou des partis qui manifestent, ce qui est légale, dans la mesure où les autorités civiles ou administratives autorisent les marches ou pas, nous définissons une stratégie d’ordre. Mais, quand les autorités civiles, pour des raisons qui leur sont propres, empêchent tout regroupement sur la voie publique, des instructions sont données, des réquisitions sont délivrées, des demandes de concours sont délivrés. Alors là, par rapport à tout cela, nous mettons un dispositif pour qu’aucun regroupement d’individus sur la voie publique ne soit autorisé. Moi, je pense que le civisme et la morale manquent dans ce pays. Il faudrait que chacun sache que ce que nous avons de commun, c’est la Guinée, c’est la République. Donc, que chacun puisse respecter la loi, respecter les instructions données et que chacun puisse jouer sa partition pour que ce pays-là puisse connaitre un développement socio-économique dans l’intérêt exclusif de tous les citoyens guinéens.

Guineematin.com : la BAC numéro 4 est accusé dans le meurtre d’Elhadj Ibrahima Bah. Est-ce que vous avez été voir ces agents pour les entendre ?

Boubacar Kassé : les enquêtes sont ouvertes et à l’interne, et au niveau des services de police ou au niveau de la justice, pour essayer d’apporter la lumière. Donc, pour clarifier cet état de fait, il va de soi pour les services de sécurité de prouver à suffisance que ce qui se dit, si c’est la réalité ou pas la réalité. Parce que personne n’est au-dessus de la loi. Les enquêtes menées à ce niveau. Vous vous rappeler que le cas Kaly, dès lors qu’on a dit que c’est un officier de police qui serait l’auteur de la mort de ce jeune, que nous regrettons, et tout de suite à l’interne, le ministre de la sécurité d’alors a regroupé au tour de sa personne l’ensemble des chefs des unités d’intervention et des commissariats. Et toute suite, il a donné des instructions qui ont abouti à l’interpellation et à l’arrestation de cet officier qui a été mis à la disposition de la police judiciaire, des enquêtes ont été menées et le compte-rendu a été fait au procureur de la République, il a été présenté au procureur de la République. C’est ce que nous faisons, nous sommes républicains, il n’est pas dit que nous, dans cette mission régalienne, nous sommes au-dessus de la loi, personne n’est au-dessus de la loi. Nous recevons des instructions, nous les appliquons conformément à la prescription de la loi.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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