Depuis quelques mois, le secteur éducatif guinéen se caractérise  par une crise persistante opposant le Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG) au Gouvernement. L’essentiel des revendications du SLECG porte sur une revalorisation salariale du corps enseignants ainsi que l’amélioration de leurs conditions de vies. Le déclenchement des grèves à cette occasion ont données droit à des négociations entre les deux parties qui ont abouti à la conclusion d’un accord autour du salaire de huit (8) millions de francs guinéens, ce, bien avant l’ouverture des classes pour l’année scolaire 2018-2019.

Malgré de nombreux appels aux négociations avec la partie gouvernementale  durant les vacances scolaires, celles-ci n’ont pu se tenir qu’à quelques jours de l’ouverture des classes. Malheureusement, ces négociations n’ont pu aboutir à des résultats concluants. Ce qui a servi d’arguments aux syndicats pour lancer de nouvelles grèves correspondant en prélude à l’ouverture des classes.

Les conséquences de ce bras de fer qui oppose le Gouvernement et le SLECG sont entre autre la paralysie du secteur éducatif, la fermeture de la plupart des écoles, l’absentéisme d’une frange importante des enseignants fidèles au mot d’ordre du SLECG.

Les élèves n’ont d’autres choix que de continuer à rester à la maison par crainte des violences.

A un mois du début de ce bras de fer, aucune lueur d’espoir n’apparait quant à la reprise des négociations pour une sortie de crise.

Cet état de fait insupportable et inacceptable a conduit à un malaise social, plus particulièrement au niveau des élèves et  des parents d’élèves.   D’où la recrudescence de manifestations des élèves aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays.

Cette situation est de nature à mettre en péril l’avenir de milliers de jeunes. C’est dans ce contexte que les Forces Sociales de Guinée ont pris l’initiative d’appeler à une journée de manifestation sociale pour pousser les différents protagonistes à se mettre autour d’une table de dialogue pour une sortie heureuse de crise.

  1. METHODOLOGIE D’OBSERVATION

Pour mener à bien cette observation, cinquante (50) observateurs ont été déployés à Conakry, à raison Dix (10) observateurs par commune. A cela s’ajoute trente (30) autres observateurs qui ont été déployés dans les villes de l’intérieur. Au préalable, ces différents observateurs ont été formés et outillés en techniques d’observation des manifestations sociales. Ils ont mené une observation responsable et efficace durant toute la journée de ce Lundi 29 Octobre 2018 (de 6h à 17h).

Chaque observateur était muni de fiches d’observation, d’un bloc-notes, d’un téléphone, d’un gilet et d’une casquette. L’observation portait essentiellement sur :

  • Les attitudes des manifestants et celles des personnes ordinaires observant la manifestation ainsi que le comportement des forces de l’ordre et de sécurité

Ce point consiste à vérifier si les manifestants avaient jeté des projectiles ou bloqué la circulation aux usagers mais également s’ils provoquaient les passants ou s’ils s’attaquaient aux personnes et à leurs biens. A ce niveau, on vérifiait également s’il n’y a pas la présence de contre-manifestants.

Le dispositif mis en place par les forces de l’ordre pour dissuader les manifestants est également passé en revue pour s’assurer si les forces de défense et de sécurité ont effectivement fait usage d’armes conventionnelles.

  • Le recueil des incidents survenus pendant la manifestation

Il s’agit de notifier au cas par cas les éléments ci-après :

  • le moment de l’incident ;
  • la localité où l’incident s’est produit ;
  • la nature et le type de violence causée.

 

  • L’analyse des discours des manifestants

Ce dernier point consiste à analyser la nature et la teneur des propos et slogans lancés par les manifestants afin de ressortir l’impact de chaque propos sur la paix et la cohésion sociale.

  1. LA STRATEGIE D’INTERVENTION

La stratégie visée par cette démarche était de :

  • Suivre le mouvement des manifestants,
  • Prévenir les unités de la gendarmerie sur toutes les menaces ou risques de dérapages pouvant affecter la stabilité,
  • Contacter les responsables des services de sécurité sur les attitudes et comportements des agents des services de maintien d’ordre,
  • Maintenir la liaison avec la cellule des opérations et de communication de la plate-forme Cellule Balai Citoyen et ses observateurs,
  • Evaluer le niveau sécuritaire de la manifestation et informer en temps réel les responsables de toutes les parties prenantes de la manifestation,
  • Suivre les dispositions prises pour la résolution des problèmes et anomalies constatés durant la manifestation.
  • Collaborer avec les média et les organes de presse dans la diffusion des messages.
  • CONSTATS SUR LE TERRAIN

Le constat principal sur le terrain au titre des manifestations initiées par les Forces Sociales de Guinée en cette journée du Lundi est :

  • la forte mobilisation des élèves dans certaines communes de la capitale notamment les communes de Ratoma, Matam et Matoto et dans certaines villes de l’intérieur du pays notamment Coyah, Tougué, Kouroussa, Siguiri, N’Zérékoré et Sangarédi.
  • l’érection de barricades et les brûlures de pneus par certains manifestants dès les premières heures de la matinée sur la route le Prince ;
  • le blocage de la circulation par les élèves du côté de la corniche vers Kipé occasionnant du coup une paralysie totale de la circulation obligeant ainsi les véhicules à rebrousser chemin.

Il faut également signaler que pour cette journée du lundi tout le long de la route le prince et de la corniche, les activités économiques ont connu un ralentissement car la plus part des boutiques et magasins sont restés fermés.

Du côté de l’autoroute Fidel Castro, les élèves des écoles publiques ont pris d’assaut la route ainsi que quelques écoles privées de la zone auxquelles ils ont empêché de poursuivre les cours.

En outre, on a constaté pendant ces manifestations des jets de pierres et l’installation de barricades par les protestataires et l’intervention par endroit des forces de sécurité pour disperser la foule.

Ce qu’il faut retenir pour cette journée, c’est la forte mobilisation des élèves dans plusieurs quartiers de la capitale et des villes de l’intérieur du pays  pour demander le retour des enseignants titulaires dans les salles de classe, une légère implication des forces de sécurité dans l’encadrement  des différentes protestations, une paralysie importante de la circulation et quelques incidents occasionnant  des blessées parmi les manifestants.

Pour ce qui concerne les incidents, nous avons constatés :

  • 07h30: Blocage du passage et barricades des routes par les manifestants à Koloma ;
  • 07h45: Jets de pierres et brûlure de pneus par les manifestants à Bailobayah ;
  • 09h45: Forte mobilisation et manifestation des élèves dans le quartier Béhanzin à l’aéroport au niveau SEMIG et intervention des forces de l’ordre pour disperser les manifestants ;
  • 10h00: Manifestation des élèves au niveau du camp carrefour à l’aéroport et intervention des forces de l’ordre qui ont tiré des gaz lacrymogènes ;
  • 10h04: Quelques écoles privées sont pris d’assaut par les élèves des écoles publiques à Dabompa et sont parvenus à interrompre les cours au niveau de ces écoles privées ;
  • 10h10: Friguiadi dans Coyah, manifestation et interruption des cours dans les écoles privées de la zone par les manifestants provenant des écoles du publiques. Boutiques et magasins sont fermés ;
  • 10h13: Manifestation des élèves sur l’autoroute Fidel Castro, jets de pierres et barricades des routes par les manifestants ;
  • 10h15: Le lycée EKONAM pris d’assaut par les élèves des écoles publiques à Lansanayah barrage, les cours sont interrompus ;
  • 10h20: A Kountia, manifestation des élèves et barricades de la route ;
  • 10h30: Manifestation des élèves à Kountia CBA, jets de pierres et barricades de la route ;
  • 10h47: Manifestation des élèves à Yimbayah et à la cité de l’air près du lycée Denis Galemma Guilavogui, la circulation est perturbée ;
  • 10h55: Manifestation des élèves, échauffourées entre élèves et forces de l’ordre, jets de pierres et tir de gaz lacrymogènes, des journalistes brutalisés à Kipé ;
  • 11h00: A Bentourayah, au niveau de l’école Amadou Dieng, manifestation des élèves et barricade de la route ;
  • 11h00: Manifestation des élèves au lycée Matam, barricade de la route par les manifestants ;
  • 11h15: A Sangoyah, manifestation des élèves, jets de pierres par les élèves et tirs de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre ;
  • 11h20: Kouroussa, manifestation et prise d’assaut des écoles privées et la DPE par les élèves en colère, les cours sont interrompus ;
  • 11h25: Jets de pierres par les manifestants et tir de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre à Coyah Fassia, arrestation d’un élève ;
  • 11h40: Au KM36, route barricadée par les élèves manifestants ;
  • 13h00: Affrontement entre élèves manifestants et forces de l’ordre par jets de pierres et tirs de gaz lacrymogènes à Siguiri ;
  • 13h43: Affrontement entre élèves et forces de l’ordre à Coyah Sodefa, jets de pierres et tirs de gaz lacrymogènes.

Les discours et slogans tenus par les manifestants de part et d’autres allaient dans le sens de la critique des actions du Gouvernement dans le domaine éducatif et de la  dénonciation des injustices qu’ils subissent  tout en réclamant le retour des enseignants titulaires dans les écoles.

  1. RESULTATS ISSUS DE L’OBSERVATION DE LA MANIFESTATION

Pour cette journée d’observation, les résultats ci-après ont été obtenus à travers l’observation :

  • Des jets de pierres et des pneus brulés par endroit ;
  • Attaque de quelques écoles privées par les manifestants venus des écoles publiques ;
  • Les routes barricadées et la circulation paralysée par endroit dans certaines parties de la capitale et de l’intérieur du pays ;
  • Ralentissement des activités économiques ;
  • L’usage du gaz lacrymogènes ;
  • Des arrestations ;
  • Des blessés

 

  1. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

La Cellule Balai Citoyen précise que la recrudescence des manifestations des élèves dans la capitale et dans certaines villes de l’intérieur du pays est due à l’arrêt des négociations entre le Gouvernement et le SLECG portant sur le paiement d’un salaire de base à huit (8) millions de francs guinéens à chaque enseignant, le remplacement des titulaires par les contractuels et  le gel de salaire des grévistes conduisant à l’abandon des cours par les professeurs titulaires. Le bras de fer entre le Gouvernement et le SLECG n’est pas de nature à améliorer le climat social et à consolider la paix dans le pays.

Ces évènements viennent démontrer la limite du Gouvernement en matière de prévention et de gestion des crises, en général, et de la crise en cours qui a pour conséquence la paralysie des activités scolaires et les impacts négatifs sur l’avenir des élèves qui constituent le socle du développement de notre Nation.

Vu cette situation inquiétante, la Cellule Balai Citoyen recommande :

Au Gouvernement et au SLECG :

  • La Cellule Balai Citoyen en appelle au sens de la responsabilité, de l’honneur, de la dignité mais aussi de l’éthique pour épargner à la Guinée d’être la risée du monde à cause des situations chaotiques qui s’y produisent ;
  • D’intégrer au sein de l’appareil de gouvernance étatique les vertus de transparence, d’objectivité, d’intégrité, d’honnêteté en vue d’une participation inclusive de tous les citoyens du pays ;
  • L’ouverture, sans délai, des négociations entre le Gouvernement et le Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG) ;
  • L’instauration d’un cadre de concertation et de dialogue permanent avec les acteurs sociaux fondé sur la transparence et la confiance ;
  • D’éviter toutes absurdités liées à l’instrumentalisation tout en statuant sur des vrais problèmes qui minent l’éducation nationale ;
  • De tenir compte du retard accusé dans les programmes au niveau des établissements publics.
  • L’appropriation au niveau des différentes unités d’intervention (Police et Gendarmerie) de la notion de la liberté de presse et de la protection des journalistes dans l’exercice de leur métier.

Aux Forces Sociales de Guinée :

  • Initier des vastes campagnes d’information et de sensibilisation des populations sur le civisme et la citoyenneté avant, pendant et après les appels à la mobilisation générale pour d’éventuelles actions citoyennes ;
  • S’inscrire dans une logique constitutionnelle de toute revendication sociale en favorisant le respect de l’autorité de l’Etat ;
  • Promouvoir des actions citoyennes afin d’inciter les différents acteurs au dialogue.

Aux Manifestants :

  • Ne pas empêcher les élèves et enseignants du privé de poursuivre les cours ;
  • L’arrêt systématique de toute forme de violence avant, pendant et après les manifestations ;
  • De s’inscrire dans la protection des biens publics et privés qui sont non violables ;

Guineematin.com vous propose de cliquer sur le lien suivant pour visionner l’intégralité du rapport :

RAPPORT OBSERVATION FORCES SOCIALES 29 OCTOBRE 2018

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