Les habitants du quartier Wanindara vivent dans la terreur depuis l’assassinat d’un policier, hier jeudi, dans ce quartier de la commune de Ratoma. Pour venger la mort de leur collègue, des agents de la police sont descendus jeudi soir dans ce quartier où ils ont mené des exactions, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui s’est rendu sur place ce vendredi matin.

Dans la matinée de ce vendredi, 09 novembre 2018, Wanindara ressemble à une ville sortie de guerre. Plusieurs habitants ont fui le quartier pour aller se réfugier ailleurs, et ceux qui sont sur place sont en train de constater les dégâts qu’ils ont subis dans la nuit précédente. Des dégâts causés, selon les témoins, par des policiers, venus venger la mort de leur collègue tué dans ce quartier hier matin.

Thierno Mamadou Baldé

Thierno Mamadou Baldé est membre de l’une des familles victimes de ces représailles des agents de la police nationale. « Ce sont les agents de la CMIS (Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité) qui sont venus nous agresser dans notre cour. Ils ont essayé dans un premier temps de défoncer la porte de la cour, ils n’ont pas pu. Donc, ils ont escaladé le mur pour rentrer. Nos mamans étaient dans la maison. Ils ont cassé les vitres des portes et des fenêtres. Ensuite, ils sont allés casser les pare-brise des véhicules qui sont garés dans la cour avec des cailloux et des bois. Vous voyez, les cailloux sont toujours dans les voitures. Ils ont voulu brûler un des véhicules, mais heureusement ils n’ont pas pu atteindre le réservoir. Je ne sais pas ce que nous avons fait pour mériter cela. Parce que même si nous étions impliqués dans une manifestation, qui est un droit, cela ne valait pas la peine qu’ils viennent nous agresser de la sorte, à plus forte raison que nous ne manifestions pas, puisque moi j’étais à Madina », explique ce citoyen.

Elhadj Mouctar Diallo

Comme lui, Elhadj Mouctar Diallo, un autre habitant du quartier a payé les frais de la colère des policiers. Lui, dont la fille venait de subir une intervention chirurgicale, a été obligé de la faire escalader la cour pour éviter qu’elle ne soit frappée par les agents. « C’est par cette cour que les policiers se sont introduits à mon domicile. Munis de gourdins et de marteaux, ils ont cassé les serrures du salon, avant de rentrer et prendre tous ce dont ils avaient besoins dans les chambres. Je n’ai pas évalué la perte puisque depuis que ma famille a été agressée, je n’ai pas la tête tranquille. Actuellement, je suis seul ici, j’ai envoyé toute ma famille chez des voisins, puisque qu’on sent les odeurs des gaz lancées dans les chambres. Je les ai envoyés ailleurs pour les éviter ce qui s’est passé ici hier », a-t-il expliqué, précisant qu’il compte porter plainte, même si d’avance, il n’a pas l’assurance que sa plainte va prospérer.

M. Alpha Mamadou Bah

Alité dans sa chambre, monsieur Alpha Amadou Bah, âgé d’une soixantaine d’années, dit que c’est par les cris des enfants qu’il a appris l’arrivée des policiers à son domicile. « Quand les policiers sont arrivés, ils ont commencé à frapper les portes en disant ouvrez ! Ils ont frappé à ma porte, face à l’insistance des frappes, j’ai ouvert ma porte. Quand j’ai ouvert, un des agents m’a frappé, je suis tombé sur la chaise à côté, puis ils sont entrés pour piller la maison.

Quand ils ont fini leur sale besogne, ils m’ont enfermé dans ma chambre pour aller vers celle des enfants. Là-bas, ils ont trouvé que les enfants étaient sous le lit. Ils les ont extirpés de là et leur ont demandé après leur maman en menaçant de les tuer s’ils ne disaient pas où se trouve leur mère. Heureusement, leur maman était cachée dans une autre chambre », a-t-il expliqué.

Nênéan Adama Hawa Diallo

Comme ses prédécesseurs, Nênéan Adama Hawa Diallo, âgée de 80 ans, a été surprise de voir des agents qui étaient censés assurer sa sécurité, venir mener des exactions dans sa famille. « Les policiers, au nombre de trois sont rentrés dans la maison, ils ont saccagé tout ce qu’ils voyaient. Ils ont voulu frapper mes filles, je leur ai dit de me tuer d’abord avant de mettre main sur elle. Je n’ai pas eu peur puisque la mort c’est une seule fois. Ils ont pris un caoutchouc plastique qui contenait mes médicaments, pensant que c’est de l’argent. Quand ils ont compris que ce n’était pas ce qu’ils voulaient, ils ont marché sur mes médicaments », témoigne cette vieille, très déçue.

A rappeler que c’est pour venger la mort de deux des leurs, que des jeunes ont attaqué et tué un policier jeudi matin à Wanindara. Les agents de sécurité ont décidé aussi de faire comme eux en allant commettre des exactions dans le quartier pour venger la mort de leur collègue. Et, dans une situation où chacun se rend justice, le chaos est vraiment à craindre.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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