Comme annoncé dans nos publications, les opposants au régime d’Alpha Condé ont battu le pavé ce jeudi, 15 novembre 2018. Ils ont manifesté du rond-point Cosa jusqu’à Hamdallaye Niari Wada pour protester contre le non-respect des lois et des accords politiques, mais aussi les tueries de partisans de l’opposition à l’occasion des manifestations politiques à Conakry.

En l’absence du chef de file de l’opposition, en séjour à l’étranger, c’est son vice-président, Dr Fodé Oussou Fofana, accompagné de certains députés et des leaders d’autres partis politiques membres de l’opposition républicaine, qui a conduit cette marche. Mais, même si la manifestation s’est déroulée de façon pacifique, elle a été suivie par des violences ayant occasionné deux blessés par balles parmi les partisans de l’opposition à Hamdallaye.

Interrogé sur le bilan de cette manifestation dans la soirée de ce jeudi, Fodé Oussou Fofana se félicite de la mobilisation et du caractère pacifique de la marche. L’opposant et député de l’UFDG à l’Assemblée nationale, déplore cependant l’attitude des forces de l’ordre qui ont ouvert le feu sur des partisans de l’opposition. Il prend pour responsable de ces tirs à balles réelles sur des civils, son homologue Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la mouvance présidentielle à l’Assemblée nationale.

Décryptage !

Nous avons considéré cette journée comme étant une journée historique dans la mesure où nous avons prouvé par A+B, devant le monde entier, que si on nous laisse manifester, on est capables de faire une manifestation pacifique.

Nous avons quitté Cosa, lieu de ralliement, sans problème, et nous avons marché jusqu’au niveau de Hamdallaye Niari Wada ; mais, avant qu’on arrive là, on nous a dit que devant, les forces de l’ordre étaient là avec des camions. En tant qu’hommes responsables, nous avons décidé d’arrêter la manifestation et nous avons délivré nos messages tout en demandant à nos militants de se retourner à la maison.

C’est très curieux, parce que nous avons commencé la manifestation à Cosa, ils n’étaient pas là ; mais, ils nous ont attendu devant parce que l’intention est de réprimer dans le sang. Nous avons dit à nos militants d’arrêter la manifestation parce que nous avons eu la preuve formelle que dans ce pays, si les manifestations sont encadrées, il ne peut pas y avoir de violence.

La preuve est donnée que ce sont les forces de l’ordre qui agressent nos militants, les passants et tout le monde. Nous sommes rentrés avec, pour nous, un bilan de zéro mort, zéro blessé.

Mais, puisque eux (les services de sécurité : ndlr), leur objectif n’était pas atteint, évidemment, ils ont quitté de là où ils étaient pour pourchasser nos militants.

S’ils étaient responsables, comme nous l’avons fait, ils auraient tout simplement fait demi-tour pour aller dans leurs camps. Mais, ils ont quitté là où ils étaient pour aller pourchasser les gens à l’intérieur des quartiers comme ils en ont l’habitude de faire.

Aujourd’hui, nous avons deux blessés graves dont le pronostic est réservé, c’est-à-dire que personne ne peut dire s’ils vont vivre ou mourir. Au moment où je vous parle (18 heures 16 minutes), ils ne sont pas encore morts, celui qui a reçu la balle au niveau de sa clavicule gauche est dans le bloc opératoire au CHU de Donka. Quand le médecin dit que le pronostic est réservé, c’est qu’eux-mêmes ne savent pas si le patient va s’en sortir.

Tirer à balles réelles sur des personnes prouve qu’on n’est plus dans une République ; mais, plutôt dans une jungle. Quand les forces de l’ordre se retrouvent sur le terrain avec des armes à feu dans l’intention de tuer, c’est parce qu’il y a l’impunité. C’est parce qu’on a tué plus de 100 personnes, il n’y a jamais eu enquête.

Sinon, pour des gens qui ont une certaine prise de conscience, parce que nous n’avons pas voulu aller à l’affrontement, à partir du moment où nous avons changé de direction, nous avons tourné nos véhicules pour retourner au point de départ pour ne pas les croiser, s’ils avaient fait la même chose pour rentrer dans leurs camps, il n’y aurait pas eu de violence. Mais, ils se sont déplacés pour poursuivre nos militants dans l’intention de tuer.

Je suis inquiet pour ce pays et je me dis que les populations ne doivent pas rester bras croisés. Et, je pense que la communauté internationale et la société civile doivent se lever. Nos partenaires qui sont là doivent se lever et réfléchir pour ne pas continuer à donner de l’argent à ce gouvernement parce que la majeure partie de cet argent sert à acheter des armes pour aller tuer les populations.

Nous avons en face des gens qui sont sans foi, ni loi surtout qu’ils ont reçu mandat d’un député qui leur donne l’autorisation de tirer sur les citoyens. Ça veut dire qu’ils ont reçu carte blanche de tirer à balles réelles. Il y a un député de la République qui a dit, à visage découvert, que pour aller à Bambéto, ce n’est plus la peine d’aller avec des armes conventionnelles, il faut aller avec des armes de guerres.

Donc, le résultat est là. Si ces deux personnes touchées aujourd’hui meurent, je pense qu’il faut mettre cela au compte de ce député. Parce qu’on voulait savoir qui donnait l’ordre de tirer sur les citoyens.

Si je dis qu’il y a deux blessés, c’est les cas les plus critiques, sinon il y a d’autres sans compter les agressions et vols des objets dans les concessions des citoyens.

Propos recueillis par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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